Actualité·Erotisme·poésie

Les bijoux – Charles Baudelaire

Il est mort il y a 150 ans. Rendons hommage au poète… avec un poème que j’adore, les Bijoux, illustré idéalement par une photo de Marc Lagrange.
Marc Lagrange

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

Non classé

Bleu…

Antropometry KLEIN

Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce, et se noie sans se rendre compte de rien.

Jean-Michel Maulpoix

Actualité·anthologie de poésie·Editions des Embruns·Erotisme·poésie

Corps Naufragé dans « Naufrages et épaves »

Naufrages et épaves est un ouvrage collectif d’une toute nouvelle maison d’édition, les Editions des Embruns, créée par Jean-Baptiste Seigneuric. Y participent une trentaine d’auteurs et illustrateurs, poésie classique ou contemporaine, nouvelles, contes, diverses narrations oniriques classées par thématiques.
L’océan, les tempêtes, les créatures marines… Tels sont les ancrages du livre et plus généralement des Editions des Embruns.

naufrages et épaves

Je suis heureuse d’y signer Corps naufragé, un poème érotique, classique versification en hommage aux grands poètes du XIXème siècle, dont voici le début :

Je m’abreuve à l’océan sombre de ses yeux,
Je bois à vif l’écume fraîche de sa bouche
Sirène allongée à l’ombre de ses cieux
Et bercée encore par sa main qui me touche (…)

Corps naufragé PV

Erotisme

Ni fer ni soie, juste sa peau

 

ni soie ni fer

Combien de soie pour la même masse de fer ? Margaux se posait la question en détaillant les bas en soie véritable, le porte-jarretelles et la robe en mousseline de soie d’un côté, les anneaux et la lourde chaîne métallique de l’autre. Elle se demandait où il avait pu dégotter une paire de bas comme celle-ci. Elle ignorait d’ailleurs jusqu’alors qu’il existât des bas de soie. Elle n’en portait pas habituellement. Elle détestait les auto-fixants qui lui sciaient la peau tout comme ces longues chausses qui glissent en permanence sur le haut de la cuisse de façon inesthétique. Elle ne portait que des collants, pratiques et modernes, les rares fois où elle portait une robe. En général, elle moulait ses jambes dans un jean, comme pas mal de filles de son âge. Elle sacrifiait au port du short en été mais elle n’aimait guère voir ses jambes nues. Elle ne les aimait pas. Mais lui oui, allez savoir pourquoi…
Elle avait peur d’être ridicule dans ces bas, elle craignait de ne pas parvenir à les attacher. Mais en les enfilant, elle sentit une incroyable caresse sur sa peau, subtile et suave. C’était un voile imperceptible, évanescent et pourtant d’une grande sensualité. Elle dut se contorsionner afin d’attacher les bas aux bandes de tissus, les ajustant de façon maladroite. Puis elle enfila sur son corps nu la robe fluide et aérienne qui ne masquait pas grand chose de ses formes. La transparence écrue du tissu laissait deviner les aréoles et les pointes rosées de ses seins et s’enroulait autour de ses reins dans un toucher d’une grande légèreté, un souffle sur sa peau. Elle se toucha à travers l’étoffe et fit durcir ses tétons entre ses doigts. Le contact était délicieux.
Elle fixa ses jambes gainées de soie d’un ton légèrement plus soutenu que sa carnation, une couleur veloutée de miel. Elles lui parurent embellies, comme assouplies et adoucies. Sous l’emprise voluptueuse des vêtements, elle se renversa en fermant les yeux, en écartant doucement les jambes. Elle passa une main sur le renflement humide et soyeux, lui aussi.

Elle ne l’entendit pas s’approcher, félin discret désireux de la surprendre précisément dans cette posture. Et sans crier gare, il fixa les anneaux de fer aux poignets. Elle sursauta en sentant le froid mordant sur son épiderme et l’emprise de métal. Quel contraste ! Elle qui venait de s’envoler un temps au dessus du sol, la chaîne la ramenait, bien ancrée à la terre, captive rivetée à la poutre, bras derrière le dos.
« Pas sans moi » lui dit-il, en prenant le relais de ses doigts dans son intimité. La jouissance monta et elle ne sentit plus ni la soie, ni le fer. Juste sa main, ses doigts en elle, et la peau de cet homme était la seule matière dont elle souhaitait désormais être couverte.
©Perle Vallens

Actualité·B-Sensory·Erotisme·steampunk

Les mystères de Boulogne – Volet 2

Après le volet 1 de la série steampunk érotique Les mystères de Boulogne éditée par B-Sensory, voici la suite des aventures de Marguerite Fourny, fille d’un chimiste et inventeur de génie, en 1888 à Paris et Boulogne.
Marguerite Fourny pleure encore la mort atroce de son père emporté dans les flammes qui ont ravagé son mystérieux laboratoire. Elle se sait menacée. Qui est l’homme étrange qui la chaperonne désormais, selon les souhaits testamentaires de ses parents ? Reverra-t-elle Edouard Louandre qui lui a fait découvrir les plaisirs de la chair ? Et surtout quel est ce mystérieux message codé qu’on vient de lui envoyer ?
Dans ce 2ème Volet, Marguerite plonge à bras-le-corps dans une aventure qui pourrait bien changer à tout jamais l’Histoire de son temps.

mystères de Boulogne volet 2

« À la croisée de ses réflexions, elle fut interrompue par l’arrivée d’une missive adressée à son père. Elle semblait avoir été envoyée hier seulement. À l’intérieur, les mots étaient agencés d’une façon étrange, sans queue ni tête, et s’apparentaient à un langage codé. Il lui parut évident qu’elle devait transmettre ce courrier à Monsieur Trévaux. Que pouvait-elle faire, seule ? Pouvait-elle avoir confiance dans son invité ? Sa vie s’effilochait sous ses yeux et elle ne savait pas par quel bout la repriser. Fort heureusement sa chère Louise rentrerait prochainement d’Italie. Elle lui tiendrait compagnie, la consolerait, la cajolerait comme elle savait si bien le faire. Elle apporterait un souffle de vie et de légèreté dans la maison, avec son sourire et sa grâce. Elle souhaitait qu’à son tour, son amie vienne s’installer à Boulogne, surtout depuis les événements récents. Elle ne voulait pas se retrouver seule avec Monsieur Bertaud. Elle ne souffrait plus de rester dans la demeure familiale depuis le décès de son père. La lettre codée était un excellent prétexte pour s’en échapper. Ses allées et venues étaient surveillées, lui avait-on expliqué. Elle ne pouvait se rendre chez Monsieur Trévaux sans imaginer un subterfuge. À cet instant, elle aurait souhaité devenir invisible. (…) »

La suite est à lire chez B-Sensory.

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Eveil (paru dans la revue Lichen)

sable

Sarclée la glaise baignée de sel
lentement renaît le long de la grève
Saoûle et pantelante, c’est une terre arable
où moussent les herbes-fanes, fines dentelles
vêture de corps en vers
d’une voix comme un voile
Viscéral contour d’une jachère qui s’éveille
brunis les blés au soleil trop lourd
Arrachée la moisson échouée
à la saison des labours
À quoi penses-tu, sinon aux rides sur le sable ?

©Perle Vallens

Le numéro d’août de la revue Lichen est paru, avec de belles voire très belles choses à lire.
On y retrouve Eveil, poème tiré du recueil Poupée (qui cherche éditeur, avis…), à lire ici.