Erotisme

Dans le miroir

Unusual mirrors

Mes yeux exorbités se repaissent du spectacle de mes courbes dans le miroir : jupe retroussée jusqu’à la taille, culotte réduite à un mince tissu pénétrant les chairs douces et humides, jambes relevées et ouvertes, les talons en appui sur les montants moulurés encadrant ce reflet troublant.
Cette image, double, qui se reflète, tu l’as souhaitée ainsi que son florilège indécent de caresses exigées, de pénétrations requises, d’orgasme contrôlé. Photos à l’appui. Pas de tricherie possible. Dire et montrer. Les godemichés et la cyprine. Seuls les rictus de jouissance et les gémissements resteront secrets. Mais tu les connais. Tu as mon regard dans le tien et mes bruits d’animal blessé dans ton oreille. Tu veux juste voir mon obéissance, ma soumission, minute après minute. Ma main sur mon sexe l’autre sur le déclencheur. J’avale un hoquet de plaisir en pensant à toi me regardant en quasi instantané. Espace aboli. Le plaisir fuse en numérique.
©Perle Vallens

Erotisme

Au musée

musée

La grande salle est quasi déserte. C’est l’été et la fréquentation matinale est faible. Les gardiens et le personnel de sécurité semblent s’ennuyer encore plus que de coutume, mais la surveillance est accrue. Sans parler des caméras. Un jeu dans un musée ? J’avais dit oui, avec un enthousiasme romantique sans mesurer pleinement les différentes contraintes. Il se tiendra à l’écart. Je ne suis même pas supposée le voir. Lui en revanche n’en perdra pas une miette. De mes hésitations, de mes peurs, de mes tremblements intérieurs. Il sera là quelque part dans mon dos, tandis que mon regard oscillera entre les oeuvres exposées et ses indications sur mon smartphone. Mon estomac se noue déjà, des vagues se succèdent en divers endroits de mon corps, depuis le cœur jusqu’au sexe. Mon cerveau est en ébullition. Je suis d’une certaine manière déjà dans l’attente. Mes yeux fixent un tableau dont les couleurs se mélangent sous mes émotions naissantes. Les formes se vrillent, les textures me happent, comme si c’était moi qui coulait et non l’acrylique sur la toile.

Je reçois un premier sms qui me surprend presque alors que je l’attends depuis le début. J’ai la gorge sèche, j’avale ma salive et humidifie mes lèvres d’un coup de langue. Je risque un œil. Il veut savoir si tout va bien. Oui. Non. Je ne sais plus trop. Comme souvent dans nos jeux, il y a un moment de flottement où je suis un peu perdue avant de reprendre le dessus.
La peinture en face de moi continue de se diluer et je reçois la deuxième vibration du smartphone comme un soup de semonce. Il faut que j’écarte légèrement les jambes et que je me cambre. Je m’offre à son regard. J’ignore si d’autres personnes sont là, dans mon dos. Je garde les yeux grands ouverts, me concentrant toujours sur l’oeuvre regardée. Je plisse les yeux. Combien de temps vais-je rester à l’admirer ? Seul son esprit pervers le sait.
Il me demande maintenant de poser mon sac à main entre mes jambes. Le serrer contre moi me rassurait. Je ne sais que faire de mes bras désormais. Je les croise sur ma poitrine, contre mon cœur qui bat plus vite.

– « Penche toi vers l’avant comme si tu voulais prendre quelque chose dans ton sac »
Je porte une robe courte. Si je me penche, je me demande si on verra ma culotte. Jambes écartées, je ploie doublement. Je farfouille dans mon sac, je fais semblant, je ne sais combien de temps je vais devoir rester dans cette position. Des images fulgurantes traversent mon esprit, de mains qui frôlent et palpent. Je sens que ma culotte est mouillée. J’ai l’impression que tout le monde voit et sait. Nouveau texto, il faut que je sois accroupie et que je sorte mon bâton de rouge à lèvres. Je resserre les cuisses.
– Non, garde les cuisses écartées et remonte ta robe sur le haut des cuisses.
Je deviens pivoine mais j’obtempère. Je sors le tube et passe le rouge un peu gras sur mes lèvres. J’aimerais me redresser mais j’attends son message qui tarde. Quel salaud ! Il fait durer le plaisir, se complaît dans ma posture improbable et probablement indécente.
– Relève-toi et marche doucement vers la salle suivante. Il y a un recoin à gauche. Tu regarderas tes mails.
Je regarde les autres toiles et j’avance plus loin. Je me campe à l’endroit indiqué et je consulte mes mails. Rien de spécial. Puis je reçois une photo de moi accroupie soulignant l’incongruité de l’attitude et son caractère trop faussement impudique. Dois-je m’attendre au pire ?

