Les derniers jours/semaines ayant été denses, voici tardivement le dernier volet des 100 jours d’écriture (sur instagram) qui s’est terminé en réalité le 1er octobre.
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L’impossibilité d’écrire quand elle prend forme dans la langue même détourne les mots ou les retourne sens dessus dessous, ne veulent plus rien dire, sonnent creux. Il faut laisser le silence les dépouiller de leurs fausses notes. En attendant l’image prend le relais, non muette, pas non plu lénifiante mais non brouillée par les mots. Qu’il s’agisse de photographie, de dessin, l’image naît dans l’absence des mots. Au mieux reviennent-ils après. Il y a aussi les gestes répétés de coudre, broder, assembler. La monotonie apaise, la répétition recompose. Les doutes sont dissous, au moins un temps..

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Je l’entends dans l’arbre mais je ne le vois
pas
L’oiseau dont je shazame les vocalises
pour cerner l’espèce musicienne
qui chante à mon étage
Dans l’arbre il prend ses aises
pattes perdues dans les branches
je le devine au bruissement du feuillage
la bande son défile
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Le chant de l’oiseau, son envol : un appel d’air
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L’œil vibre de reflets se chrome d’images d’un frôlement continu
la magie de la lumière nous soulève
L’œil coud de ciel bleu le fil du jour
auquel s’accrocher
chaque branche de l’arbre est une balançoire
où chaque feuille brode un repère
offre un signal qui nous fait paraître vivant
ou tisse une berceuse pour un soir meilleur
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Le temps a roulé sa bosse minérale
d’une épaisseur de mousses et de lichens
que la roche a amassé
moins parure que mémoire
le paysage redessiné s’écoute
l’oreille accolée à la roche

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Le son qui cogne à mon oreille désinformée
déraille là où s’incarne
l’insecte inattendu réuni en colonies
le regard renversé pendu au noir
gravit la nuit à la cime de la lune
sans voir le grillon
mais l’entendre striduler
fait briller ton sourire
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Retour d’une bisannuelle au détour
d’une balade en terre rêche plantée de roches
parmi d’autres indociles roquette et menthe sauvages
elle dispute au minéral sa place
herbacée dresse bractees sous cage
en plein ciel étale
daucus carota
ses ombelles blanches
est un attrape-rêve
à l’heure de la sieste

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Sous la langue la pierre tapisse
de sa mémoire une sève invisible
l’histoire muette d’un temps long
raconte l’ode minérale
pendue au suc salivaire
qu’elle lèche
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Des cellules prédatrices remontent la chaîne alimentaire et le temps géologique,
prises dans la transparence innocente de l’ambre, dans la lumière muette de nos inconséquences.
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Taire notre éco-anxiété nécessite une confiance dans le vivant
et un souffle infatigable
de nos bouches happer ce qui palpite
et de nos yeux débusquer chaque promesse cachée
jusquedans les modulations inarticulées d’un animal
dans le phrasé d’un oiseau de passage
reconstruire un langage niché dans ses plumes
le faire nôtre : un pour tous les êtres
imaginer d’autres façons de partager le monde
hybrider notre humanité
NB le texte a été traduit à la demande du photographe à qui j’avais emprunté l’image, photographie exposée aux Rencontres d’Arles cet été, Aman Alam :
Silencing our eco-anxiety requires trust in life
and an untiring breath
from our mouths to seize what pulse
and from our eyes to unearth every hidden promise
even in the inarticulate modulations of an animal
in the phrasing of a migratory bird
we should reconstruct a language nestled in its feathers
make it our own: one for all beings
imagine other ways of sharing the world hybridize our humanity


























