100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (fin)

Les derniers jours/semaines ayant été denses, voici tardivement le dernier volet des 100 jours d’écriture (sur instagram) qui s’est terminé en réalité le 1er octobre.

91
L’impossibilité d’écrire quand elle prend forme dans la langue même détourne les mots ou les retourne sens dessus dessous, ne veulent plus rien dire, sonnent creux. Il faut laisser le silence les dépouiller de leurs fausses notes. En attendant l’image prend le relais, non muette, pas non plu lénifiante mais non brouillée par les mots. Qu’il s’agisse de photographie, de dessin, l’image naît dans l’absence des mots. Au mieux reviennent-ils après. Il y a aussi les gestes répétés de coudre, broder, assembler. La monotonie apaise, la répétition recompose. Les doutes sont dissous, au moins un temps..

patchwork de photographies Les Insignifiantes

92
Je l’entends dans l’arbre mais je ne le vois
pas
L’oiseau dont je shazame les vocalises
pour cerner l’espèce musicienne
qui chante à mon étage
Dans l’arbre il prend ses aises
pattes perdues dans les branches
je le devine au bruissement du feuillage
la bande son défile

93
Le chant de l’oiseau,  son envol : un appel d’air

94
L’œil  vibre de reflets se chrome d’images  d’un frôlement continu
la magie de la lumière nous soulève
L’œil coud de ciel bleu le fil du jour
auquel s’accrocher
chaque branche de l’arbre est une balançoire
où chaque feuille brode un repère
offre un signal qui nous fait paraître vivant
ou tisse une berceuse pour un soir meilleur

95
Le temps a roulé sa bosse minérale
d’une épaisseur de mousses et de lichens
que la roche a amassé
moins parure que mémoire
le paysage redessiné s’écoute
l’oreille accolée à la roche

E dans le jardin aux Damoiselles à Vaison (fin de journée de vernissage d’exposition)

96
Le son qui cogne à mon oreille désinformée
déraille là où s’incarne
l’insecte inattendu réuni en colonies
le regard renversé pendu au noir
gravit la nuit à la cime de la lune
sans voir le grillon
mais l’entendre striduler
fait briller ton sourire

97
Retour d’une bisannuelle au détour
d’une balade en terre rêche plantée de roches
parmi d’autres indociles roquette et menthe sauvages
elle dispute au minéral sa place
herbacée dresse bractees sous cage
en plein ciel étale
daucus carota
ses ombelles blanches
est un attrape-rêve
à l’heure de la sieste

Quelques insignifiantes au jardin des Damoiselles à Vaison

98
Sous la langue la pierre tapisse
de sa mémoire une sève invisible
l’histoire muette d’un temps long
raconte l’ode minérale
pendue au suc salivaire
qu’elle lèche

99
Des cellules prédatrices remontent la chaîne alimentaire et le temps géologique,
prises dans la transparence innocente de l’ambre, dans la lumière muette de nos inconséquences.

100
Taire notre éco-anxiété nécessite une confiance dans le vivant
et un souffle infatigable
de nos bouches happer ce qui palpite
et de nos yeux débusquer chaque promesse cachée
jusquedans les modulations inarticulées d’un animal
dans le phrasé d’un oiseau de passage
reconstruire un langage niché dans ses plumes
le faire nôtre  : un pour tous les êtres
imaginer d’autres façons de partager le monde
hybrider notre humanité
NB le texte a été traduit à la demande du photographe à qui j’avais emprunté l’image, photographie exposée aux Rencontres d’Arles cet été, Aman Alam :
Silencing our eco-anxiety requires trust in life
and an untiring breath
from our mouths to seize what pulse
and from our eyes to unearth every hidden promise
even in the inarticulate modulations of an animal
in the phrasing of a migratory bird
we should reconstruct a language nestled in its feathers
make it our own: one for all beings
imagine other ways of sharing the world hybridize our humanity

photographie Aman Alam

100 jours·écriture·poésie·prose

100 jours d’écriture (9)

Jour 81
Dans le souffle des dunes un seul grain de sable enraye roule sous l’ongle
rouillé du sel léché l’épaule la langue
roulée sur l’os quand la brasse coulée

Jour 82
Comme la terre le ciel respire
se hasarde de plus de blanc que de bleu
comme si le nuage était un soupir sur la partition
J’aspire croches et demi croches dans l’enchevêtrement d’un trop de silence involontaire de pauses trop longues
dans un temps réglementaire mal compris
Je m’impose le rythme que rien ne freine
hormis l’os surnuméraire et congénital
d’une douleur qui ne serait sans doute pas que somatique
Vois le comme le débordement d’un fleuve
une crue qu’il était impossible de prévoir

Jour 83
Consigner chaque principe comme son propre espace : circulaire : d’autoproduction

Jour 84
Elle dit que le secret est un mantra qui ne sort pas de la tête
Il empreinte des labyrinthes de synapses sans parvenir à trouver le chemin de la bouche

Jour 85
L’écriture assemble des pièces éparses,  des morceaux,  des rythmes différents,  des voix multiples. Elle creuse et remblaie, crée des passerelles,  des ponts qui relient.
Des pointillés qui se joignent pour former un chemin. Ce qui s’écrit met bout à bout ce qui n’était que des bribes.
Parfois l’écriture est un château de sable, mouvant, qu’un déplacement modifie, les grains d’un coup de vent s’effondrent, qu’il faut recomposer, dont il faut reconstruire tout un pan, du château devenu tour ou jardin, et comment s’y prend on pour faire tenir debout une matière si mouvante ?

