Erotisme

Oie blanche (1)

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J’attends dans ma voiture, absente de moi-même. J’essaie de ne penser à rien. Je me laisse envahir par la chaleur équinoxiale qui transperce les vitres et m’imbibe de cette douceur moite.

Celui que j’attends a déjà dix minutes de retard. Il avait prévenu mais je sens ma patience s’effilocher au rythmes des secondes. Il semble que le temps ait décidé de ralentir sa course, comme pour exacerber cet empressement mêlé de craintes. Je suis en sursis, abritée, dissimulée, retranchée. Et j’attends.
Un doute me taraude alors. Qu’est-ce que je fais là ? A quoi bon ce rendez-vous dans un hôtel discount d’une zone d’activité ? J’ai envie de partir en trombe, de quitter cet endroit. L’attente attise ma nervosité et ma peur. Anxieuse, et même effrayée. Je le suis, je dois bien me l’avouer. Pourquoi retrouver ici un inconnu et lui remettre mon corps ? La certitude qui encore hier me faisait l’appeler au téléphone, encore sûre de vouloir m’embarquer dans cette aventure, me délaisse aujourd’hui.

Son retard m’agace, je me sens fiévreuse. Je suis un peu malade.  Je me mouche toutes les cinq secondes. Il fait chaud dans l’habitacle de la voiture et pourtant je frissonne, je grelotte. Je ne sais si je dois mettre ces signes sur le compte de l’anxiété ou du rhume qui m’a prise hier. Pas question d’annuler toutefois ! Si je n’y vais pas aujourd’hui, je n’aurai plus le courage. Se confronter à ses fantasmes n’est pas une mince affaire, et les confier à autrui encore plus inconfortable. Il a une voix calme, a l’air patient et à l’écoute de mon désir ; il me semblait pourtant qu’il saurait me guider et m’aider… Je ne suis plus sûre de rien à présent.

Je regarde mon reflet sage dans le rétroviseur. A peine maquillée, cheveux tirés en arrière, un visage un peu austère. N’était la broderie anglaise du corsage, qui apporte un peu de légèreté aérienne et de jeunesse à mes presque cinquante ans… Comme le temps a passé, si vite, marquant de sillons l’extrémité des paupières et de fils blanc ma chevelure ! Je m’absorbe en moi-même, ma vie, mon quotidien, les incertitudes, les petites paresses, les lâchetés, les peurs… C’est maintenant où jamais, en réalité.

Enfin, il arrive, cinq minutes de plus et je partais. Courageuse mais pas téméraire.
Je me sens intimidée comme rarement. Je sors. Je garde mes lunettes de soleil sur le nez, la luminosité solaire le permet et je me sens ainsi encore protégée. Mes jambes qui flageollent me porteront-elles ?

Il est souriant. Il a l’air sympathique. Je décide de le suivre dans cette chambre d’hôtel où je ne sais trop ce qui m’attend.
©Perle Vallens

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