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100 jours d’écriture (6)

Jour 51
J’entends une voix différente dans chaque feuillage de chaque jardin
Une échappée s’y accroche et le chant ressemble à un langage que je m’efforce de traduire
Chaque paysage m’apprend à parler

Jour 52
sous le dôme de chaleur blanche
l’ombre renaît
tombée en flaques sombres
l’horizon liquide de l’animal
s’exerce au souffle de la lumière
à la lenteur missible où s’oublie le bleu
si on lève la tête le ciel nous aveugle

Jour 53
Des chants d’oiseaux comme des plaintes montées de becs ouverts
sur absence ou insuffisance
cherchent à dire quelque chose d’inaudible
becs d’histoires d’ailleurs d’hier
becs d’aïeux vieux plumages
lustrés à la lumière du jour
becs fouissant les aiguilles
d’inquiétude piquant la terre
terrifiante de craquelures
bec béant de ne pas boire
de ne pas savoir ou seulement dit-il
pour réguler, peut-être, la température de leur corps

Jour 54
J’expire le jour par la bouche
toutes les mouches du ventre s’envolent
l’objet de leur ponte reste accroché à la paroi abdominale
leurs bulles éclatent jusque dans ma tête
je digère le vent venu me tapisser de feuilles sèches avant la pluie
je ne serais pas étonnée de craquer dans mon sommeil

Jour 55
le ciel capricieux ne sait où tourner la tête
à l’heure de la trouée
le ciel fait des nœuds
noirs et confus efface les dernières traces de l’été
grande lessive sale je me laisse estomper
avant le prochain orage
je me laisse déranger déraper déphasée par étapes
l’orage me déplace
j’avance dans une démarche d’arbre
sans branches où me raccrocher

Jour 56
La chaleur dessine des images instables
des effets intermédiaires impossibles à expliquer
et des occupations de l’espace qui laissent
à désirer
On s’attend à  des abandons de poste
La fougère s’expose côté sud
à des représailles

Jour 57
Je marche sur un sentier connu d’une forêt familière dans laquelle je ne peux pas m’égarer. J’aimerais réussir à me perdre dans une immensité boisée, peuplée vif et fort, peuplée bruyamment,  non abandonnée mais pleine de vie, de vibrations. Au bord de la bouche,  le mot forêt prend son indépendance,  s’abandonne à la jouissance auprès d’un renard ou d’un sanglier, au bord des arbres et des fougères,  au bord d’un chemin sec et vide plein de feuilles tombées,  au bord des pieds, elles craquent. La forêt rétrécie  délabrée, se délave jaune, et je cherche sa verdure dans tous les sols, même bitumés

Jour 58
Le vert sait se faire remarquer
Il a l’éloquence élégante sans être tapageuse
A l’ombre, le vert s’obstine
d’un pli sa teinte têtue
comme peinte mais 100% naturelle
On soupire d’aise et de désir sur l’intensité fluo
Le vert suscite toutefois des interrogations et des inquiétudes quant à sa disparition

Jour 59
Chaux blanchie du ciel
moutonneux bêlant presque son croassement
déclassé celui qui criaillle
son bec fermé picorant on ne sait quoi
dans la terre rafraîchie  avant de poser
un appui ferme sur la pierre histoire de
reprendre pied
son œil divinatoire annonçait la pluie

Jour 60
Silence à pleines mains
comme une erreur 404 dans le jardin
d’une banlieue parisienne

Un soupir se prend pour un cri d’oiseau
mais je ne vois qu’une plume à terre
trop grande pour être honnête
seule tombée d’un corps
disparu

Je ne peux prêter mon bec
pour chanter à sa place
au mieux des mots empochés
à la recherche d’une mise à jour
d’un retour arrière

Je ne sais comment réinitialiser le vivant 

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Vomir des fleurs


Je préfère vomir des fleurs plutôt que de la bile
et replier ma colère sous l’aisselle
coincée entre le marteau et l’enclume
je mielle entre mes lèvres et je bulle
molle sur la place publique
j’assume et je partitionne mes désirs plaqués or
jaunis d’avoir trop attendu
moyen milieu je surnage
au-dessus du niveau des eaux salées
les larmes ne se boivent pas mais elles lavent
les pleines peaux extraites de gangues
mal déchirées
des mots s’échappent malgré moi
pied à terre l’enjambement de phrases se fait
contre toute attente
ainsi croches et demi croches
droits comme des i
langues arrachées pour les coller à ma bouche
je préfère chanter des perles plutôt que des vipères