Jour 86
Trancher dans la longueur des phrases ce que la langue cache
la fissure agrandie dans la pluie de la bouche
La salive du silence
se replie dans le premier mouvement de contention
avant le crachat

(impossible de remettre cette image dans le bon sens, désolée)

Jour 87
Par où l’air et l’eau entrent
se diffuse le dehors
friable sous la peau
Le réel s’émiette facilement
tu connais cette impression de flottement
aléatoire jusque dans ton reflet

Jour 88
La langue creuse des galeries
de quoi excaver mots de basse extraction
la précieuse origine de la terre
de quoi hisser le chant des syntaxes disparues et des patois anciens
cette langue qui fourche est partition à crocheter
sens dessus dessous j’entends un aïeul fredonner

Jour 89
Œil choyé émaillé de soleil
L’image piaille son intention à qui suit du regard la force
Je ne m’entends pas dire merveille
pour ce qui ne défigure pas le paysage
ce qui existe à peine mais juste assez
pour faire dériver l’œil vers le point d’attention inévitable
Et c’est comme une caresse renouvelée
le regard embrasse et se dissout
en une seule fois

Jour 90
Comme dans une boule à neige qu’on a trop secouée, la pupille peine à identifier la scène opacifiée et fragmentaire d’un récit impossible à retranscrire ailleurs que dans l’ère raccourcie d’une mémoire tronquée,  forcément partiale, parsemée de miettes d’une enfance qu’on ne parvient pas à reconstituer intégralement.

Perle Vallens

100 jours·écriture·expérimentation textile·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (8)

Impression sur tissu, essai – Perle Vallens

Jour 71
Les plantes bourdonnent à mes jambes
nues mal défendues d’entendre leur défloraison
leur sauvagerie écornée j’écourte
j’écorche et je suis écorchée
j’arrache et je suis arrachée
pourrais je les bichonner
elles bichromées et moi muette
elles m’irritent mais je ne mérite pas ça

Jour 72
Quelle couleur la brûlure mensongère et
sa dévoration de bactérie sa façon de frelater chaque geste
de digérer toutes les bonnes intentions dans une seule et unique disparition
je me demande qui se réjouit de nos faiblesses
la défaillance a une jauge fiable
suffisante pour juger de la frayeur de la peau
elle frissonne c’est déjà ça

Jour 73
Pour maintenir la température du corps sans abaisser le niveau des eaux
plonger dans la légèreté d’une illusion
Je dis que je confonds l’irréparable et l’irréversible
l’hésitation est parfaite
j’endure coûte que coûte l’unique possibilité comme un éphémère
Je me persuade que c’est pour (dé)limiter les distances entre nous

Jour 74
Le noir de ses yeux déteint
son charbon pleine peau
ses joues à nu dans le miroitement
creux
le visage flotte liquide dans la lumière
les bras inutiles coulent dans la lenteur blême du corps
mille points vagues la percutent
dans l’heure étirée du jour
le silence noir de ses yeux

Jour 75
Au roncier la bouche soudée au noir
à la moire épineuse son jus d’entrailles
la transe d’un buisson que la paume happe
le spasme bourdonne à la lèvre bleuie
la chair s’unit au parfum sombre de la mûre

Jour 76
J’ai le goût obstiné des fleurs sauvages comme tout ce qui respire
dans le détail de l’herbe pliée sur laquelle refermer la main
là où palpite dans la paume une lumière
pile dans le creux
quand on ouvre on imagine voir s’envoler
le pétale d’une aile
et cela dessine une joie
qui ressemble à une espérance

Jour 77
Si le soleil tabasse s’il grêle la peau
s’il la transperce de ses épines douces
c’est l’effet involontaire d’un rayonnement inarrêtable
ponctionnant au passage son quota
de neurones dans mon cerveau

Le soleil est une routine
chaque jour à apprivoiser
ce que savent les plantes quand bien même dessication et grenaison précoces
tandis que nous suons
un semblant de rosée
sans même leur en céder une goutte

Je drageonne mon courage prélevé dans chaque tige de chaque plante
enracinée vivante dans chaque feuillage
j’absorbe leur sauvagerie par capillarité
leur magie qui me fait férale
longue diffusion d’une sève battante
dans l’échancrure des bras

Jour 78
Ce que l’écriture fait au corps, un flottement au début, pour trouver sa place, savoir comment exister à travers ce qui s’écrit.
D’abord la respiration se modifie, ralentit ou au contraire accélère, selon le tempo que l’écriture imprime,  parfois impérieuse pulse sa sève et l’excitation monte dans le corps fébrile.
Il existe un mouvement plus profond et plus sourd, qui enfle ou noue le ventre, le contracte. Quelque chose se délite à l’intérieur avant que quelque chose ne se recompose.
Comment un mot arrive est parfois un mystère, il émerge et s’impose, c’est comme dire qu’il est sur le bout de la langue, il fait corps bien avant de sortir, c’est une gestation,  c’est chair, c’est son, musique, le mot prononcé à haute voix pour voir un peu comment il sonne est bouche et oreille, il se prolonge hors de mais revient en écho dans nos cavités, dans l’ossature, y résonne encore au moment même où il nous échappe, il nous revient comme un boomerang.

