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100 jours d’écriture (7)

Jour 61
Je n’ai pas chaud. J’ai chaud. Mon corps est mon corps, n’est pas mon corps. Est ici. Est ailleurs. Ma peau n’est pas ma peau. Défaite dans la moiteur, molle, mal conditionnée, à nu dans la nuit, la peau n’appartient pas.

Les bruits des organes amplifiés par les boules quies, écho, larsens, éclats d’orage, acouphènes, tout fond dans un même magma sonore. Merveilleuse pluie. Quand bien même le ciel déchiqueté,  assourdissant.

Peau de première main, menus plaisirs pour faire diversion. Trombes d’eau, le son interminable derrière la fenêtre. On entend gronder l’arrivée à fond, en bloc, un craquement, un tumulte jusqu’au fond de l’œil.

Jour 62
Après la nuit, le jour glisse sans tomber
Je respire la saison
Dans l’air une distance repousse dans une terre qui sèche trop vite
parsemée de fruits pourris
Au-dessus,  la granulosité de la poussière
mesure une impression déjà fossilisée dans l’attente
elle fait une couche qui absorbe les pensées
Dans l’épaisseur flotte ce qui ressemble à
un abandon

Jour 63
Une langue étrangère se cache dans le rêve
s’y déplie comme un drap où couche une image
une langue textile s’y imprime
je me dis que ma peau est ce velin du rêve
que personne ne touche
je me déplace dans le champ de vision de quelqu’un d’autre
je vois mon geste dans son regard
ma langue reste coincée quelque part entre mon corps et son regard
je disparais dans la sauvagerie du rêve

Jour 64
Les promesses non tenues forment un barrage tout prêt de céder
Quelque chose va lâcher, c’est sûr
et je me laisserai traverser par toutes les intempéries
Il pleut des cordes qui me retiennent du mauvais côté
au milieu de nulle part

Jour 65
L’écriture errante fragmentée friable
comme un flottement de petits morceaux épars
qui parfois coulent à pic
comme une pierre
de n’avoir été repêchés à temps

Petits riens qui s’accumulent
amoncelés finissent par former
des monticules où disparaissent
les mots importants
ceux essentiels qui ont de vraies choses à  dire

Je pourrais les laisser fermenter
les triturer ou les soumettre
à transformation mais ils font bien
ce qu’ils veulent
c’est à moi de les rattraper
si je les abandonne à quoi bon les avoir écrits

J’attends une amorce peut être une lecture un regard un texte ami un mot amical
va savoir ce qui déclenche le geste de l’assemblage
la matière argileuse de la phrase
l’essence la texture à modeler à écouter
pour entendre ce qu’elle a
à me dire

Comment graver d’un regard
l’effet panoptique du texte en devenir
comment relier
comment les silences de la partition
entre les notes l’appel
de quoi suis-je vraiment  l’architecte

De fragments en fragments l’écriture orpheline se cherche une origine

Jour 66
Je cherche les mots pour combler les manques
dans l’horizontalité d’une saison qui s’éternise
les sillons laissés sur le chemin feront bientôt des traces boueuses
où s’enliseront les moments passés
ceux regrettés qu’on ronge dans sa niche
à la nuit tombée
Je cherche les liens pour bouturer les souvenirs

Jour 67
Je pense à tant
à telle morte trop tôt
errante dans ces passages
de témoin transfusée
dans nos veines
Je pense à la transmission
à l’avenir de mes filles
au vacillement et j’en tremble

Je pense à elles toutes
absentes et présentes
dans les souvenirs et la vie brute
que le réel n’a pas encore modifié
Je penche vers le futur proche
le frôlement que la nuit exprime
un fond de poche à fouiller
pour extraire une matière à rêves
transformable en promesses

Jour 68
Il y aurait au-dessus de la peau un halo
comme une frontière
une matière d’intouchabilité
quelque chose comme un garde fou
ou un pare feu
impossible à franchir

Jour 69
Super-héroïnes, les plantes meurent et ressuscitent
on leur arrache la tête et une autre repousse
en suppurant parfois un suc blanc
laiteux
Les plantes se métamorphosent
un peu comme des zombies  extraterrestres

Jour 70
La fin du jour montée par vagues
à la bouche pour inonder de mots les corps
je ne sais qui boit l’autre la tasse
à la gorge lavée la lumière ouvre grand
son flux est un chant

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Exposition Les Insignifiantes à la Ferme des Arts (Vaison-La-Romaine)

La série photographique Les Insignifiantes s’étoffe peu à peu de nouveaux portraits de plantes et d’explorations graphiques, d’anthotypes, d’impressions sur papier et textile. Deux expositions sont prévues au second semestre 2026.

