100 jours·écriture·prose

100 jours d’écriture 2026 (1)

Une impulsion sur Instagram, déjà tentée l’an passé. Je renouvelle l’essai de ces « 100 jours d’écriture » que je posterai tous les 8/10 jours (économiser les jours d’ordinateur). Mi carnet/journal, mi réflexions, notamment sur l’écriture, on verra.

Jour 1
Je tourne autour du sujet et je retourne aux coquelicots mais ceux qui sont encore dans les champs perdent leurs pétales. Il y a des milliers de boutons dans le champ qui était rouge il y a quelques semaines mais aujourd’hui ils sont secs. C’est la fin. Il fait trop chaud. Après les trombes d’eau et plusieurs jours de mistral qui les ont fracassées, les fleurs sont noyées de chaleur.
Tourner autour du sujet.
C’est façon de ne pas rester immobile,  rester en place mais en tournant, en mobilisant d’autres gestes,  celui de l’artisan et celui de l’artiste. Ai-je vraiment osé le mot ?

Jour 2
C’est l’heure des fenêtres ouvertes,  du bruissement des cigales,  du parfum de tilleul. C’est l’heure tiède.
Le frisson existe quelque part, sous la peau mais le dessus liquéfié, où quelque chose se lézarde puis s’adoucit.
Ce n’est pas encore l’heure crépusculaire et les cigales cymbalisent. Je pense aux cymbales antiques, un presque quotidien depuis plusieurs semaines, et tympanons, tibiae, thyrse, tout ce qui se termine ce soir. Tout ce qui se termine dans l’odeur de tilleul.

Jour 3
L’écrasement survient quand je m’y attends le moins. La fatigue me tire vers le bas, vers le vide. Mal définie, muette par la force des mots qui s’absentent. Leur effacement provoque le mien.
J’énumère les possibilités de retour au réel. La lumière blanche me plaque au sol, un glacis pour ombre, proximité linguistique facile, à lécher le clavier J’invoque l’eau fraîche et des draps propres, meilleur reset possible pour aujourd’hui

Jour 4
Il s’en est fallu de peu qu’il pleuve.
Il s’en est fallu de peu que la terre s’abreuve, qu’un répit nous soit accordé.
Mais le vent s’est levé, comme un jour neuf après la nuit.Il s’est levé lentement à soufflé quelques rafales histoire de rappeler son existence et sa potentielle force. Puis il est retombé. Avec le jour.
Le vent s’est déplumé. Moins vivace qu’un ventilateur.

Jour 5
Aujourd’hui j’écris depuis les images d’un artiste qui occupent mon esprit. Comment les images se glissent entre les mots,  comment les mots s’intercalent aux images, qui parle le mieux.
J’écris depuis la force du trait, depuis le regard et le geste. Je décale celui de l’écriture. J’écoute ce que les images ont à (me) dire. Je transcris en mots.

Jour 6
La carte et le territoire. Nappe anthropisée sur le vivant, ce qui se bétonne et ce qui se dessèche. Les herbes brûlées d’avant feu de Saint Jean se consument doucement, sans flamme. Elles semblent fossilisées, cristalisé le sentier sur la carte nos traces de pas craquent la terre crevassée, creuse la mémoire de la précédente grande canicule,  celle qui t’a vu naître.

Jour 7
Quelque chose interfère avec l’écriture, brouille les pistes et les mots se dérobent, le flux s’interrompt et je m’interroge sur les véritables causes qui ne sont ni la chaleur ni le dos, mais quelque chose de plus enfoui, sournois, peut-être inavouable, monstrueusement ordinaire. Quelque chose comme une vague qui submerge .ou seulement l’apparence d’une vague, son hologramme qu’il suffirait d’effacer d’un simple geste.
Ou une image en creux d’un problème plus profond.

Jour 8
Des pointes qui frappent le sol, combien de paires de pied sur scène,  un roulement de tambour avant lever de rideau. Toute la journée à roulé autour de ce moment là.
Commencé à préparer la soutenance, relu un article,  un peu lu, un peu écrit mais l’esprit peu à peu dirigé vers ce rendez-vous de fin de journée, fin d’année pour elle,  une semaine de battement avant reprise des cours « open ».
Des pointes frappent le sol et j’ai hâte.

Jour 9
Langue serait engagée, tenue à l’écart par injonctions, obligations de faire ou de ne pas faire, de dire ou ne pas dire, diktat et mensonge, finalement autocensure.
Langue cherche à s’ouvrir ailleurs, à d’autres, humains, non humains. Langue tente de se déplier, s’étirer, longue langue pour accueillir d’autres mots, grammaires, syntaxes, mots-clés pour ouvrir des portes, ouvrir plus grand.
Écriture taupe et insomniaque cherche à l’aveugle,  tâtonne pour sortir de son terrier,  racle ce qui encombre devant,  ce qui gêne sur son passage.
Écriture fait des efforts pour gagner en souplesse. Écriture s’entraîne tous les jours,  fait ses exercices sans coach, sans savoir si elle avance dans le bon sens.