Perle Vallens

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100 jours d’écriture (5)

Jour 41
Personne n’est à l’abri d’un nouvel écocide
ce sentiment de culpabilité empoisonne
les cerveaux qui subissent auto-interrogatoires sur bilans carbones et responsabilités passées et futures
Serez-vous à l’origine de la disparition des abeilles ?
Personne ne sait quand aura lieu la prochaine extinction de masse

Jour 42
La maison est une clairière dans une forêt
une cabane dans ses branchages
un terrier cerné d’insectes et d’oiseaux
où poser son pelage
un peu du sauvage se plante dans les murs s’invite en communautés
entre sans notre permission
la  maison est un refuge
un passage pour la lumière
un espace percé d’ouvertures de fenêtres sur le monde
la maison est murmurée
parcourue par des mémoires
dans ses marges des généalogies se racontent
des images flottent dans les interstices
dans ses silences naissent des musiques
pour qui sait écouter

Jour 43 
Extrapolations permises images décroissantes
comme la lune au ciel
effets d’imagination nous hisserions sur les ruines
d’une civilisation deviendrions suffisants
cultiverions porosités et fouillis hybridés

nos paysages n’étant pas décors horizontaux
mais étendues vivaces au bout des luttes :
nos mutations
les chants nous reviennent en chaîne en contrepoint
comme l’espoir de liens renouvelés et non pas vains
nos vœux exaucés

Jour 44
Cheminant fauchant du talon les herbes trop hautes pour les enjamber,  trop sèches et jaunies tenues par l’attente, celle d’essaimer, akènes frémissantes, feuilles collantes me retiennent.

Jour 45
Les départs ne disent rien de ceux qui restent.

Jour 46
J’honore le rituel
de la promenade dans les étendues grillées
un jaune trop tôt pâli de paille frottée à l’air sec
quelque chose cède
craque dans la haute stature rêche
hissé au ciel l’étendard
d’une résistance végétale
rien ne bruisse que nos pas dans les feuilles tombées

Jour 47
Le mince filet d’air
est un  protecteur
qui retient son souffle

Jour 48
Depuis quelques temps on note des signes frelatés 
sous la rugosité du soleil
jusque sur la peau grêlée des feuilles
des signes croissants d’instabilité flambent dans nos yeux provisoires
dans nos oreilles sourdes
d’où disparaissent les oiseaux
et les insectes
profond silence où toute voix recule

Jour 49 
On fixe nos métaphores à la  lueur du jour
en mesurant la toute puissance des photons
Ce n’est pas fantasmer le réel et la lumière n’est pas une utopie 

Jour 50
Comment parler au mode impératif du temps de crise
Comment dire le temps futur comment l’imaginer
depuis notre langage trop maigre pour contenir l’esprit
et restituer ce qui nous détermine à écrire

Notre langue trop cuite d’avoir été remâchée
renacle à la nouveauté au sursaut
en suspend de mots oubliés elle fouille
les sons émaillés d’impossibilités à dire
incapables que nous sommes de définir
les dysfonctionnements de l’organe

Pour avoir été trop longtemps restés aphones
nous devons affronter l’abyme de notre mutisme
ce puits sans fond (et sans reflet)
accouchement au forceps par la bouche
d’un crachat expulser la force pulsatile
d’un chant encore vivace sous la couche épaisse
de nos dérilictions

Il nous faut libérer une langue prise en otage
la pensée prise en étau des conformismes
et en défaut dans le grand fracas humain
de toutes les voix silenciées

Perle Vallens

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100 jours d’écriture (4)


Jour 31
Je colle à la réalité, vêtements mouillés formant la nouvelle matière de la peau
Je transpire sous le seuil acceptable tandis que le niveau monte
Je tranche dans l’épaisseur de la chape pour me frayer un chemin vers la fraîcheur

Jour 32
Tu sautes. Claudiques, sautillante cintrée dans la chaleur. Par la fenêtre,  les arbres tellement stables et fort. N’ont besoin que des béquilles racinaires hydrophile pour se maintenir. Tandis que toi.

