Je marche sans te chercher je trébuche dans le vert tu étais là depuis toujours toi et les tiennes et les autres non cachées mais non vues je devine sous lianes la racine de l’enfance dans les contours de ton bouton floral se défroisse une ligne de pétales grandis d’hier fraîchement repeints ta couleur à mon visage j’approche ma joue rougie d’un corps qui vibre à la lumière tu t’ouvres au souffle au frisson je bois jusqu’au bruit du bourdon ta voix oscille dans ses élytres en ondes l’odeur du désir écarquillé d’akènes qui s’envolent dans le vent
Ceux qui me connaissent un peu, qui lisent ce blog ou me suivent sur les réseaux sociaux savent que Les Insignifiantes sont à la fois une série photographique et un texte, qui s’écrit actuellement au sein du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille. Les deux concernent les « mauvaises herbes ». J’en distille parfois en lecture et performance comme au Cafoutch poétique à Marseille où la lecture performée s’accompagnait de musique, son, montage photo & vidéo. L’exposition voyage depuis quelques temps dans le Vaucluse, fin 2024 à la librairie Orange bleue (Orange), toute l’année 2025 au Naturoptère (Sérignan-du-Comtat), et en avril-mai 2026 à la librairie de Malaucène où elle est en ce moment visible, donc.
Elle se glisse plus rarement en revue mais c’est le cas ce printemps dans le nouveau numéro de la belle revue margelles des éditions Bruno Guattari, disponible en version numérique et papier. Y figurent des extraits du texte en cours d’écriture et plusieurs photographies noir et blanc de la série.
J’aimerais écrire des mots modificateurs de choses, qui auraient un impact sur le réel, qui nous façonnerait un monde nouveau. J’aimerais les écrire à même l’arbre comme calligraphie d’insecte xylophage plutôt qu’à la lame effilée d’un canif ou que la croix définitive peinte rouge sur le tronc, qu’il n’y ait que morsure brève plutôt que signe d’appartenance.
Le quatrième numéro de Hespérie, revue créée par Jean-Marc Feldman, vient de paraître. Je suis heureuse de voir un ensemble de poèmes sur le thème de la ménopause issus d’un (trop court ?) recueil (qui n’a pas trouvé d’éditeur), ainsi qu’une photographie. Merci à Jean-Marc pour son accueil dans les pages d’Hespérie aux côtés de noms appréciés et d’autres à découvrir.
Le froid s’installe dans le corps dans une atmosphère tremblante dans un ciel soluble rien n’est suspendu aux branches que ce froid liquide jusque dans mes ongles feuilles à terre baignant dans leur jus dans mon sang se dégivre un appel long d’années embrassés le tronc et le lierre emprisonnent un reste de chaleur
1. Il y a eu un orage. 2. Il y a eu des inondations. 3. Il y a eu pire.
Plusieurs énonciations possibles renvoient au réel et à son travestissement, comme en témoignent ensuite les annonces au JT, les titres des journaux, les effets de superpositions d’un post numérique, les interviews, les images qu’on imagine fake tellement improbables. Une illusion non choisie, un trompe l’œil qui prend l’eau.
La réalité instagrammée charrie des boues. On voit des véhicules dispersés, des quatre-roues flottant, des personnes perchées sur le toit des voitures. Peut-être hilares pour tromper l’effroi. L’effet serait comique si la catastrophe n’était pas perceptible, en transparence. Ce que l’image ne montre pas, ce que le hors champ, la voix off sont impuissants à crier, c’est la perte de repères. La perte de ses biens, et dans la finitude extrême, la perte de la vie. Parce que certains êtres sont morts, emportés par les courants, ensevelis par des trombes d’eau, écrasés sous des arbres déracinés.
Les pluies diluviennes, une fois l’orage passé, que sont-elles devenues ? Que deviennent les m3 stagnant ? Disparus le lendemain, asséchés si vite que le désastre semble n’être jamais advenu. Hormis les sacs poubelles, les déchets divers, les étoffes éparses prises dans les branchages. Le jour d’après, tout est comme avant, le niveau de l’eau après la montée revenu à celui du jour précédent comme si de rien n’était. Les visages ruisselants essuyés, les vêtements essorés, il faut vider, éponger, balayer, nettoyer, remblayer, reconstruire. Ce qu’on ne peut pas c’est ressusciter.
La déchirure du ciel si vive, si brève, s’est déjà refermée. Sa membrane fine s’est déjà reformée, bleuie, après grisaille informe, après lueur blême. Ce bleu parfait et sans nuages, ce bleu si pur et si cruel. Tout le monde le sait, le bleu du ciel ignore les morts. Et les oiseaux piaillent l’oubli.
Perle Vallens
(poème écrit il y a un moment, réminiscence d’une vague d’inondations)
des rives d’une pluie intacte non encore coulée mimer le bruit des vagues et celui d’avant l’orage sons lourds passent lentement de l’air à la menace le souffle danse sa valse au fond du ventre nourrir le vide en attendant le battage du tonnerre le cœur tambourine par avance la rage est un mot impossible à prononcer la bouche ouverte chercher un autre langage dans l’espace entre le silence et l’oubli elle s’essaie à l’absence le doigt sur la gâchette de l’infiniment pour se donner une contenance l’eau roule sa sueur jusque dans ses mains elle se laissera chavirer par la pluie