Jour 79
Aujourd’hui,  j’ai longtemps regardé les nuages
assembler et désassembler le puzzle du ciel
dans des visions brouillées où se dissout un visage
sans intervention divine

Jour 80
Dans mon corps chaud poussent des mots
de peau d’été et de pluie
L’après-orage ne dessèche rien
fond sous la moiteur
Mon pied devient la pierre
devient la terre
bercée du remuement du monde
devient un élément qui prolonge
la présence d’une tige dans le vent 

Perle Vallens

100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b

100 jours d’écriture (7)

Jour 61
Je n’ai pas chaud. J’ai chaud. Mon corps est mon corps, n’est pas mon corps. Est ici. Est ailleurs. Ma peau n’est pas ma peau. Défaite dans la moiteur, molle, mal conditionnée, à nu dans la nuit, la peau n’appartient pas.

Les bruits des organes amplifiés par les boules quies, écho, larsens, éclats d’orage, acouphènes, tout fond dans un même magma sonore. Merveilleuse pluie. Quand bien même le ciel déchiqueté,  assourdissant.

Peau de première main, menus plaisirs pour faire diversion. Trombes d’eau, le son interminable derrière la fenêtre. On entend gronder l’arrivée à fond, en bloc, un craquement, un tumulte jusqu’au fond de l’œil.

Jour 62
Après la nuit, le jour glisse sans tomber
Je respire la saison
Dans l’air une distance repousse dans une terre qui sèche trop vite
parsemée de fruits pourris
Au-dessus,  la granulosité de la poussière
mesure une impression déjà fossilisée dans l’attente
elle fait une couche qui absorbe les pensées
Dans l’épaisseur flotte ce qui ressemble à
un abandon

Jour 63
Une langue étrangère se cache dans le rêve
s’y déplie comme un drap où couche une image
une langue textile s’y imprime
je me dis que ma peau est ce velin du rêve
que personne ne touche
je me déplace dans le champ de vision de quelqu’un d’autre
je vois mon geste dans son regard
ma langue reste coincée quelque part entre mon corps et son regard
je disparais dans la sauvagerie du rêve

Jour 64
Les promesses non tenues forment un barrage tout prêt de céder
Quelque chose va lâcher, c’est sûr
et je me laisserai traverser par toutes les intempéries
Il pleut des cordes qui me retiennent du mauvais côté
au milieu de nulle part

Jour 65
L’écriture errante fragmentée friable
comme un flottement de petits morceaux épars
qui parfois coulent à pic
comme une pierre
de n’avoir été repêchés à temps

Petits riens qui s’accumulent
amoncelés finissent par former
des monticules où disparaissent
les mots importants
ceux essentiels qui ont de vraies choses à  dire

Je pourrais les laisser fermenter
les triturer ou les soumettre
à transformation mais ils font bien
ce qu’ils veulent
c’est à moi de les rattraper
si je les abandonne à quoi bon les avoir écrits

J’attends une amorce peut être une lecture un regard un texte ami un mot amical
va savoir ce qui déclenche le geste de l’assemblage
la matière argileuse de la phrase
l’essence la texture à modeler à écouter
pour entendre ce qu’elle a
à me dire

Comment graver d’un regard
l’effet panoptique du texte en devenir
comment relier
comment les silences de la partition
entre les notes l’appel
de quoi suis-je vraiment  l’architecte

De fragments en fragments l’écriture orpheline se cherche une origine

Jour 66
Je cherche les mots pour combler les manques
dans l’horizontalité d’une saison qui s’éternise
les sillons laissés sur le chemin feront bientôt des traces boueuses
où s’enliseront les moments passés
ceux regrettés qu’on ronge dans sa niche
à la nuit tombée
Je cherche les liens pour bouturer les souvenirs

Jour 67
Je pense à tant
à telle morte trop tôt
errante dans ces passages
de témoin transfusée
dans nos veines
Je pense à la transmission
à l’avenir de mes filles
au vacillement et j’en tremble

Je pense à elles toutes
absentes et présentes
dans les souvenirs et la vie brute
que le réel n’a pas encore modifié
Je penche vers le futur proche
le frôlement que la nuit exprime
un fond de poche à fouiller
pour extraire une matière à rêves
transformable en promesses

Jour 68
Il y aurait au-dessus de la peau un halo
comme une frontière
une matière d’intouchabilité
quelque chose comme un garde fou
ou un pare feu
impossible à franchir