La première de la saison aura lieu du vendredi 25 septembre au mardi 6 octobre 2026 à la Ferme des Arts / Médiathèque de Vaison-La-Romaine.

Le vernissage est prévu le samedi 26 septembre 2026 à 11h00, avec une projection vidéo du film Les Insignifiantes (montage photo&vidéo, son&musique, extraits de la version textuelle des Insignifiantes écrite lors du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille).

A cette occasion, je proposerai un atelier d’écriture le 26 septembre 2026 à 10h00 (gratuit sur réservation, 10 personnes max : perlevallens@gmail.com – 06 63 19 59 62)

NB voici les horaires d’ouverture de la médiathèque :
Lundi : 10h-12h
Mardi : 10h-12h | 14h-18h
Mercredi : 10h-12h | 14h-17h
Jeudi : fermé
Vendredi : 14h-18h
Samedi : 10h-12h | 14h-17h

Si vous êtes dans la région, n’hésitez pas à venir, vous êtes les bienvenu-es !

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100 jours d’écriture (6)

Jour 51
J’entends une voix différente dans chaque feuillage de chaque jardin
Une échappée s’y accroche et le chant ressemble à un langage que je m’efforce de traduire
Chaque paysage m’apprend à parler

Jour 52
sous le dôme de chaleur blanche
l’ombre renaît
tombée en flaques sombres
l’horizon liquide de l’animal
s’exerce au souffle de la lumière
à la lenteur missible où s’oublie le bleu
si on lève la tête le ciel nous aveugle

Jour 53
Des chants d’oiseaux comme des plaintes montées de becs ouverts
sur absence ou insuffisance
cherchent à dire quelque chose d’inaudible
becs d’histoires d’ailleurs d’hier
becs d’aïeux vieux plumages
lustrés à la lumière du jour
becs fouissant les aiguilles
d’inquiétude piquant la terre
terrifiante de craquelures
bec béant de ne pas boire
de ne pas savoir ou seulement dit-il
pour réguler, peut-être, la température de leur corps

Jour 54
J’expire le jour par la bouche
toutes les mouches du ventre s’envolent
l’objet de leur ponte reste accroché à la paroi abdominale
leurs bulles éclatent jusque dans ma tête
je digère le vent venu me tapisser de feuilles sèches avant la pluie
je ne serais pas étonnée de craquer dans mon sommeil

Jour 55
le ciel capricieux ne sait où tourner la tête
à l’heure de la trouée
le ciel fait des nœuds
noirs et confus efface les dernières traces de l’été
grande lessive sale je me laisse estomper
avant le prochain orage
je me laisse déranger déraper déphasée par étapes
l’orage me déplace
j’avance dans une démarche d’arbre
sans branches où me raccrocher

Jour 56
La chaleur dessine des images instables
des effets intermédiaires impossibles à expliquer
et des occupations de l’espace qui laissent
à désirer
On s’attend à  des abandons de poste
La fougère s’expose côté sud
à des représailles

Jour 57
Je marche sur un sentier connu d’une forêt familière dans laquelle je ne peux pas m’égarer. J’aimerais réussir à me perdre dans une immensité boisée, peuplée vif et fort, peuplée bruyamment,  non abandonnée mais pleine de vie, de vibrations. Au bord de la bouche,  le mot forêt prend son indépendance,  s’abandonne à la jouissance auprès d’un renard ou d’un sanglier, au bord des arbres et des fougères,  au bord d’un chemin sec et vide plein de feuilles tombées,  au bord des pieds, elles craquent. La forêt rétrécie  délabrée, se délave jaune, et je cherche sa verdure dans tous les sols, même bitumés