Jour 10
Flou sémantique, assemblage syllabique hasardeux, les mots paradent à heure indue dans un espace incertain entre le jour et la nuit. Mal tressés, décomposés, recomposés, d’errance en langue approximative comme pour approcher le sens sans jamais l’atteindre.
Les mots murmurent des images qui prononcent des mots en retour. 

Perle Vallens

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Voix synthétique

le corps en transit au fond d’une voix
blanche mate
aphonie d’une cellulose sans acide
ventre enfermé dans voix fantôme
qui m’enfile comme un gant
la voix est une surface sans vide
elle ne m’endommagera pas
elle me mangera me gobera
tout rond

Perle Vallens

Micro vidéo sur un court texte (et autoportrait/génération d’ondes sonores) dit par une voix synthétique et non la mienne. Partagé sur instagram pour les 100 jours d’écriture (jour 95)

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Entêtement à vivre

parcourir la distance de là le verger
à reculons les branches tordues sèches
cassées qu’on devra égaliser
à la cerne de l’arbre reconnaître défi
cience la morsure
pas la sienne l’appauvrissement
de mes vieillards secs
en étancher la soif
repousser l’échéance d’un prochain coup
de soleil
hydrater par l’eau de pluie
acide quand bien même creuse l’écor
ce fragilisée
un serment prononcé m’engage
d’une promesse faite sur le vert
sur le vif les mots à ren
flouer je sais la repousse lente
l’entêtement à vivre
jusqu’à la feuille tendre

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 92



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Vers l’apesanteur

Le pas vers l’apesanteur 
en guise de joie intarissable 
pour tatouer le principe de consolation 
sur la peau 

d’abord la défriper frapper 
du sceau d’une jeunesse aussi éternelle 
qu’improbable 

je triche donc je suis avec moi-même 
ma meilleure ennemie
qu’importe la force illégitime 
du fleuve nommé désir 
ou son absence 

le souffle persiste au-delà du sourire
esquisse l’esquive de la mort
d’un signe qui s’apparente à l’amour 
la façon la moins mièvre mais la plus provisoire
de nous maintenir en vie

Perle Vallens

#100 jours d’écriture – jour 87

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Fin de saison

Le soleil a perdu un peu de son arrogance
son feu brûlant de bouche sauvage a laissé la place
à une indolence de fin de saison
monté droit au-dessus des jeux de massacre humains
étale sa monarchie absolue sur nos épaules à fines bretelles décalquées
rayonne comme un roi céleste sur son monde et nous minuscules
essuyons nos fronts des dernières suées d’été
Regarde : le crépuscule caractériel
résiste encore de ses rayons plus frais pour nous garder
dans son emprise mystérieuse mi chienne mi louve
sa gueule béante se referme avec les heures effilochées
je sais qu’on en perd le fil chaque jour des minutes tombées
dans l’escarcelle de l’automne à venir

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 71

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Comme une fleur tournée vers le soleil

Il suffirait d’une main placebo à poser ici et là
à vertu adoucissante pour soulager un peu avant
de reprendre la route
un geste à synchroniser ou une bouche
qui perd de sa réserve (pour une fois)
et réoriente sa direction
suffisamment melliflue pour attirer le regard et la sève
comme un visage s’incline brusquement vers soi
d’un air de fleur tournée vers le soleil

Perle Vallens

100 jours décriture, jour 61

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Cet air de reproche

Turbide nappe de canicule
acculé une chaleur de chaux vive
excès notables de nos turpitudes
les arbres ont cet air de reproche et d’avoir
abandonné la partie d’une lutte contre l’inertie
quel réquisitoire ces feuilles jaunies fripées
tombées prématurément comme un signe
de découragement à ramasser
cet humus à venir pour faire germer quoi du monde
ces changements qu’on espère

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 51

100 jours·photo n&b·photo retouchée·poésie

Dispositif muséal

Je n’ai pas d’effort à faire pour me remplir la tête 
Mon cerveau est un dispositif muséal qui fait œuvre de bonne volonté 
stockage-déstockage de désirs muets
J’interpose l’écran mobile de mes paupières 
fermer les yeux est l’usage habituel pour assembler le puzzle de vies fragmentées
tout petits morceaux d’existence dont on ferait un lien entre nous
même si parfois une pièce ne rentre pas au bon endroit 

Perle Vallens

#100 jours d’écritures, jour 48

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Emerger de la terre

Sous la surface des mots les plantes peinent 
à émerger d’une terre qui laisse trop peu la parole 
la patience d’une généalogie 
et le germe vivace enfoui depuis tant de jours 
savent pourtant percer la croûte épaisse du silence 
d’une musique que nous ne savons pas entendre

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 41 (autres jours en story Instagram ou facebook)