Jour 33
L’herbe ne connaît de limite que la main humaine qui arrache et entasse. Fauchée,  elle jonche ce coin du jardin attendant son heure. Vivace, elle persiste dans ses pompons hirsutes, issus d’une nuit passée à extirper d’elle-même ses dernières forces, la trace de ses résistances. Elle s’entête à exister, à se reproduire, essaime aussitôt qu’on cherche à  l’éradiquer.

Jour 34
Nous n’avons pas vu la pluie tomber mais sa trace vivante sur le pavés
nous n’avons pas vu l’orage mais le son grondant de sa présence
nous avons cru en sa promesse plutôt qu’en sa menace
une chamane poétesse nous a exaucé
sa prière montée au ciel
elle avait le regard habité des saintes
et la voix forte des guerrières

Jour 35
L’écriture étire un interstice
déroule les fils entrelacés du quotidien
en démêle les mots leur surgissement
Je les laisse rugir dans la voix
cri ou musique pour dire
les tricoter en laissant des silences autour
un maillage sans taire mais qui espace
L’écriture ne force pas le souffle
elle le libère et étanche la soif
renouvelée des phrases
leur accumulation forme la chair du texte
et le lien imperceptible en devient la sève
Je tire sur la langue pour faire exister le  réel jusque dans l’imaginaire
pour révéler l’effet tangible jusque dans les ombres vacillantes
la présence palpable du monde

Jour 36 ́
Nouvel exemple d’exode au plus clair du jour
j’ai vu l’exuvie encore cramponnée à la paroi verticale
l’escaladeuse son geste d’équilibriste
le long de la tige avant mue imaginable
dans la cymbalisation continue
à l’heure creusée dans nos estomacs
y entendre au bec et au thorax près
le bruit d’un voisinage d’insecte à humaine

Jour 37
Les choses simples, le travail au jardin, les heures qui passent ne font pas oublier le monde qui flambe.

Jour 38 
La fleur s’ouvre comme une bouche
dans l’attente du baiser pollinisateur

Jour 39
Une bruine fine est tombée 
bombant le torse a forcé sur ses gouttelettes
dépose minute sur le train végétal
brumisation express aussitôt absorbée l’évaporation rend force
à ce qui inonde vert
la résurgence vivante
de mes yeux bue

Jour 40
Le vent souffle un air de métaphore
qui veut dire fraîcheur dans la langue des feuilles
signe que le vert vit toujours au bout des branches
un son frémissant basse fréquence muscle l’écorce
c’est un murmure que comprennent les oiseaux
un rempart et un refuge
sous les racines la terre craquelée sa musique crépusculaire se gonfle d’un flux
invisible pour l’œil humain

Perle Vallens

poésie·écriture·prose·100 jours

100 jours d’écriture (3)

Jour 21
Si j’étais un moment,  ce ne serait pas celui à venir (sauf peut-être s’il était plus frais), ce ne serait pas celui passé (même il y a cinq minutes, même il y a trois ou dix heures,  même il y a vingt ou quarante ans), ce serait un moment présent, un moment propice, ce serait un moment d’écriture. Ce serait celui d’un mot qui vient, d’une phrase qui arrive, d’une suite qui s’installe et prend ses aises sur l’écran,  qui se  dispose, qui se diffuse, ce serait un moment de poésie qui s’espace et prend de la place dans la tête sans qu’on sache forcément ni comment ni pourquoi, ce serait un moment un peu comme ça,  un moment comme maintenant  (mais quand vous lirez, il sera déjà passé)

Jour 22
Le tonnerre a cogné à la fenêtre avant de s’évanouir au loin
le ciel assombri sans qu’on sache s’il faisait déjà nuit
a mordu un reste de jour
passé à distance le niveau de perception
a baissé d’un coup

Jour 23
Je pense estuaire,  je pense lisière et se dessine un contour qui n’est jamais une frontière nette, irrémédiable mais une paroi poreuse qui se colle à ma peau
J’aimerais que quelque chose se déplace qu’un axe se redéfinisse, régence l’espace qui sépare en espace qui relie

