Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
Auteur : Perle Vallens
Perle Vallens écrit et photographie, deux écritures poétiques qui se rejoignent.
https://perlevallens.wordpress.com/
https://perlevallensphoto.wordpress.com/
Merci beaucoup à Patrice Maltaverne, éditeur du Citron gare et de feu Traction Brabant, pour sa chronique de Solo paru l’an dernier aux éditions Tarmac sur son blog Poésie Chronique ta malle. Il met des mots précis et justes sur le thème et sur le style poétique du recueil.
Les derniers jours/semaines ayant été denses, voici tardivement le dernier volet des 100 jours d’écriture (sur instagram) qui s’est terminé en réalité le 1er octobre.
91 L’impossibilité d’écrire quand elle prend forme dans la langue même détourne les mots ou les retourne sens dessus dessous, ne veulent plus rien dire, sonnent creux. Il faut laisser le silence les dépouiller de leurs fausses notes. En attendant l’image prend le relais, non muette, pas non plu lénifiante mais non brouillée par les mots. Qu’il s’agisse de photographie, de dessin, l’image naît dans l’absence des mots. Au mieux reviennent-ils après. Il y a aussi les gestes répétés de coudre, broder, assembler. La monotonie apaise, la répétition recompose. Les doutes sont dissous, au moins un temps..
patchwork de photographies Les Insignifiantes
92 Je l’entends dans l’arbre mais je ne le vois pas L’oiseau dont je shazame les vocalises pour cerner l’espèce musicienne qui chante à mon étage Dans l’arbre il prend ses aises pattes perdues dans les branches je le devine au bruissement du feuillage la bande son défile
93 Le chant de l’oiseau, son envol : un appel d’air
94 L’œil vibre de reflets se chrome d’images d’un frôlement continu la magie de la lumière nous soulève L’œil coud de ciel bleu le fil du jour auquel s’accrocher chaque branche de l’arbre est une balançoire où chaque feuille brode un repère offre un signal qui nous fait paraître vivant ou tisse une berceuse pour un soir meilleur
95 Le temps a roulé sa bosse minérale d’une épaisseur de mousses et de lichens que la roche a amassé moins parure que mémoire le paysage redessiné s’écoute l’oreille accolée à la roche
E dans le jardin aux Damoiselles à Vaison (fin de journée de vernissage d’exposition)
96 Le son qui cogne à mon oreille désinformée déraille là où s’incarne l’insecte inattendu réuni en colonies le regard renversé pendu au noir gravit la nuit à la cime de la lune sans voir le grillon mais l’entendre striduler fait briller ton sourire
97 Retour d’une bisannuelle au détour d’une balade en terre rêche plantée de roches parmi d’autres indociles roquette et menthe sauvages elle dispute au minéral sa place herbacée dresse bractees sous cage en plein ciel étale daucus carota ses ombelles blanches est un attrape-rêve à l’heure de la sieste
Quelques insignifiantes au jardin des Damoiselles à Vaison
98 Sous la langue la pierre tapisse de sa mémoire une sève invisible l’histoire muette d’un temps long raconte l’ode minérale pendue au suc salivaire qu’elle lèche
99 Des cellules prédatrices remontent la chaîne alimentaire et le temps géologique, prises dans la transparence innocente de l’ambre, dans la lumière muette de nos inconséquences.
100 Taire notre éco-anxiété nécessite une confiance dans le vivant et un souffle infatigable de nos bouches happer ce qui palpite et de nos yeux débusquer chaque promesse cachée jusquedans les modulations inarticulées d’un animal dans le phrasé d’un oiseau de passage reconstruire un langage niché dans ses plumes le faire nôtre : un pour tous les êtres imaginer d’autres façons de partager le monde hybrider notre humanité NB le texte a été traduit à la demande du photographe à qui j’avais emprunté l’image, photographie exposée aux Rencontres d’Arles cet été, Aman Alam : Silencing our eco-anxiety requires trust in life and an untiring breath from our mouths to seize what pulse and from our eyes to unearth every hidden promise even in the inarticulate modulations of an animal in the phrasing of a migratory bird we should reconstruct a language nestled in its feathers make it our own: one for all beings imagine other ways of sharing the world hybridize our humanity
Quand je suis tombée sur l’appel à texte de Ratures et brouillons sur le thème de Marseille, lieux, souvenirs ou histoire de la ville, j’ai pensé à plusieurs sites emblématiques bien sûr mais j’ai tout de suite eu envie d’évoquer l’escalier Saint-Charles, celui de la gare terminus du même nom, indissociable pour moi d’un poète marseillais, Julien Blaine, auquel il est donc lié dans ce texte. On peut lire ou télécharger le fanzine ici. Ratures et brouillon est une petite association qu’on peut également soutenir.
