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100 jours d’écriture (5)

Jour 41
Personne n’est à l’abri d’un nouvel écocide
ce sentiment de culpabilité empoisonne
les cerveaux qui subissent auto-interrogatoires sur bilans carbones et responsabilités passées et futures
Serez-vous à l’origine de la disparition des abeilles ?
Personne ne sait quand aura lieu la prochaine extinction de masse

Jour 42
La maison est une clairière dans une forêt
une cabane dans ses branchages
un terrier cerné d’insectes et d’oiseaux
où poser son pelage
un peu du sauvage se plante dans les murs s’invite en communautés
entre sans notre permission
la  maison est un refuge
un passage pour la lumière
un espace percé d’ouvertures de fenêtres sur le monde
la maison est murmurée
parcourue par des mémoires
dans ses marges des généalogies se racontent
des images flottent dans les interstices
dans ses silences naissent des musiques
pour qui sait écouter

Jour 43 
Extrapolations permises images décroissantes
comme la lune au ciel
effets d’imagination nous hisserions sur les ruines
d’une civilisation deviendrions suffisants
cultiverions porosités et fouillis hybridés

nos paysages n’étant pas décors horizontaux
mais étendues vivaces au bout des luttes :
nos mutations
les chants nous reviennent en chaîne en contrepoint
comme l’espoir de liens renouvelés et non pas vains
nos vœux exaucés

Jour 44
Cheminant fauchant du talon les herbes trop hautes pour les enjamber,  trop sèches et jaunies tenues par l’attente, celle d’essaimer, akènes frémissantes, feuilles collantes me retiennent.

Jour 45
Les départs ne disent rien de ceux qui restent.

Jour 46
J’honore le rituel
de la promenade dans les étendues grillées
un jaune trop tôt pâli de paille frottée à l’air sec
quelque chose cède
craque dans la haute stature rêche
hissé au ciel l’étendard
d’une résistance végétale
rien ne bruisse que nos pas dans les feuilles tombées

Jour 47
Le mince filet d’air
est un  protecteur
qui retient son souffle

Jour 48
Depuis quelques temps on note des signes frelatés 
sous la rugosité du soleil
jusque sur la peau grêlée des feuilles
des signes croissants d’instabilité flambent dans nos yeux provisoires
dans nos oreilles sourdes
d’où disparaissent les oiseaux
et les insectes
profond silence où toute voix recule

Jour 49 
On fixe nos métaphores à la  lueur du jour
en mesurant la toute puissance des photons
Ce n’est pas fantasmer le réel et la lumière n’est pas une utopie 

Jour 50
Comment parler au mode impératif du temps de crise
Comment dire le temps futur comment l’imaginer
depuis notre langage trop maigre pour contenir l’esprit
et restituer ce qui nous détermine à écrire

Notre langue trop cuite d’avoir été remâchée
renacle à la nouveauté au sursaut
en suspend de mots oubliés elle fouille
les sons émaillés d’impossibilités à dire
incapables que nous sommes de définir
les dysfonctionnements de l’organe

Pour avoir été trop longtemps restés aphones
nous devons affronter l’abyme de notre mutisme
ce puits sans fond (et sans reflet)
accouchement au forceps par la bouche
d’un crachat expulser la force pulsatile
d’un chant encore vivace sous la couche épaisse
de nos dérilictions

Il nous faut libérer une langue prise en otage
la pensée prise en étau des conformismes
et en défaut dans le grand fracas humain
de toutes les voix silenciées

Perle Vallens

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