Jour 24
Qu’est ce que les notes de bas de pages ont à nous dire
Leurs formules brèves valent exergue
pourraient valoir récits en s’y prenant bien
pourraient rallonger le texte d’un dispositif augmenté
de fragments gonflés au souffle vivant
d’histoires taillées dans la pierre
de mots fossiles auxquels rendre vie au fond du texte

Jour 25
La chaleur ressemble à l’air qu’on pensait frais
Elle ruisselle à l’intérieur par les fenêtres grandes ouvertes
Les nuages ont cessé de se déplacer dans l’intervalle où l’on a espéré une amélioration
Rien n’a vraiment eu lieu  et en plus,  il n’a pas plu

Jour 26
Journée vide
mais trop pleine de vagues
d’ongles rongés jusqu’à la chair
Journée à chercher une raison aux choses
œil retourné à sa paupière
pour voir depuis l’intérieur la valeur
à accorder les vraies priorités dans le cathéter où goutte à goutte la douleur

Journée à oublier (d’urgence)
à flotter les fausses impressions du pire les excès et les défauts d’imagination
à faucher la sécheresse des mots
(il a plu pourtant)
à moissonner boisseaux d’angoisse
à vomir la bile de sa fille de sa bouche à mon ventre qui se souvient

Journée à frôler l’indicible à inventer l’écroulement d’heures comme un château de sable
secondes coulées dans l’embrasure de la porte à ouverture automatique sécurisée
ventouse électromagnétique son chuintement menaçant
quelqu’un a dit sas de santé publique
en bordure des abandons de poste

Journée de temps long au fond des défections politiques
des personnels débordés et cette patience comme une corde à nouer autour de la taille
Journée à taire les mots de trop mais à ne pas silencier les désarrois
commuter la colère ou la diriger
une seule insulte est à déplorer sur la si longue matinée à débordement

Journée à mariner l’attente comme on touille son propre cœur
et sa tête pendante dans un déni sans nom
à macérer dans son jus bouilli à l’eau amère de l’inquiétude
à croupir les sueurs liées dans l’instant d’une sororité maternelle
et d’un proche que le malentendu de la maladie sépare

Journée en creux se remblaiera demain

Jour 27
Rien ne s’est fait aujourd’hui d’important sinon le regard précis sur d’infimes détails
indices minuscules de l’élasticité du temps
qui ne passe pas
la bouche muette de chaleur
la langue s’est emmurée vivante
le silence est un rempart contre la guerre
lasse
contre soi-même
J’émets un signalement mais
le milieu de la journée demeure introuvable

Jour 28
Un peu de précision cartographique permettrait de clarifier les méandres de mes pensées

Jour 29
Dans le bruit de l’arbre,  il y a une métonymie insectivore
une dévoration lente d’un temps long réduit en cendres
après crépitement, le silence des crécelles
La branche devenue cimaise nous rappelle
l’inconfort de l’œuvre de plein air

Jour30
comment on parvient à traverser la torpeur du jour
la peau chauffée à blanc exhale molle ses relents de sueurs et d’excès
de fatigue les frottements sensibles d’un short serré sur les cuisses
l’eau dégouline dans la nuque une flaque au creux des omoplates dans laquelle
on pourrait faire pousser l’ardeur 
le contact avec le début d’après-midi me laisse exsangue
le premier pas surex dans l’herbe pâle et sèche
trop blanche que froisse le passage à vide
d’un criquet qui stridule mat son égarement

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100 jours d’écriture (2)

Jour 11
Soulevant le silence  : le vent
n’a pas dit son dernier mot

Jour 12
Le bruissement de l’hélicoptère, gros insecte vrombissant, gorgé d’eau et de mauvais souvenirs,  je ne sais pas encore à l’instant où il passe à quel endroit il va se déverser. Je scrute mon horizon le signe avant coureur,  le présage,  la fumée grise où lire la catastrophe. Je ne vois rien. Je ne sens aucune odeur qui prenne à la gorge, ne ressens aucune irritation,  ne suis prise par aucune quinte de toux, je n’ai pas non plus les yeux qui piquent mais l’hélicoptère plane au-dessus de ma tête, lourd de menace et je sais que quelque part brûle la limite que nous avons franchie en quelques décennies,  ce point de non retour se consume à quelques dizaines de kilomètres de là.