Installée jeudi, l’exposition Les Insignifiantes s’est ouverte le vendredi 25 et son vernissage (précédé d’un atelier d’écriture sur nos attachements au vivant) s’est tenu samedi en présence de Monsieur Chevallier, élu en charge du Patrimoine et archéologie, de la Médiathèque, des Expositions et des Archives de la ville de Vaison, et de la journaliste du Dauphiné Libéré, Lucile Perrin Ravier, qui a annoncé l’événement. J’ai lu quelques extraits du texte Les Insignifiantes et nous avons goûté les pistous de roquette sauvage et d’orties que j’avais préparés. Le moment (et globalement la journée) a été riche en rencontres et en échanges autour des plantes.
Voici quelques photographies de l’exposition, qui regroupe des portraits en noir et blanc, des mises en relations avec un être humain, des créations hybrides qui mêle photographie et art graphique (gravure, gouache), ainsi qu’un photogramme (un clin d’œil au bicentenaire de la photographie, comme les quelques anthotypes montrés durant la journée de samedi). Enfin, dans un autre espace de la salle d’exposition, quelques photographies en couleur autour du coquelicot et d’un patchwork de photos.
Jour 81 Dans le souffle des dunes un seul grain de sable enraye roule sous l’ongle rouillé du sel léché l’épaule la langue roulée sur l’os quand la brasse coulée
Jour 82 Comme la terre le ciel respire se hasarde de plus de blanc que de bleu comme si le nuage était un soupir sur la partition J’aspire croches et demi croches dans l’enchevêtrement d’un trop de silence involontaire de pauses trop longues dans un temps réglementaire mal compris Je m’impose le rythme que rien ne freine hormis l’os surnuméraire et congénital d’une douleur qui ne serait sans doute pas que somatique Vois le comme le débordement d’un fleuve une crue qu’il était impossible de prévoir
Jour 83 Consigner chaque principe comme son propre espace : circulaire : d’autoproduction
Jour 84 Elle dit que le secret est un mantra qui ne sort pas de la tête Il empreinte des labyrinthes de synapses sans parvenir à trouver le chemin de la bouche
Jour 85 L’écriture assemble des pièces éparses, des morceaux, des rythmes différents, des voix multiples. Elle creuse et remblaie, crée des passerelles, des ponts qui relient. Des pointillés qui se joignent pour former un chemin. Ce qui s’écrit met bout à bout ce qui n’était que des bribes. Parfois l’écriture est un château de sable, mouvant, qu’un déplacement modifie, les grains d’un coup de vent s’effondrent, qu’il faut recomposer, dont il faut reconstruire tout un pan, du château devenu tour ou jardin, et comment s’y prend on pour faire tenir debout une matière si mouvante ?
Jour 86 Trancher dans la longueur des phrases ce que la langue cache la fissure agrandie dans la pluie de la bouche La salive du silence se replie dans le premier mouvement de contention avant le crachat
(impossible de remettre cette image dans le bon sens, désolée)
Jour 87 Par où l’air et l’eau entrent se diffuse le dehors friable sous la peau Le réel s’émiette facilement tu connais cette impression de flottement aléatoire jusque dans ton reflet
Jour 88 La langue creuse des galeries de quoi excaver mots de basse extraction la précieuse origine de la terre de quoi hisser le chant des syntaxes disparues et des patois anciens cette langue qui fourche est partition à crocheter sens dessus dessous j’entends un aïeul fredonner
Jour 89 Œil choyé émaillé de soleil L’image piaille son intention à qui suit du regard la force Je ne m’entends pas dire merveille pour ce qui ne défigure pas le paysage ce qui existe à peine mais juste assez pour faire dériver l’œil vers le point d’attention inévitable Et c’est comme une caresse renouvelée le regard embrasse et se dissout en une seule fois
Jour 90 Comme dans une boule à neige qu’on a trop secouée, la pupille peine à identifier la scène opacifiée et fragmentaire d’un récit impossible à retranscrire ailleurs que dans l’ère raccourcie d’une mémoire tronquée, forcément partiale, parsemée de miettes d’une enfance qu’on ne parvient pas à reconstituer intégralement.
