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Stridulation, un poème dans la revue Les Haleurs

Les Haleurs est une revue « d’éco-poésie » créée par David Dielen, pas loin de la géopoétique de Kenneth White et l’écopoétique au cœur de mon travail actuel (et du Master de création littéraire qui touche à sa fin). Le thème de ce numéro 3 est Ailes et l’on peut se le procurer sur le site de la revue ou en commande auprès de sa librairie.
Le poème que j’ai le plaisir d’y voir publié (aux côtés de la talentueuse et généreuse Milène Tournier) s’intitule Stridulation.

100 jours·écriture·prose

100 jours d’écriture 2026 (1)

Une impulsion sur Instagram, déjà tentée l’an passé. Je renouvelle l’essai de ces « 100 jours d’écriture » que je posterai tous les 8/10 jours (économiser les jours d’ordinateur). Mi carnet/journal, mi réflexions, notamment sur l’écriture, on verra.

Jour 1
Je tourne autour du sujet et je retourne aux coquelicots mais ceux qui sont encore dans les champs perdent leurs pétales. Il y a des milliers de boutons dans le champ qui était rouge il y a quelques semaines mais aujourd’hui ils sont secs. C’est la fin. Il fait trop chaud. Après les trombes d’eau et plusieurs jours de mistral qui les ont fracassées, les fleurs sont noyées de chaleur.
Tourner autour du sujet.
C’est façon de ne pas rester immobile,  rester en place mais en tournant, en mobilisant d’autres gestes,  celui de l’artisan et celui de l’artiste. Ai-je vraiment osé le mot ?

Jour 2
C’est l’heure des fenêtres ouvertes,  du bruissement des cigales,  du parfum de tilleul. C’est l’heure tiède.
Le frisson existe quelque part, sous la peau mais le dessus liquéfié, où quelque chose se lézarde puis s’adoucit.
Ce n’est pas encore l’heure crépusculaire et les cigales cymbalisent. Je pense aux cymbales antiques, un presque quotidien depuis plusieurs semaines, et tympanons, tibiae, thyrse, tout ce qui se termine ce soir. Tout ce qui se termine dans l’odeur de tilleul.

Jour 3
L’écrasement survient quand je m’y attends le moins. La fatigue me tire vers le bas, vers le vide. Mal définie, muette par la force des mots qui s’absentent. Leur effacement provoque le mien.
J’énumère les possibilités de retour au réel. La lumière blanche me plaque au sol, un glacis pour ombre, proximité linguistique facile, à lécher le clavier J’invoque l’eau fraîche et des draps propres, meilleur reset possible pour aujourd’hui

Jour 4
Il s’en est fallu de peu qu’il pleuve.
Il s’en est fallu de peu que la terre s’abreuve, qu’un répit nous soit accordé.
Mais le vent s’est levé, comme un jour neuf après la nuit.Il s’est levé lentement à soufflé quelques rafales histoire de rappeler son existence et sa potentielle force. Puis il est retombé. Avec le jour.
Le vent s’est déplumé. Moins vivace qu’un ventilateur.

Jour 5
Aujourd’hui j’écris depuis les images d’un artiste qui occupent mon esprit. Comment les images se glissent entre les mots,  comment les mots s’intercalent aux images, qui parle le mieux.
J’écris depuis la force du trait, depuis le regard et le geste. Je décale celui de l’écriture. J’écoute ce que les images ont à (me) dire. Je transcris en mots.

Jour 6
La carte et le territoire. Nappe anthropisée sur le vivant, ce qui se bétonne et ce qui se dessèche. Les herbes brûlées d’avant feu de Saint Jean se consument doucement, sans flamme. Elles semblent fossilisées, cristalisé le sentier sur la carte nos traces de pas craquent la terre crevassée, creuse la mémoire de la précédente grande canicule,  celle qui t’a vu naître.

Jour 7
Quelque chose interfère avec l’écriture, brouille les pistes et les mots se dérobent, le flux s’interrompt et je m’interroge sur les véritables causes qui ne sont ni la chaleur ni le dos, mais quelque chose de plus enfoui, sournois, peut-être inavouable, monstrueusement ordinaire. Quelque chose comme une vague qui submerge .ou seulement l’apparence d’une vague, son hologramme qu’il suffirait d’effacer d’un simple geste.
Ou une image en creux d’un problème plus profond.

Jour 8
Des pointes qui frappent le sol, combien de paires de pied sur scène,  un roulement de tambour avant lever de rideau. Toute la journée à roulé autour de ce moment là.
Commencé à préparer la soutenance, relu un article,  un peu lu, un peu écrit mais l’esprit peu à peu dirigé vers ce rendez-vous de fin de journée, fin d’année pour elle,  une semaine de battement avant reprise des cours « open ».
Des pointes frappent le sol et j’ai hâte.

Jour 9
Langue serait engagée, tenue à l’écart par injonctions, obligations de faire ou de ne pas faire, de dire ou ne pas dire, diktat et mensonge, finalement autocensure.
Langue cherche à s’ouvrir ailleurs, à d’autres, humains, non humains. Langue tente de se déplier, s’étirer, longue langue pour accueillir d’autres mots, grammaires, syntaxes, mots-clés pour ouvrir des portes, ouvrir plus grand.
Écriture taupe et insomniaque cherche à l’aveugle,  tâtonne pour sortir de son terrier,  racle ce qui encombre devant,  ce qui gêne sur son passage.
Écriture fait des efforts pour gagner en souplesse. Écriture s’entraîne tous les jours,  fait ses exercices sans coach, sans savoir si elle avance dans le bon sens.

Jour 10
Flou sémantique, assemblage syllabique hasardeux, les mots paradent à heure indue dans un espace incertain entre le jour et la nuit. Mal tressés, décomposés, recomposés, d’errance en langue approximative comme pour approcher le sens sans jamais l’atteindre.
Les mots murmurent des images qui prononcent des mots en retour. 

Perle Vallens