Le texto suivant tombe comme un couperet.
– Masturbe-toi. Sois discrète mais fais-le.
J’ai beau être dans un recoin de la pièce, j’ai beau être un peu à l’abri des regards à cet endroit, je n’en mène pas large. Mon sac sur l’épaule dissimule le geste de la main qui passe sur l’entrejambe et touche le clitoris à travers la double épaisseur de tissu. J’ai un peu de mal à respirer et je me fais toute petite, mais le plaisir est là, insidieux, qui arrive, en dépit de tout. J’espère presque qu’il ne me demandera pas de jouir. Et dans le cas contraire, en serai-je capable ?
©Perle Vallens

Erotisme

Attente

attente

Sans mot dire, elle s’assied par terre, tire le bas sur sa peau diaphane, lisse une mèche de cheveux, s’agenouille enfin, jambes écartées, mains jointes sous les fesses, épaules en arrière, seins dardant sous la brise fraîche de la clim.
L’attente, excitante… Et ce regard dans son dos qu’elle sent, pesant, assombri mais où brille une lueur lubrique. Le silence accroît cette sensation dense et humide, presque tropicale, avec quelques degrés supplémentaires lui arrachant une perle sur la tempe, rougissant ses joues, gonflant sa poitrine autant que dilatant sa pupille. Elle inspire un grand coup, règle sa respiration qu’avait augmenté les battements de son cœur, ralentit cette galopade qui lui vrille les sens et progresse dans son ventre où gonfle cette boule pressante, vivante, exigeante. Elle devine cet afflux qui irradie son sexe, elle sent le miel couler dans la fente douce et renflée, ouverte. Elle prend conscience de cette eau douce qui coule sur ses cuisses, en jouit d’avance. Elle respire sa propre odeur de cyprine, en est troublée, redouble d’excitation, toujours suspendue, en alerte. Elle ferme alors les yeux pour savourer cette onde qui l’envahit entièrement, frissonnante et abandonnée. Désir né de l’attente…
©Perle Vallens

Erotisme·hommage à

Madame rêve (à la façon d’Alain Bashung)

ropes Jenna - Avalon

Madame rêve de jute
de cordes si longues
qu’elles courent sur son corps
que les brins affûtent

Madame rêve de liens
serpentins et rampants
d’une tension qui la maintient

Rêve de sifflement
de chanvre sillonnant
sa peau délicieusement

Madame rêve de caresses
et de lacets qui pressent
dansent et enlacent ses fesses

Madame rêve de plaisirs
élastiques, de sensualité lubrique
de murmures et de soupirs

Rêve de langueur
d’emprise et de vigueur
d’indomptables longueurs
©Perle Vallens

Ropes & pic Michele Paolo/Avalon, model Jenna

Non classé

Je crois en l’homme

Je crois en l’homme, cette ordure,
je crois en l’homme, ce fumier,
ce sable mouvant, cette eau morte ;

je crois en l’homme, ce tordu,
cette vessie de vanité ;
je crois en l’homme, cette pommade,
ce grelot, cette plume au vent,
ce boutefeu, ce fouille-merde ;
je crois en l’homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu’il a pu faire
de mortel et d’irréparable,
je crois en lui,
pour la sûreté de sa main,
pour son goût de la liberté,
pour le jeu de sa fantaisie,

pour son vertige devant l’étoile,
je crois en lui
pour le sel de son amitié,
pour l’eau de ses yeux, pour son rire,
pour son élan et ses faiblesses.