Jour 71 Les plantes bourdonnent à mes jambes nues mal défendues d’entendre leur défloraison leur sauvagerie écornée j’écourte j’écorche et je suis écorchée j’arrache et je suis arrachée pourrais je les bichonner elles bichromées et moi muette elles m’irritent mais je ne mérite pas ça
Jour 72 Quelle couleur la brûlure mensongère et sa dévoration de bactérie sa façon de frelater chaque geste de digérer toutes les bonnes intentions dans une seule et unique disparition je me demande qui se réjouit de nos faiblesses la défaillance a une jauge fiable suffisante pour juger de la frayeur de la peau elle frissonne c’est déjà ça
Jour 73 Pour maintenir la température du corps sans abaisser le niveau des eaux plonger dans la légèreté d’une illusion Je dis que je confonds l’irréparable et l’irréversible l’hésitation est parfaite j’endure coûte que coûte l’unique possibilité comme un éphémère Je me persuade que c’est pour (dé)limiter les distances entre nous
Jour 74 Le noir de ses yeux déteint son charbon pleine peau ses joues à nu dans le miroitement creux le visage flotte liquide dans la lumière les bras inutiles coulent dans la lenteur blême du corps mille points vagues la percutent dans l’heure étirée du jour le silence noir de ses yeux
Jour 75 Au roncier la bouche soudée au noir à la moire épineuse son jus d’entrailles la transe d’un buisson que la paume happe le spasme bourdonne à la lèvre bleuie la chair s’unit au parfum sombre de la mûre
Jour 76 J’ai le goût obstiné des fleurs sauvages comme tout ce qui respire dans le détail de l’herbe pliée sur laquelle refermer la main là où palpite dans la paume une lumière pile dans le creux quand on ouvre on imagine voir s’envoler le pétale d’une aile et cela dessine une joie qui ressemble à une espérance
Jour 77 Si le soleil tabasse s’il grêle la peau s’il la transperce de ses épines douces c’est l’effet involontaire d’un rayonnement inarrêtable ponctionnant au passage son quota de neurones dans mon cerveau
Le soleil est une routine chaque jour à apprivoiser ce que savent les plantes quand bien même dessication et grenaison précoces tandis que nous suons un semblant de rosée sans même leur en céder une goutte
Je drageonne mon courage prélevé dans chaque tige de chaque plante enracinée vivante dans chaque feuillage j’absorbe leur sauvagerie par capillarité leur magie qui me fait férale longue diffusion d’une sève battante dans l’échancrure des bras
Jour 78 Ce que l’écriture fait au corps, un flottement au début, pour trouver sa place, savoir comment exister à travers ce qui s’écrit. D’abord la respiration se modifie, ralentit ou au contraire accélère, selon le tempo que l’écriture imprime, parfois impérieuse pulse sa sève et l’excitation monte dans le corps fébrile. Il existe un mouvement plus profond et plus sourd, qui enfle ou noue le ventre, le contracte. Quelque chose se délite à l’intérieur avant que quelque chose ne se recompose. Comment un mot arrive est parfois un mystère, il émerge et s’impose, c’est comme dire qu’il est sur le bout de la langue, il fait corps bien avant de sortir, c’est une gestation, c’est chair, c’est son, musique, le mot prononcé à haute voix pour voir un peu comment il sonne est bouche et oreille, il se prolonge hors de mais revient en écho dans nos cavités, dans l’ossature, y résonne encore au moment même où il nous échappe, il nous revient comme un boomerang.
Jour 79 Aujourd’hui, j’ai longtemps regardé les nuages assembler et désassembler le puzzle du ciel dans des visions brouillées où se dissout un visage sans intervention divine
Jour 80 Dans mon corps chaud poussent des mots de peau d’été et de pluie L’après-orage ne dessèche rien fond sous la moiteur Mon pied devient la pierre devient la terre bercée du remuement du monde devient un élément qui prolonge la présence d’une tige dans le vent
Jour 61 Je n’ai pas chaud. J’ai chaud. Mon corps est mon corps, n’est pas mon corps. Est ici. Est ailleurs. Ma peau n’est pas ma peau. Défaite dans la moiteur, molle, mal conditionnée, à nu dans la nuit, la peau n’appartient pas.
Les bruits des organes amplifiés par les boules quies, écho, larsens, éclats d’orage, acouphènes, tout fond dans un même magma sonore. Merveilleuse pluie. Quand bien même le ciel déchiqueté, assourdissant.