Jour 69
Super-héroïnes, les plantes meurent et ressuscitent
on leur arrache la tête et une autre repousse
en suppurant parfois un suc blanc
laiteux
Les plantes se métamorphosent
un peu comme des zombies  extraterrestres

Jour 70
La fin du jour montée par vagues
à la bouche pour inonder de mots les corps
je ne sais qui boit l’autre la tasse
à la gorge lavée la lumière ouvre grand
son flux est un chant

100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (6)

Jour 51
J’entends une voix différente dans chaque feuillage de chaque jardin
Une échappée s’y accroche et le chant ressemble à un langage que je m’efforce de traduire
Chaque paysage m’apprend à parler

Jour 52
sous le dôme de chaleur blanche
l’ombre renaît
tombée en flaques sombres
l’horizon liquide de l’animal
s’exerce au souffle de la lumière
à la lenteur missible où s’oublie le bleu
si on lève la tête le ciel nous aveugle

Jour 53
Des chants d’oiseaux comme des plaintes montées de becs ouverts
sur absence ou insuffisance
cherchent à dire quelque chose d’inaudible
becs d’histoires d’ailleurs d’hier
becs d’aïeux vieux plumages
lustrés à la lumière du jour
becs fouissant les aiguilles
d’inquiétude piquant la terre
terrifiante de craquelures
bec béant de ne pas boire
de ne pas savoir ou seulement dit-il
pour réguler, peut-être, la température de leur corps

Jour 54
J’expire le jour par la bouche
toutes les mouches du ventre s’envolent
l’objet de leur ponte reste accroché à la paroi abdominale
leurs bulles éclatent jusque dans ma tête
je digère le vent venu me tapisser de feuilles sèches avant la pluie
je ne serais pas étonnée de craquer dans mon sommeil

Jour 55
le ciel capricieux ne sait où tourner la tête
à l’heure de la trouée
le ciel fait des nœuds
noirs et confus efface les dernières traces de l’été
grande lessive sale je me laisse estomper
avant le prochain orage
je me laisse déranger déraper déphasée par étapes
l’orage me déplace
j’avance dans une démarche d’arbre
sans branches où me raccrocher

Jour 56
La chaleur dessine des images instables
des effets intermédiaires impossibles à expliquer
et des occupations de l’espace qui laissent
à désirer
On s’attend à  des abandons de poste
La fougère s’expose côté sud
à des représailles

Jour 57
Je marche sur un sentier connu d’une forêt familière dans laquelle je ne peux pas m’égarer. J’aimerais réussir à me perdre dans une immensité boisée, peuplée vif et fort, peuplée bruyamment,  non abandonnée mais pleine de vie, de vibrations. Au bord de la bouche,  le mot forêt prend son indépendance,  s’abandonne à la jouissance auprès d’un renard ou d’un sanglier, au bord des arbres et des fougères,  au bord d’un chemin sec et vide plein de feuilles tombées,  au bord des pieds, elles craquent. La forêt rétrécie  délabrée, se délave jaune, et je cherche sa verdure dans tous les sols, même bitumés

Jour 58
Le vert sait se faire remarquer
Il a l’éloquence élégante sans être tapageuse
A l’ombre, le vert s’obstine
d’un pli sa teinte têtue
comme peinte mais 100% naturelle
On soupire d’aise et de désir sur l’intensité fluo
Le vert suscite toutefois des interrogations et des inquiétudes quant à sa disparition

Jour 59
Chaux blanchie du ciel
moutonneux bêlant presque son croassement
déclassé celui qui criaillle
son bec fermé picorant on ne sait quoi
dans la terre rafraîchie  avant de poser
un appui ferme sur la pierre histoire de
reprendre pied
son œil divinatoire annonçait la pluie

Jour 60
Silence à pleines mains
comme une erreur 404 dans le jardin
d’une banlieue parisienne

Un soupir se prend pour un cri d’oiseau
mais je ne vois qu’une plume à terre
trop grande pour être honnête
seule tombée d’un corps
disparu

Je ne peux prêter mon bec
pour chanter à sa place
au mieux des mots empochés
à la recherche d’une mise à jour
d’un retour arrière

Je ne sais comment réinitialiser le vivant 

100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (5)

Jour 41
Personne n’est à l’abri d’un nouvel écocide
ce sentiment de culpabilité empoisonne
les cerveaux qui subissent auto-interrogatoires sur bilans carbones et responsabilités passées et futures
Serez-vous à l’origine de la disparition des abeilles ?
Personne ne sait quand aura lieu la prochaine extinction de masse

Jour 42
La maison est une clairière dans une forêt
une cabane dans ses branchages
un terrier cerné d’insectes et d’oiseaux
où poser son pelage
un peu du sauvage se plante dans les murs s’invite en communautés
entre sans notre permission
la  maison est un refuge
un passage pour la lumière
un espace percé d’ouvertures de fenêtres sur le monde
la maison est murmurée
parcourue par des mémoires
dans ses marges des généalogies se racontent
des images flottent dans les interstices
dans ses silences naissent des musiques
pour qui sait écouter

Jour 43 
Extrapolations permises images décroissantes
comme la lune au ciel
effets d’imagination nous hisserions sur les ruines
d’une civilisation deviendrions suffisants
cultiverions porosités et fouillis hybridés

nos paysages n’étant pas décors horizontaux
mais étendues vivaces au bout des luttes :
nos mutations
les chants nous reviennent en chaîne en contrepoint
comme l’espoir de liens renouvelés et non pas vains
nos vœux exaucés

Jour 44
Cheminant fauchant du talon les herbes trop hautes pour les enjamber,  trop sèches et jaunies tenues par l’attente, celle d’essaimer, akènes frémissantes, feuilles collantes me retiennent.

