C’était hier, 8 juin, comme chaque huitième jour du mois, la sortie de la revue Miroir impulsée par les ateliers de Laura Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo pour avoir accueilli ce texte.


Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
C’était hier, 8 juin, comme chaque huitième jour du mois, la sortie de la revue Miroir impulsée par les ateliers de Laura Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo pour avoir accueilli ce texte.



Je marche sans te chercher
je trébuche dans le vert
tu étais là depuis toujours
toi et les tiennes et les autres
non cachées mais non vues
je devine sous lianes
la racine de l’enfance
dans les contours de ton bouton
floral se défroisse
une ligne de pétales
grandis d’hier fraîchement
repeints ta couleur
à mon visage j’approche
ma joue rougie
d’un corps qui vibre
à la lumière tu t’ouvres
au souffle au frisson
je bois jusqu’au bruit du bourdon
ta voix oscille
dans ses élytres en ondes
l’odeur du désir
écarquillé d’akènes qui
s’envolent dans le vent
Perle Vallens
*Je découvre que le livre est aussi en vente ici

Le bruit monte de la terre humide de rosée. Elle se creuse de racines et murmure dans le remuement des lombrics. Le bruit de la terre crève les parois vitrées de la chambre et les pensées aussi deviennent bruyantes, extraites de la gangue du rêve.
La lumière coule le long des vitres. Elle finit par y entrer, trois rayons ont transpercé et inondent d’un coup la pièce. Ils claquent contre les murs, les déshabillent, les lavent de leurs ombres, les laissent nus et baignés d’un blanc lumineux.
La chaleur pénètre alors, l’atmosphère s’adoucit, nimbe les corps d’un flottement tiède. Elle fait des bulles en surface et ça sonne -explose pop : une caresse. La chaleur déplie les couches de l’épiderme, pleins et déliés qui s’étalent en cercles concentriques. La douceur parle à la peau en chuchotant.
Ce qui s’invite par la fenêtre modifie la teinte de nos visages, éclaire le regard qu’on pose sur les choses. Elles aussi sont rajeunies par la clarté matinale.
Chaque être est atteint par le plein jour, illuminé, transfiguré.
Perle Vallens
Dans le numéro du 8 mars de la revue Miroir est paru ce poème né des propositions de Laura Vazquez. Merci à elle et à Benjamin Milazzo pour l’avoir sélectionné.



Sur la base d’une consigne de Laura Vazquez, voici un nouveau vidéo-poème : Une main.
La main
est un souffle
vibrant
sur la paroi
usée
d’une peau
elle cherche
un creux
une porosité
où s’enfouir
loin
sous l’os
cimenté
elle cherche
une lumière
un bruit blanc
un refuge
où se joindre
la main ouvre
un espace
plus vaste
de plusieurs vies
non vécues
la main
est une bouche
muette
pour murmurer
plus qu’un seul nom
Perle Vallens

Rêche ridée
grevée de taches
comme grêlée
boursouflée
la peau plisse sur le dessus
de la main
parcheminée
on pourrait lire l’âge
et l’histoire
dans les sillons
celle d’une terre
retournée
à mains nues
on pourrait compter
les années de labeur
dans ses doigts
gourds
tordus grinçants
aux ongles noircis
ayant crocheté
tout l’été par habitude
phalanges
jouant des coudes
pour déjouer
la vieillesse
qui déjà
et depuis longtemps
s’incruste
jusqu’au préhenseur
qui peine à prendre
ses désirs
pour des réalités
non consumées
d’arthrose
jusqu’à l’auriculaire
menacé
de surdité
la main craque
de tous ses os
Perle Vallens
Merci à Benjamin Milazzo pour avoir sélectionné ce poème qui résonne bien sûr avec Les Insignifiantes. Il est paru le 8 décembre dans la revue Miroir qui regroupe comme vous le savez des textes écrits sur propositions de Laura Vazquez.





Là, il y la graine tombée sur le béton
la graine est quelque chose de vivant sur le béton mort
Quelque chose de frêle trouve son chemin, s’ancre, s’implante
Quelque chose cherche sa nourriture dans le béton, creuse profond, s’épuise
Quelque chose a des racines qui se sont glissées dessous
Là, a trouvé une couche sous une couche sous une couche
loin sous le béton mort pour trouver substrat de vie
loin sous le béton mort toute une étendue de terre cachée
et loin au-dessus, le ciel, le soleil, de quoi pousser
Là, a jailli d’un seul coup sur la nappe de béton
Là, le gris est devenu vert
Perle Vallens

Comment nommer ce qui ne se nomme pas ?
Je souffle sur une lettre pour en faire naître une autre, pour attraper un son qui dise, un signe qui parle
Je dis : exprime-toi
Je demande au ciel
sa couleur
celle du temps ne se prononce pas
elle se dilue dans le cri
de la pluie
la couleur des visages
disparaît
Je dis : exprime-toi
Je demande au vent
son tissage
c’est un secret qu’il ne partage pas
avec moi
c’est un secret pour les arbres
et les plantes
un secret souterrain tracé
dans les graines
Ils se foutent bien du nom qu’on leur donne
Ils préféreraient rester anonymes
et intacts
Je dis : exprimez-vous
mais ils se taisent
ils se confient aux oiseaux
leurs nids de sépulture
sans épitaphe
les forêts parlent
d’une seule voix végétale
minérale
animale
j’appartiens
Je m’adresse à la forêt
Je dis : exprime-moi
dresse un portrait de fumure
de litière
dessinée au fusain d’incendie
la brûlure
du pin je renais
de ses aiguilles
je suis ici
sans nom
Perle Vallens
Après la revue papier, c’est dans la version numérique de la revue Miroir qu’est paru un texte, le 8 octobre.

