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100 jours d’écriture (2)

Jour 11
Soulevant le silence  : le vent
n’a pas dit son dernier mot

Jour 12
Le bruissement de l’hélicoptère, gros insecte vrombissant, gorgé d’eau et de mauvais souvenirs,  je ne sais pas encore à l’instant où il passe à quel endroit il va se déverser. Je scrute mon horizon le signe avant coureur,  le présage,  la fumée grise où lire la catastrophe. Je ne vois rien. Je ne sens aucune odeur qui prenne à la gorge, ne ressens aucune irritation,  ne suis prise par aucune quinte de toux, je n’ai pas non plus les yeux qui piquent mais l’hélicoptère plane au-dessus de ma tête, lourd de menace et je sais que quelque part brûle la limite que nous avons franchie en quelques décennies,  ce point de non retour se consume à quelques dizaines de kilomètres de là.

Jour 13
Feu après feu après feu
irradie jusqu’à la peau ce qui reste de présence brille
même dans la nuit

Jour 14
J’attends dans l’onde fraîche que la chaleur s’émousse
la sensation poisseuse et lourde
sur la peau
côtes flottantes offertes aux alevins
paumes ouvertes pour retenir l’eau qui s’écoule
les mains tendues dans le miroitement recueillent la faveur douce d’une brillance en guise de recomposition organique
une incandescence sous un ciel sans nuage
le corps ne cesse de céder à la lumière : sa mue.

Jour 15
Apprendre à désescalader / se laisser glisser / du dehors vers le dedans / et inversement

Jour 16
Je me surprends à penser à un flocon de neige. Je  pense à l’une de ses formes. Je la dessine mentalement espérant une bouffée de fraîcheur salutaire.
Je ne sais plus depuis quand la neige, depuis quand le dernier flocon, sa fonte trop rapide dans le creux de ma main, je ne parviens qu’à imaginer les cristaux, je les entends crisser. C’est un son à la fois agaçant,  agréable et lié à une impression vive d’eau glacée qui coule sur la peau, de petites choses fines qui tombent en poudre sur les cheveux,  une constellation blanche. Une auréole.
La neige me manque. Particulièrement aujourd’hui.

Jour 17
Pas un souffle d’air. Sauf dans la nuit, rouler vitres ouvertes,  les vibrations d’un vent factice, spécialement créé par l’humain pour rafraîchir l’humain.
Dans la  nuit,  je roule dans l’attente d’autre chose,  pas seulement la fraîcheur,  une évasion,  une libération,  l’ouverture d’un carquant qu’on sent davantage en plein jour, englué et alourdi des charges mentales et de la chape de chaleur qui pèse sur les épaules.

Elle a raison,  la nuit apporte une exaltation et une ivresse, un sentiment de liberté. Sans doute parce qu’on passe inaperçu,  fondu dans la masse noire, invisible d’une invisibilité qui libère.
En allant la chercher je longe le Rhône. Baigné de lumière il ressemble à la Seine,  comme la grande roue rappelle celle de  Paris qui me manque.
La gare accentue la sensation de liberté,  comme si dans l’instant prendre un train,  partir,  juste comme ça. Parfois,  j’aimerais avoir cette liberté là,  tout plaquer,  partir veut-il dire s’enfuir ?

Jour 18
L’air est en feu
comme le monde
Je me demande ce que cache la fumée
qui monte dans l’invisible cri
La  gorge brûle autant que l’autour

Jour 19
Se raccrocher au réel et à ses possibilités
Huile de moteur et bouchon de vidange parlent de cage et de liberté
Tracer l’espace gras du doigt, la pulpe noire dessine les contours du trajet de son décalage d’une journée l’autre, le tressaillement d’une ombre,  la vague d’oscillations entre non et peut-être qui fait croire aux miracles. Ou au destin

Jour 20
Ou nuit. Un chien aboie. Un éclair au loin. L’orage comme une promesse. Vrai ciel zébré sur fausse impression de fraîcheur. Vibration vague, évanouissement d’une intention louable, degrés à rebours. Je retrouve le geste ancien, puis annuel, du linge éponge mouillé sur le corps. Surtout, chaque rencontre du jour est de l’énergie pour affronter la torpeur sans sommeil.

Perle Vallens

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