Peau de première main, menus plaisirs pour faire diversion. Trombes d’eau, le son interminable derrière la fenêtre. On entend gronder l’arrivée à fond, en bloc, un craquement, un tumulte jusqu’au fond de l’œil.
Jour 62 Après la nuit, le jour glisse sans tomber Je respire la saison Dans l’air une distance repousse dans une terre qui sèche trop vite parsemée de fruits pourris Au-dessus, la granulosité de la poussière mesure une impression déjà fossilisée dans l’attente elle fait une couche qui absorbe les pensées Dans l’épaisseur flotte ce qui ressemble à un abandon
Jour 63 Une langue étrangère se cache dans le rêve s’y déplie comme un drap où couche une image une langue textile s’y imprime je me dis que ma peau est ce velin du rêve que personne ne touche je me déplace dans le champ de vision de quelqu’un d’autre je vois mon geste dans son regard ma langue reste coincée quelque part entre mon corps et son regard je disparais dans la sauvagerie du rêve
Jour 64 Les promesses non tenues forment un barrage tout prêt de céder Quelque chose va lâcher, c’est sûr et je me laisserai traverser par toutes les intempéries Il pleut des cordes qui me retiennent du mauvais côté au milieu de nulle part
Jour 65 L’écriture errante fragmentée friable comme un flottement de petits morceaux épars qui parfois coulent à pic comme une pierre de n’avoir été repêchés à temps
Petits riens qui s’accumulent amoncelés finissent par former des monticules où disparaissent les mots importants ceux essentiels qui ont de vraies choses à dire
Je pourrais les laisser fermenter les triturer ou les soumettre à transformation mais ils font bien ce qu’ils veulent c’est à moi de les rattraper si je les abandonne à quoi bon les avoir écrits
J’attends une amorce peut être une lecture un regard un texte ami un mot amical va savoir ce qui déclenche le geste de l’assemblage la matière argileuse de la phrase l’essence la texture à modeler à écouter pour entendre ce qu’elle a à me dire
Comment graver d’un regard l’effet panoptique du texte en devenir comment relier comment les silences de la partition entre les notes l’appel de quoi suis-je vraiment l’architecte
De fragments en fragments l’écriture orpheline se cherche une origine
Jour 66 Je cherche les mots pour combler les manques dans l’horizontalité d’une saison qui s’éternise les sillons laissés sur le chemin feront bientôt des traces boueuses où s’enliseront les moments passés ceux regrettés qu’on ronge dans sa niche à la nuit tombée Je cherche les liens pour bouturer les souvenirs
Jour 67 Je pense à tant à telle morte trop tôt errante dans ces passages de témoin transfusée dans nos veines Je pense à la transmission à l’avenir de mes filles au vacillement et j’en tremble
Je pense à elles toutes absentes et présentes dans les souvenirs et la vie brute que le réel n’a pas encore modifié Je penche vers le futur proche le frôlement que la nuit exprime un fond de poche à fouiller pour extraire une matière à rêves transformable en promesses
Jour 68 Il y aurait au-dessus de la peau un halo comme une frontière une matière d’intouchabilité quelque chose comme un garde fou ou un pare feu impossible à franchir
Jour 69 Super-héroïnes, les plantes meurent et ressuscitent on leur arrache la tête et une autre repousse en suppurant parfois un suc blanc laiteux Les plantes se métamorphosent un peu comme des zombies extraterrestres
Jour 70 La fin du jour montée par vagues à la bouche pour inonder de mots les corps je ne sais qui boit l’autre la tasse à la gorge lavée la lumière ouvre grand son flux est un chant
La série photographique Les Insignifiantes s’étoffe peu à peu de nouveaux portraits de plantes et d’explorations graphiques, d’anthotypes, d’impressions sur papier et textile. Deux expositions sont prévues au second semestre 2026.
La première de la saison aura lieu du vendredi 25 septembre au mardi 6 octobre 2026 à la Ferme des Arts / Médiathèque de Vaison-La-Romaine.
Le vernissage est prévu le samedi 26 septembre 2026 à 11h00, avec une projection vidéo du film Les Insignifiantes (montage photo&vidéo, son&musique, extraits de la version textuelle des Insignifiantes écrite lors du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille).