Je crois à tout jamais en lui
pour une main qui s’est tendue.
Pour un regard qui s’est offert.
Et puis surtout et avant tout
pour le simple accueil d’un berger.

Lucien Jacques

Non classé

Etre

 

walter bird

Assoiffé de réponses
curieux sans issue
lent déambulateur
arpenteur de grand espaces
chineur de beauté
griffeur de peaux
aventurier de l’âme
affronteur de futurs
frondeur sans passé
chatouilleur de couleurs
passeur de mots
créateur de rébus
pour s’inventer
pour se connaître
pour donner un sens
à la vie
©Perle Vallens

 

B-Sensory·Erotisme·fantastique·steampunk

Les mystères de Boulogne – Volet 1

Une série fantaisie steampunk érotique vient de paraître chez B-Sensory, épisodes mensuels où règnent mystère, fantastique et uchronie, avec des passages hot à se mettre sous la dent. Voici un extrait du premier volet.

mystères de Boulogne

Paris, 1888. La ville est en pleine mutation grâce aux travaux du Baron Haussman et de Monsieur Picard. Monsieur Eiffel est fort moqué et dénigré pour sa folie des grandeurs et sa tour métallique qui s’élève peu à peu au-dessus du sol. La semaine passée, une explosion s’est produite du côté de Boulogne, exhalant des gaz nauséabonds et toxiques. La catastrophe fait les gorges chaudes des politiciens et de la presse, fustigeant les laboratoires chimiques privés, cause d’accidents dangereux. Mais était-ce bien un accident ?

La brume envahissait le pont de la Concorde et un léger crachin flûtait sur ce matin de novembre humide et froid. Un spectateur intrigué par l’horaire incongru aurait pu admirer de loin la silhouette déliée et alerte d’une jeune femme qui pressait d’une main gantée un manchon de fourrure noire, abritée sous un grand parapluie qu’elle avait du mal à tenir. Cependant il n’aurait pas vu l’ovale de son visage, baissé pour se protéger des éclaboussures des rares voitures à cheval sur le pavé encore trempé. C’était l’aube grise d’une journée qu’aucun soleil ne viendrait éclairer. Elle pressa le pas en direction de la place de la Concorde où un homme à barbiche grise et haut de forme l’attendait. Lorsqu’elle l’eut rejoint, il lui tendit le bras. Tous deux filèrent sans attendre et à vive allure sous les arcades du quai des Tuileries. Désormais protégés des fines lames glacées qu’expulsait le ciel, il prit la parole.

La suite est à lire ici, sur B-Sensory.

Erotisme

Nuit d’orage

orageLes éclairs zèbrent le ciel sous une pluie battante qui semble ne jamais vouloir s’arrêter.
Je m’enfonce nue dans ce jardin que je ne reconnais pas, lacérée par les lames fraîches qui s’abîment sur mon corps. Je plonge dans la nuit torrentielle mue par un désir violent de toi. Mes pieds écrasent l’herbe qui fait comme un doux tapis. J’aimerais m’y rouler, m’y lover, renaître à la glaise chaude. Je m’allonge. Les yeux grands ouverts peinent à voir, devinent tout juste les ombres végétales, les immeubles voisins qui se découpent en silhouettes mouvantes, en lueurs vacillantes.
Je ne les vois pas en réalité, c’est toi que je vois. Penché sur moi quand ta main s’abat et agrippe, pince et fouille. Réminiscence. Soupir. Lumière floconneuse qui explose en moi. Allongée, jambes écartées, ma main posée sur mon entrejambe, glissant dedans dehors. Une double moiteur d’été. Mouillée dehors dedans.
Vois-moi, maintenant, portée par la puissance de mon désir. Les gémissements montent dans la nuit. A peine souillée de la terre comme d’un ciment, l’autre main caresse l’herbe et les feuilles de l’arbuste sous lequel j’ai élu domicile protecteur. La pluie coule sur mon visage, fuit sur mon corps, m’envahit toute. Comme le plaisir qui me tord et me tend, vers toi toute entière dirigée.

©Perle Vallens