Jour 58
Le vert sait se faire remarquer
Il a l’éloquence élégante sans être tapageuse
A l’ombre, le vert s’obstine
d’un pli sa teinte têtue
comme peinte mais 100% naturelle
On soupire d’aise et de désir sur l’intensité fluo
Le vert suscite toutefois des interrogations et des inquiétudes quant à sa disparition

Jour 59
Chaux blanchie du ciel
moutonneux bêlant presque son croassement
déclassé celui qui criaillle
son bec fermé picorant on ne sait quoi
dans la terre rafraîchie  avant de poser
un appui ferme sur la pierre histoire de
reprendre pied
son œil divinatoire annonçait la pluie

Jour 60
Silence à pleines mains
comme une erreur 404 dans le jardin
d’une banlieue parisienne

Un soupir se prend pour un cri d’oiseau
mais je ne vois qu’une plume à terre
trop grande pour être honnête
seule tombée d’un corps
disparu

Je ne peux prêter mon bec
pour chanter à sa place
au mieux des mots empochés
à la recherche d’une mise à jour
d’un retour arrière

Je ne sais comment réinitialiser le vivant 

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Vomir des fleurs


Je préfère vomir des fleurs plutôt que de la bile
et replier ma colère sous l’aisselle
coincée entre le marteau et l’enclume
je mielle entre mes lèvres et je bulle
molle sur la place publique
j’assume et je partitionne mes désirs plaqués or
jaunis d’avoir trop attendu
moyen milieu je surnage
au-dessus du niveau des eaux salées
les larmes ne se boivent pas mais elles lavent
les pleines peaux extraites de gangues
mal déchirées
des mots s’échappent malgré moi
pied à terre l’enjambement de phrases se fait
contre toute attente
ainsi croches et demi croches
droits comme des i
langues arrachées pour les coller à ma bouche
je préfère chanter des perles plutôt que des vipères

Perle Vallens

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100 jours d’écriture (5)

Jour 41
Personne n’est à l’abri d’un nouvel écocide
ce sentiment de culpabilité empoisonne
les cerveaux qui subissent auto-interrogatoires sur bilans carbones et responsabilités passées et futures
Serez-vous à l’origine de la disparition des abeilles ?
Personne ne sait quand aura lieu la prochaine extinction de masse

Jour 42
La maison est une clairière dans une forêt
une cabane dans ses branchages
un terrier cerné d’insectes et d’oiseaux
où poser son pelage
un peu du sauvage se plante dans les murs s’invite en communautés
entre sans notre permission
la  maison est un refuge
un passage pour la lumière
un espace percé d’ouvertures de fenêtres sur le monde
la maison est murmurée
parcourue par des mémoires
dans ses marges des généalogies se racontent
des images flottent dans les interstices
dans ses silences naissent des musiques
pour qui sait écouter

Jour 43 
Extrapolations permises images décroissantes
comme la lune au ciel
effets d’imagination nous hisserions sur les ruines
d’une civilisation deviendrions suffisants
cultiverions porosités et fouillis hybridés

nos paysages n’étant pas décors horizontaux
mais étendues vivaces au bout des luttes :
nos mutations
les chants nous reviennent en chaîne en contrepoint
comme l’espoir de liens renouvelés et non pas vains
nos vœux exaucés

Jour 44
Cheminant fauchant du talon les herbes trop hautes pour les enjamber,  trop sèches et jaunies tenues par l’attente, celle d’essaimer, akènes frémissantes, feuilles collantes me retiennent.

Jour 45
Les départs ne disent rien de ceux qui restent.

Jour 46
J’honore le rituel
de la promenade dans les étendues grillées
un jaune trop tôt pâli de paille frottée à l’air sec
quelque chose cède
craque dans la haute stature rêche
hissé au ciel l’étendard
d’une résistance végétale
rien ne bruisse que nos pas dans les feuilles tombées

Jour 47
Le mince filet d’air
est un  protecteur
qui retient son souffle

Jour 48
Depuis quelques temps on note des signes frelatés 
sous la rugosité du soleil
jusque sur la peau grêlée des feuilles
des signes croissants d’instabilité flambent dans nos yeux provisoires
dans nos oreilles sourdes
d’où disparaissent les oiseaux
et les insectes
profond silence où toute voix recule

Jour 49 
On fixe nos métaphores à la  lueur du jour
en mesurant la toute puissance des photons
Ce n’est pas fantasmer le réel et la lumière n’est pas une utopie 