Jour 45
Les départs ne disent rien de ceux qui restent.

Jour 46
J’honore le rituel
de la promenade dans les étendues grillées
un jaune trop tôt pâli de paille frottée à l’air sec
quelque chose cède
craque dans la haute stature rêche
hissé au ciel l’étendard
d’une résistance végétale
rien ne bruisse que nos pas dans les feuilles tombées

Jour 47
Le mince filet d’air
est un  protecteur
qui retient son souffle

Jour 48
Depuis quelques temps on note des signes frelatés 
sous la rugosité du soleil
jusque sur la peau grêlée des feuilles
des signes croissants d’instabilité flambent dans nos yeux provisoires
dans nos oreilles sourdes
d’où disparaissent les oiseaux
et les insectes
profond silence où toute voix recule

Jour 49 
On fixe nos métaphores à la  lueur du jour
en mesurant la toute puissance des photons
Ce n’est pas fantasmer le réel et la lumière n’est pas une utopie 

Jour 50
Comment parler au mode impératif du temps de crise
Comment dire le temps futur comment l’imaginer
depuis notre langage trop maigre pour contenir l’esprit
et restituer ce qui nous détermine à écrire

Notre langue trop cuite d’avoir été remâchée
renacle à la nouveauté au sursaut
en suspend de mots oubliés elle fouille
les sons émaillés d’impossibilités à dire
incapables que nous sommes de définir
les dysfonctionnements de l’organe

Pour avoir été trop longtemps restés aphones
nous devons affronter l’abyme de notre mutisme
ce puits sans fond (et sans reflet)
accouchement au forceps par la bouche
d’un crachat expulser la force pulsatile
d’un chant encore vivace sous la couche épaisse
de nos dérilictions

Il nous faut libérer une langue prise en otage
la pensée prise en étau des conformismes
et en défaut dans le grand fracas humain
de toutes les voix silenciées

Perle Vallens

100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (4)


Jour 31
Je colle à la réalité, vêtements mouillés formant la nouvelle matière de la peau
Je transpire sous le seuil acceptable tandis que le niveau monte
Je tranche dans l’épaisseur de la chape pour me frayer un chemin vers la fraîcheur

Jour 32
Tu sautes. Claudiques, sautillante cintrée dans la chaleur. Par la fenêtre,  les arbres tellement stables et fort. N’ont besoin que des béquilles racinaires hydrophile pour se maintenir. Tandis que toi.

Jour 33
L’herbe ne connaît de limite que la main humaine qui arrache et entasse. Fauchée,  elle jonche ce coin du jardin attendant son heure. Vivace, elle persiste dans ses pompons hirsutes, issus d’une nuit passée à extirper d’elle-même ses dernières forces, la trace de ses résistances. Elle s’entête à exister, à se reproduire, essaime aussitôt qu’on cherche à  l’éradiquer.

Jour 34
Nous n’avons pas vu la pluie tomber mais sa trace vivante sur le pavés
nous n’avons pas vu l’orage mais le son grondant de sa présence
nous avons cru en sa promesse plutôt qu’en sa menace
une chamane poétesse nous a exaucé
sa prière montée au ciel
elle avait le regard habité des saintes
et la voix forte des guerrières

Jour 35
L’écriture étire un interstice
déroule les fils entrelacés du quotidien
en démêle les mots leur surgissement
Je les laisse rugir dans la voix
cri ou musique pour dire
les tricoter en laissant des silences autour
un maillage sans taire mais qui espace
L’écriture ne force pas le souffle
elle le libère et étanche la soif
renouvelée des phrases
leur accumulation forme la chair du texte
et le lien imperceptible en devient la sève
Je tire sur la langue pour faire exister le  réel jusque dans l’imaginaire
pour révéler l’effet tangible jusque dans les ombres vacillantes
la présence palpable du monde

Jour 36 ́
Nouvel exemple d’exode au plus clair du jour
j’ai vu l’exuvie encore cramponnée à la paroi verticale
l’escaladeuse son geste d’équilibriste
le long de la tige avant mue imaginable
dans la cymbalisation continue
à l’heure creusée dans nos estomacs
y entendre au bec et au thorax près
le bruit d’un voisinage d’insecte à humaine

Jour 37
Les choses simples, le travail au jardin, les heures qui passent ne font pas oublier le monde qui flambe.