Jour 13
Feu après feu après feu
irradie jusqu’à la peau ce qui reste de présence brille
même dans la nuit

Jour 14
J’attends dans l’onde fraîche que la chaleur s’émousse
la sensation poisseuse et lourde
sur la peau
côtes flottantes offertes aux alevins
paumes ouvertes pour retenir l’eau qui s’écoule
les mains tendues dans le miroitement recueillent la faveur douce d’une brillance en guise de recomposition organique
une incandescence sous un ciel sans nuage
le corps ne cesse de céder à la lumière : sa mue.

Jour 15
Apprendre à désescalader / se laisser glisser / du dehors vers le dedans / et inversement

Jour 16
Je me surprends à penser à un flocon de neige. Je  pense à l’une de ses formes. Je la dessine mentalement espérant une bouffée de fraîcheur salutaire.
Je ne sais plus depuis quand la neige, depuis quand le dernier flocon, sa fonte trop rapide dans le creux de ma main, je ne parviens qu’à imaginer les cristaux, je les entends crisser. C’est un son à la fois agaçant,  agréable et lié à une impression vive d’eau glacée qui coule sur la peau, de petites choses fines qui tombent en poudre sur les cheveux,  une constellation blanche. Une auréole.
La neige me manque. Particulièrement aujourd’hui.

Jour 17
Pas un souffle d’air. Sauf dans la nuit, rouler vitres ouvertes,  les vibrations d’un vent factice, spécialement créé par l’humain pour rafraîchir l’humain.
Dans la  nuit,  je roule dans l’attente d’autre chose,  pas seulement la fraîcheur,  une évasion,  une libération,  l’ouverture d’un carquant qu’on sent davantage en plein jour, englué et alourdi des charges mentales et de la chape de chaleur qui pèse sur les épaules.

Elle a raison,  la nuit apporte une exaltation et une ivresse, un sentiment de liberté. Sans doute parce qu’on passe inaperçu,  fondu dans la masse noire, invisible d’une invisibilité qui libère.
En allant la chercher je longe le Rhône. Baigné de lumière il ressemble à la Seine,  comme la grande roue rappelle celle de  Paris qui me manque.
La gare accentue la sensation de liberté,  comme si dans l’instant prendre un train,  partir,  juste comme ça. Parfois,  j’aimerais avoir cette liberté là,  tout plaquer,  partir veut-il dire s’enfuir ?

Jour 18
L’air est en feu
comme le monde
Je me demande ce que cache la fumée
qui monte dans l’invisible cri
La  gorge brûle autant que l’autour

Jour 19
Se raccrocher au réel et à ses possibilités
Huile de moteur et bouchon de vidange parlent de cage et de liberté
Tracer l’espace gras du doigt, la pulpe noire dessine les contours du trajet de son décalage d’une journée l’autre, le tressaillement d’une ombre,  la vague d’oscillations entre non et peut-être qui fait croire aux miracles. Ou au destin

Jour 20
Ou nuit. Un chien aboie. Un éclair au loin. L’orage comme une promesse. Vrai ciel zébré sur fausse impression de fraîcheur. Vibration vague, évanouissement d’une intention louable, degrés à rebours. Je retrouve le geste ancien, puis annuel, du linge éponge mouillé sur le corps. Surtout, chaque rencontre du jour est de l’énergie pour affronter la torpeur sans sommeil.

Perle Vallens

Actualité·écopoétique·poésie·Revue littéraire & fanzine

Stridulation, un poème dans la revue Les Haleurs

Les Haleurs est une revue « d’éco-poésie » créée par David Dielen, pas loin de la géopoétique de Kenneth White et l’écopoétique au cœur de mon travail actuel (et du Master de création littéraire qui touche à sa fin). Le thème de ce numéro 3 est Ailes et l’on peut se le procurer sur le site de la revue ou en commande auprès de sa librairie.
Le poème que j’ai le plaisir d’y voir publié (aux côtés de la talentueuse et généreuse Milène Tournier) s’intitule Stridulation.