A cette occasion, je proposerai un atelier d’écriture le 26 septembre 2026 à 10h00 (gratuit sur réservation, 10 personnes max : perlevallens@gmail.com – 06 63 19 59 62)
NB voici les horaires d’ouverture de la médiathèque : Lundi : 10h-12h Mardi : 10h-12h | 14h-18h Mercredi : 10h-12h | 14h-17h Jeudi : fermé Vendredi : 14h-18h Samedi : 10h-12h | 14h-17h
Si vous êtes dans la région, n’hésitez pas à venir, vous êtes les bienvenu-es !
Jour 51 J’entends une voix différente dans chaque feuillage de chaque jardin Une échappée s’y accroche et le chant ressemble à un langage que je m’efforce de traduire Chaque paysage m’apprend à parler
Jour 52 sous le dôme de chaleur blanche l’ombre renaît tombée en flaques sombres l’horizon liquide de l’animal s’exerce au souffle de la lumière à la lenteur missible où s’oublie le bleu si on lève la tête le ciel nous aveugle
Jour 53 Des chants d’oiseaux comme des plaintes montées de becs ouverts sur absence ou insuffisance cherchent à dire quelque chose d’inaudible becs d’histoires d’ailleurs d’hier becs d’aïeux vieux plumages lustrés à la lumière du jour becs fouissant les aiguilles d’inquiétude piquant la terre terrifiante de craquelures bec béant de ne pas boire de ne pas savoir ou seulement dit-il pour réguler, peut-être, la température de leur corps
Jour 54 J’expire le jour par la bouche toutes les mouches du ventre s’envolent l’objet de leur ponte reste accroché à la paroi abdominale leurs bulles éclatent jusque dans ma tête je digère le vent venu me tapisser de feuilles sèches avant la pluie je ne serais pas étonnée de craquer dans mon sommeil
Jour 55 le ciel capricieux ne sait où tourner la tête à l’heure de la trouée le ciel fait des nœuds noirs et confus efface les dernières traces de l’été grande lessive sale je me laisse estomper avant le prochain orage je me laisse déranger déraper déphasée par étapes l’orage me déplace j’avance dans une démarche d’arbre sans branches où me raccrocher
Jour 56 La chaleur dessine des images instables des effets intermédiaires impossibles à expliquer et des occupations de l’espace qui laissent à désirer On s’attend à des abandons de poste La fougère s’expose côté sud à des représailles
Jour 57 Je marche sur un sentier connu d’une forêt familière dans laquelle je ne peux pas m’égarer. J’aimerais réussir à me perdre dans une immensité boisée, peuplée vif et fort, peuplée bruyamment, non abandonnée mais pleine de vie, de vibrations. Au bord de la bouche, le mot forêt prend son indépendance, s’abandonne à la jouissance auprès d’un renard ou d’un sanglier, au bord des arbres et des fougères, au bord d’un chemin sec et vide plein de feuilles tombées, au bord des pieds, elles craquent. La forêt rétrécie délabrée, se délave jaune, et je cherche sa verdure dans tous les sols, même bitumés
Jour 58 Le vert sait se faire remarquer Il a l’éloquence élégante sans être tapageuse A l’ombre, le vert s’obstine d’un pli sa teinte têtue comme peinte mais 100% naturelle On soupire d’aise et de désir sur l’intensité fluo Le vert suscite toutefois des interrogations et des inquiétudes quant à sa disparition
Jour 59 Chaux blanchie du ciel moutonneux bêlant presque son croassement déclassé celui qui criaillle son bec fermé picorant on ne sait quoi dans la terre rafraîchie avant de poser un appui ferme sur la pierre histoire de reprendre pied son œil divinatoire annonçait la pluie
Jour 60 Silence à pleines mains comme une erreur 404 dans le jardin d’une banlieue parisienne
Un soupir se prend pour un cri d’oiseau mais je ne vois qu’une plume à terre trop grande pour être honnête seule tombée d’un corps disparu
Je ne peux prêter mon bec pour chanter à sa place au mieux des mots empochés à la recherche d’une mise à jour d’un retour arrière
Je préfère vomir des fleurs plutôt que de la bile et replier ma colère sous l’aisselle coincée entre le marteau et l’enclume je mielle entre mes lèvres et je bulle molle sur la place publique j’assume et je partitionne mes désirs plaqués or jaunis d’avoir trop attendu moyen milieu je surnage au-dessus du niveau des eaux salées les larmes ne se boivent pas mais elles lavent les pleines peaux extraites de gangues mal déchirées des mots s’échappent malgré moi pied à terre l’enjambement de phrases se fait contre toute attente ainsi croches et demi croches droits comme des i langues arrachées pour les coller à ma bouche je préfère chanter des perles plutôt que des vipères