Jour 38 
La fleur s’ouvre comme une bouche
dans l’attente du baiser pollinisateur

Jour 39
Une bruine fine est tombée 
bombant le torse a forcé sur ses gouttelettes
dépose minute sur le train végétal
brumisation express aussitôt absorbée l’évaporation rend force
à ce qui inonde vert
la résurgence vivante
de mes yeux bue

Jour 40
Le vent souffle un air de métaphore
qui veut dire fraîcheur dans la langue des feuilles
signe que le vert vit toujours au bout des branches
un son frémissant basse fréquence muscle l’écorce
c’est un murmure que comprennent les oiseaux
un rempart et un refuge
sous les racines la terre craquelée sa musique crépusculaire se gonfle d’un flux
invisible pour l’œil humain

Perle Vallens

100 jours·écriture·poésie·prose

100 jours d’écriture (3)

Jour 21
Si j’étais un moment,  ce ne serait pas celui à venir (sauf peut-être s’il était plus frais), ce ne serait pas celui passé (même il y a cinq minutes, même il y a trois ou dix heures,  même il y a vingt ou quarante ans), ce serait un moment présent, un moment propice, ce serait un moment d’écriture. Ce serait celui d’un mot qui vient, d’une phrase qui arrive, d’une suite qui s’installe et prend ses aises sur l’écran,  qui se  dispose, qui se diffuse, ce serait un moment de poésie qui s’espace et prend de la place dans la tête sans qu’on sache forcément ni comment ni pourquoi, ce serait un moment un peu comme ça,  un moment comme maintenant  (mais quand vous lirez, il sera déjà passé)

Jour 22
Le tonnerre a cogné à la fenêtre avant de s’évanouir au loin
le ciel assombri sans qu’on sache s’il faisait déjà nuit
a mordu un reste de jour
passé à distance le niveau de perception
a baissé d’un coup

Jour 23
Je pense estuaire,  je pense lisière et se dessine un contour qui n’est jamais une frontière nette, irrémédiable mais une paroi poreuse qui se colle à ma peau
J’aimerais que quelque chose se déplace qu’un axe se redéfinisse, régence l’espace qui sépare en espace qui relie

Jour 24
Qu’est ce que les notes de bas de pages ont à nous dire
Leurs formules brèves valent exergue
pourraient valoir récits en s’y prenant bien
pourraient rallonger le texte d’un dispositif augmenté
de fragments gonflés au souffle vivant
d’histoires taillées dans la pierre
de mots fossiles auxquels rendre vie au fond du texte

Jour 25
La chaleur ressemble à l’air qu’on pensait frais
Elle ruisselle à l’intérieur par les fenêtres grandes ouvertes
Les nuages ont cessé de se déplacer dans l’intervalle où l’on a espéré une amélioration
Rien n’a vraiment eu lieu  et en plus,  il n’a pas plu

Jour 26
Journée vide
mais trop pleine de vagues
d’ongles rongés jusqu’à la chair
Journée à chercher une raison aux choses
œil retourné à sa paupière
pour voir depuis l’intérieur la valeur
à accorder les vraies priorités dans le cathéter où goutte à goutte la douleur

Journée à oublier (d’urgence)
à flotter les fausses impressions du pire les excès et les défauts d’imagination
à faucher la sécheresse des mots
(il a plu pourtant)
à moissonner boisseaux d’angoisse
à vomir la bile de sa fille de sa bouche à mon ventre qui se souvient

Journée à frôler l’indicible à inventer l’écroulement d’heures comme un château de sable
secondes coulées dans l’embrasure de la porte à ouverture automatique sécurisée
ventouse électromagnétique son chuintement menaçant
quelqu’un a dit sas de santé publique
en bordure des abandons de poste

Journée de temps long au fond des défections politiques
des personnels débordés et cette patience comme une corde à nouer autour de la taille
Journée à taire les mots de trop mais à ne pas silencier les désarrois
commuter la colère ou la diriger
une seule insulte est à déplorer sur la si longue matinée à débordement

Journée à mariner l’attente comme on touille son propre cœur
et sa tête pendante dans un déni sans nom
à macérer dans son jus bouilli à l’eau amère de l’inquiétude
à croupir les sueurs liées dans l’instant d’une sororité maternelle
et d’un proche que le malentendu de la maladie sépare

Journée en creux se remblaiera demain

Jour 27
Rien ne s’est fait aujourd’hui d’important sinon le regard précis sur d’infimes détails
indices minuscules de l’élasticité du temps
qui ne passe pas
la bouche muette de chaleur
la langue s’est emmurée vivante
le silence est un rempart contre la guerre
lasse
contre soi-même
J’émets un signalement mais
le milieu de la journée demeure introuvable

Jour 28
Un peu de précision cartographique permettrait de clarifier les méandres de mes pensées

Jour 29
Dans le bruit de l’arbre,  il y a une métonymie insectivore
une dévoration lente d’un temps long réduit en cendres
après crépitement, le silence des crécelles
La branche devenue cimaise nous rappelle
l’inconfort de l’œuvre de plein air

