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100 jours d’écriture (4)


Jour 31
Je colle à la réalité, vêtements mouillés formant la nouvelle matière de la peau
Je transpire sous le seuil acceptable tandis que le niveau monte
Je tranche dans l’épaisseur de la chape pour me frayer un chemin vers la fraîcheur

Jour 32
Tu sautes. Claudiques, sautillante cintrée dans la chaleur. Par la fenêtre,  les arbres tellement stables et fort. N’ont besoin que des béquilles racinaires hydrophile pour se maintenir. Tandis que toi.

Jour 33
L’herbe ne connaît de limite que la main humaine qui arrache et entasse. Fauchée,  elle jonche ce coin du jardin attendant son heure. Vivace, elle persiste dans ses pompons hirsutes, issus d’une nuit passée à extirper d’elle-même ses dernières forces, la trace de ses résistances. Elle s’entête à exister, à se reproduire, essaime aussitôt qu’on cherche à  l’éradiquer.

Jour 34
Nous n’avons pas vu la pluie tomber mais sa trace vivante sur le pavés
nous n’avons pas vu l’orage mais le son grondant de sa présence
nous avons cru en sa promesse plutôt qu’en sa menace
une chamane poétesse nous a exaucé
sa prière montée au ciel
elle avait le regard habité des saintes
et la voix forte des guerrières

Jour 35
L’écriture étire un interstice
déroule les fils entrelacés du quotidien
en démêle les mots leur surgissement
Je les laisse rugir dans la voix
cri ou musique pour dire
les tricoter en laissant des silences autour
un maillage sans taire mais qui espace
L’écriture ne force pas le souffle
elle le libère et étanche la soif
renouvelée des phrases
leur accumulation forme la chair du texte
et le lien imperceptible en devient la sève
Je tire sur la langue pour faire exister le  réel jusque dans l’imaginaire
pour révéler l’effet tangible jusque dans les ombres vacillantes
la présence palpable du monde

Jour 36 ́
Nouvel exemple d’exode au plus clair du jour
j’ai vu l’exuvie encore cramponnée à la paroi verticale
l’escaladeuse son geste d’équilibriste
le long de la tige avant mue imaginable
dans la cymbalisation continue
à l’heure creusée dans nos estomacs
y entendre au bec et au thorax près
le bruit d’un voisinage d’insecte à humaine

Jour 37
Les choses simples, le travail au jardin, les heures qui passent ne font pas oublier le monde qui flambe.

Jour 38 
La fleur s’ouvre comme une bouche
dans l’attente du baiser pollinisateur

Jour 39
Une bruine fine est tombée 
bombant le torse a forcé sur ses gouttelettes
dépose minute sur le train végétal
brumisation express aussitôt absorbée l’évaporation rend force
à ce qui inonde vert
la résurgence vivante
de mes yeux bue

Jour 40
Le vent souffle un air de métaphore
qui veut dire fraîcheur dans la langue des feuilles
signe que le vert vit toujours au bout des branches
un son frémissant basse fréquence muscle l’écorce
c’est un murmure que comprennent les oiseaux
un rempart et un refuge
sous les racines la terre craquelée sa musique crépusculaire se gonfle d’un flux
invisible pour l’œil humain

Perle Vallens

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