
J’ai en face de moi cette bouche inconnue en ligne de mire, entreouverte, charnue, offerte, qui appelle le baiser. Je ne vois rien d’autre que cette pulpe rose un peu sombre, ourlée et cernée de poils courts que j’imagine raclant ma joue. Rien d’autre que cette entrée où l’on perçoit les dents, où l’on devine la langue douce. Rien d’autre que cette ouverture vers laquelle je tends un doigt imaginaire. Il glisserait sur ses lèvres pleines, il forcerait ce seuil lentement, sentant l’humidité sourdre, coulant le long de ma main, que je lècherais avec délice, avant de venir m’y aboucher. Je viendrais déguster, mordiller, mâcher ce fruit suave, en parcourir le contour, avant de glisser dans cette source et d’y boire l’eau qui affole, dans une rencontre de langues, picorant et savourant avec gourmandise. Cette découverte de l’autre que je devine mais ne vois pas, si intime, si sensible, et pénétrer ainsi son âme, violenter un peu, pour le plaisir de prendre possession et d’être prise en retour, captée, retournée, les sens en alerte, la chair en fusion. Mon esprit divague et bande, droit devant cette bouche charnelle. Décollage imminent.
©Perle Vallens
Illustration Sally Mann