Jour30
comment on parvient à traverser la torpeur du jour
la peau chauffée à blanc exhale molle ses relents de sueurs et d’excès
de fatigue les frottements sensibles d’un short serré sur les cuisses
l’eau dégouline dans la nuque une flaque au creux des omoplates dans laquelle
on pourrait faire pousser l’ardeur 
le contact avec le début d’après-midi me laisse exsangue
le premier pas surex dans l’herbe pâle et sèche
trop blanche que froisse le passage à vide
d’un criquet qui stridule mat son égarement

100 jours·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie·prose

100 jours d’écriture (2)

Jour 11
Soulevant le silence  : le vent
n’a pas dit son dernier mot

Jour 12
Le bruissement de l’hélicoptère, gros insecte vrombissant, gorgé d’eau et de mauvais souvenirs,  je ne sais pas encore à l’instant où il passe à quel endroit il va se déverser. Je scrute mon horizon le signe avant coureur,  le présage,  la fumée grise où lire la catastrophe. Je ne vois rien. Je ne sens aucune odeur qui prenne à la gorge, ne ressens aucune irritation,  ne suis prise par aucune quinte de toux, je n’ai pas non plus les yeux qui piquent mais l’hélicoptère plane au-dessus de ma tête, lourd de menace et je sais que quelque part brûle la limite que nous avons franchie en quelques décennies,  ce point de non retour se consume à quelques dizaines de kilomètres de là.

Jour 13
Feu après feu après feu
irradie jusqu’à la peau ce qui reste de présence brille
même dans la nuit

Jour 14
J’attends dans l’onde fraîche que la chaleur s’émousse
la sensation poisseuse et lourde
sur la peau
côtes flottantes offertes aux alevins
paumes ouvertes pour retenir l’eau qui s’écoule
les mains tendues dans le miroitement recueillent la faveur douce d’une brillance en guise de recomposition organique
une incandescence sous un ciel sans nuage
le corps ne cesse de céder à la lumière : sa mue.

Jour 15
Apprendre à désescalader / se laisser glisser / du dehors vers le dedans / et inversement

Jour 16
Je me surprends à penser à un flocon de neige. Je  pense à l’une de ses formes. Je la dessine mentalement espérant une bouffée de fraîcheur salutaire.
Je ne sais plus depuis quand la neige, depuis quand le dernier flocon, sa fonte trop rapide dans le creux de ma main, je ne parviens qu’à imaginer les cristaux, je les entends crisser. C’est un son à la fois agaçant,  agréable et lié à une impression vive d’eau glacée qui coule sur la peau, de petites choses fines qui tombent en poudre sur les cheveux,  une constellation blanche. Une auréole.
La neige me manque. Particulièrement aujourd’hui.

Jour 17
Pas un souffle d’air. Sauf dans la nuit, rouler vitres ouvertes,  les vibrations d’un vent factice, spécialement créé par l’humain pour rafraîchir l’humain.
Dans la  nuit,  je roule dans l’attente d’autre chose,  pas seulement la fraîcheur,  une évasion,  une libération,  l’ouverture d’un carquant qu’on sent davantage en plein jour, englué et alourdi des charges mentales et de la chape de chaleur qui pèse sur les épaules.

Elle a raison,  la nuit apporte une exaltation et une ivresse, un sentiment de liberté. Sans doute parce qu’on passe inaperçu,  fondu dans la masse noire, invisible d’une invisibilité qui libère.
En allant la chercher je longe le Rhône. Baigné de lumière il ressemble à la Seine,  comme la grande roue rappelle celle de  Paris qui me manque.
La gare accentue la sensation de liberté,  comme si dans l’instant prendre un train,  partir,  juste comme ça. Parfois,  j’aimerais avoir cette liberté là,  tout plaquer,  partir veut-il dire s’enfuir ?

Jour 18
L’air est en feu
comme le monde
Je me demande ce que cache la fumée
qui monte dans l’invisible cri
La  gorge brûle autant que l’autour

Jour 19
Se raccrocher au réel et à ses possibilités
Huile de moteur et bouchon de vidange parlent de cage et de liberté
Tracer l’espace gras du doigt, la pulpe noire dessine les contours du trajet de son décalage d’une journée l’autre, le tressaillement d’une ombre,  la vague d’oscillations entre non et peut-être qui fait croire aux miracles. Ou au destin

Jour 20
Ou nuit. Un chien aboie. Un éclair au loin. L’orage comme une promesse. Vrai ciel zébré sur fausse impression de fraîcheur. Vibration vague, évanouissement d’une intention louable, degrés à rebours. Je retrouve le geste ancien, puis annuel, du linge éponge mouillé sur le corps. Surtout, chaque rencontre du jour est de l’énergie pour affronter la torpeur sans sommeil.

Perle Vallens

100 jours·écriture·prose

100 jours d’écriture 2026 (1)

Une impulsion sur Instagram, déjà tentée l’an passé. Je renouvelle l’essai de ces « 100 jours d’écriture » que je posterai tous les 8/10 jours (économiser les jours d’ordinateur). Mi carnet/journal, mi réflexions, notamment sur l’écriture, on verra.