Jour 50
Comment parler au mode impératif du temps de crise
Comment dire le temps futur comment l’imaginer
depuis notre langage trop maigre pour contenir l’esprit
et restituer ce qui nous détermine à écrire

Notre langue trop cuite d’avoir été remâchée
renacle à la nouveauté au sursaut
en suspend de mots oubliés elle fouille
les sons émaillés d’impossibilités à dire
incapables que nous sommes de définir
les dysfonctionnements de l’organe

Pour avoir été trop longtemps restés aphones
nous devons affronter l’abyme de notre mutisme
ce puits sans fond (et sans reflet)
accouchement au forceps par la bouche
d’un crachat expulser la force pulsatile
d’un chant encore vivace sous la couche épaisse
de nos dérilictions

Il nous faut libérer une langue prise en otage
la pensée prise en étau des conformismes
et en défaut dans le grand fracas humain
de toutes les voix silenciées

Perle Vallens

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100 jours d’écriture (4)


Jour 31
Je colle à la réalité, vêtements mouillés formant la nouvelle matière de la peau
Je transpire sous le seuil acceptable tandis que le niveau monte
Je tranche dans l’épaisseur de la chape pour me frayer un chemin vers la fraîcheur

Jour 32
Tu sautes. Claudiques, sautillante cintrée dans la chaleur. Par la fenêtre,  les arbres tellement stables et fort. N’ont besoin que des béquilles racinaires hydrophile pour se maintenir. Tandis que toi.

Jour 33
L’herbe ne connaît de limite que la main humaine qui arrache et entasse. Fauchée,  elle jonche ce coin du jardin attendant son heure. Vivace, elle persiste dans ses pompons hirsutes, issus d’une nuit passée à extirper d’elle-même ses dernières forces, la trace de ses résistances. Elle s’entête à exister, à se reproduire, essaime aussitôt qu’on cherche à  l’éradiquer.

Jour 34
Nous n’avons pas vu la pluie tomber mais sa trace vivante sur le pavés
nous n’avons pas vu l’orage mais le son grondant de sa présence
nous avons cru en sa promesse plutôt qu’en sa menace
une chamane poétesse nous a exaucé
sa prière montée au ciel
elle avait le regard habité des saintes
et la voix forte des guerrières

Jour 35
L’écriture étire un interstice
déroule les fils entrelacés du quotidien
en démêle les mots leur surgissement
Je les laisse rugir dans la voix
cri ou musique pour dire
les tricoter en laissant des silences autour
un maillage sans taire mais qui espace
L’écriture ne force pas le souffle
elle le libère et étanche la soif
renouvelée des phrases
leur accumulation forme la chair du texte
et le lien imperceptible en devient la sève
Je tire sur la langue pour faire exister le  réel jusque dans l’imaginaire
pour révéler l’effet tangible jusque dans les ombres vacillantes
la présence palpable du monde

Jour 36 ́
Nouvel exemple d’exode au plus clair du jour
j’ai vu l’exuvie encore cramponnée à la paroi verticale
l’escaladeuse son geste d’équilibriste
le long de la tige avant mue imaginable
dans la cymbalisation continue
à l’heure creusée dans nos estomacs
y entendre au bec et au thorax près
le bruit d’un voisinage d’insecte à humaine

Jour 37
Les choses simples, le travail au jardin, les heures qui passent ne font pas oublier le monde qui flambe.

Jour 38 
La fleur s’ouvre comme une bouche
dans l’attente du baiser pollinisateur

Jour 39
Une bruine fine est tombée 
bombant le torse a forcé sur ses gouttelettes
dépose minute sur le train végétal
brumisation express aussitôt absorbée l’évaporation rend force
à ce qui inonde vert
la résurgence vivante
de mes yeux bue

Jour 40
Le vent souffle un air de métaphore
qui veut dire fraîcheur dans la langue des feuilles
signe que le vert vit toujours au bout des branches
un son frémissant basse fréquence muscle l’écorce
c’est un murmure que comprennent les oiseaux
un rempart et un refuge
sous les racines la terre craquelée sa musique crépusculaire se gonfle d’un flux
invisible pour l’œil humain

Perle Vallens