Jour 1
Je tourne autour du sujet et je retourne aux coquelicots mais ceux qui sont encore dans les champs perdent leurs pétales. Il y a des milliers de boutons dans le champ qui était rouge il y a quelques semaines mais aujourd’hui ils sont secs. C’est la fin. Il fait trop chaud. Après les trombes d’eau et plusieurs jours de mistral qui les ont fracassées, les fleurs sont noyées de chaleur.
Tourner autour du sujet.
C’est façon de ne pas rester immobile,  rester en place mais en tournant, en mobilisant d’autres gestes,  celui de l’artisan et celui de l’artiste. Ai-je vraiment osé le mot ?

Jour 2
C’est l’heure des fenêtres ouvertes,  du bruissement des cigales,  du parfum de tilleul. C’est l’heure tiède.
Le frisson existe quelque part, sous la peau mais le dessus liquéfié, où quelque chose se lézarde puis s’adoucit.
Ce n’est pas encore l’heure crépusculaire et les cigales cymbalisent. Je pense aux cymbales antiques, un presque quotidien depuis plusieurs semaines, et tympanons, tibiae, thyrse, tout ce qui se termine ce soir. Tout ce qui se termine dans l’odeur de tilleul.

Jour 3
L’écrasement survient quand je m’y attends le moins. La fatigue me tire vers le bas, vers le vide. Mal définie, muette par la force des mots qui s’absentent. Leur effacement provoque le mien.
J’énumère les possibilités de retour au réel. La lumière blanche me plaque au sol, un glacis pour ombre, proximité linguistique facile, à lécher le clavier J’invoque l’eau fraîche et des draps propres, meilleur reset possible pour aujourd’hui

Jour 4
Il s’en est fallu de peu qu’il pleuve.
Il s’en est fallu de peu que la terre s’abreuve, qu’un répit nous soit accordé.
Mais le vent s’est levé, comme un jour neuf après la nuit.Il s’est levé lentement à soufflé quelques rafales histoire de rappeler son existence et sa potentielle force. Puis il est retombé. Avec le jour.
Le vent s’est déplumé. Moins vivace qu’un ventilateur.

Jour 5
Aujourd’hui j’écris depuis les images d’un artiste qui occupent mon esprit. Comment les images se glissent entre les mots,  comment les mots s’intercalent aux images, qui parle le mieux.
J’écris depuis la force du trait, depuis le regard et le geste. Je décale celui de l’écriture. J’écoute ce que les images ont à (me) dire. Je transcris en mots.

Jour 6
La carte et le territoire. Nappe anthropisée sur le vivant, ce qui se bétonne et ce qui se dessèche. Les herbes brûlées d’avant feu de Saint Jean se consument doucement, sans flamme. Elles semblent fossilisées, cristalisé le sentier sur la carte nos traces de pas craquent la terre crevassée, creuse la mémoire de la précédente grande canicule,  celle qui t’a vu naître.

Jour 7
Quelque chose interfère avec l’écriture, brouille les pistes et les mots se dérobent, le flux s’interrompt et je m’interroge sur les véritables causes qui ne sont ni la chaleur ni le dos, mais quelque chose de plus enfoui, sournois, peut-être inavouable, monstrueusement ordinaire. Quelque chose comme une vague qui submerge .ou seulement l’apparence d’une vague, son hologramme qu’il suffirait d’effacer d’un simple geste.
Ou une image en creux d’un problème plus profond.

Jour 8
Des pointes qui frappent le sol, combien de paires de pied sur scène,  un roulement de tambour avant lever de rideau. Toute la journée à roulé autour de ce moment là.
Commencé à préparer la soutenance, relu un article,  un peu lu, un peu écrit mais l’esprit peu à peu dirigé vers ce rendez-vous de fin de journée, fin d’année pour elle,  une semaine de battement avant reprise des cours « open ».
Des pointes frappent le sol et j’ai hâte.

Jour 9
Langue serait engagée, tenue à l’écart par injonctions, obligations de faire ou de ne pas faire, de dire ou ne pas dire, diktat et mensonge, finalement autocensure.
Langue cherche à s’ouvrir ailleurs, à d’autres, humains, non humains. Langue tente de se déplier, s’étirer, longue langue pour accueillir d’autres mots, grammaires, syntaxes, mots-clés pour ouvrir des portes, ouvrir plus grand.
Écriture taupe et insomniaque cherche à l’aveugle,  tâtonne pour sortir de son terrier,  racle ce qui encombre devant,  ce qui gêne sur son passage.
Écriture fait des efforts pour gagner en souplesse. Écriture s’entraîne tous les jours,  fait ses exercices sans coach, sans savoir si elle avance dans le bon sens.

Jour 10
Flou sémantique, assemblage syllabique hasardeux, les mots paradent à heure indue dans un espace incertain entre le jour et la nuit. Mal tressés, décomposés, recomposés, d’errance en langue approximative comme pour approcher le sens sans jamais l’atteindre.
Les mots murmurent des images qui prononcent des mots en retour. 

Perle Vallens