Erotisme

Au musée (2)

woman facing wall by John Andrea
John Andrea (woman facing the wall)

Ma tête entre dans ma poitrine, j’arrondis mes épaules vers l’intérieur, je me recroqueville pour ne laisser apparaître qu’une forme imprécise, floue. Je ne suis plus qu’un dos au bout duquel un index touche un sexe. Mon doigt frotte mécaniquement, très lentement. La caresse doit rester invisible, le mouvement ralenti, imperceptible. Ma petite frayeur, ma petite lâcheté.

Un sms commande de me redresser. Je me plaque alors contre un mur, la poitrine écrasée, le sac à terre. Je pose ma joue sur la froidure de la surface, privauté de béton qui effleure mon pubis. Je presse mon corps sur la paroi, je me laisse envahir par ce contact glacé mais qui finit par m’exciter justement par ce contraste qui me fait oublier où je suis. Du moins qui me donne l’illusion d’oublier.

Le polissage en bas a viré à une friction plus énergique. Je doute que personne ne se rende compte de ce qui se passe en dépit de mes efforts. Les doigts s’égarent plus loin. Il me semble que j’ai écarté les jambes malgré moi. Baiser un mur. La fulgurance de cette pensée qui me traverse me hante maintenant. J’imagine un glory hole, un défilé de queues ou une exposition de godemichés d’âges et d’horizons divers, des pièces de musée justement ! Je divague. Mon esprit m’emporte plus loin, c’est le bâtiment entier, vivant, qui coïte, l’air envahi d’odeurs sui generis, fluides divers qui perlent à la surface, texture chaude et douce comme la peau, ciment qui palpe, tableaux animés dont les personnages copulent puis sortent de la toile pour me toucher, me lécher. Le musée vire à l’orgie dans mon fantasme construit de toute pièce dans l’instant. Je suis sur le point de jouir, debout, calée contre cette couche lisse où je suis allongée à la verticale. L’orgasme me vient, brutal, puis j’ôte mes mains et me rajuste immédiatement, comme si de rien n’était.

A ce moment, un gardien s’approche et me demande si tout va bien, si je me sens bien. Pour garder contenance en dépit des joues en feu, je lui dit que j’aurais bien besoin d’un verre d’eau. Et c’est vrai…
©Perle Vallens

Le premier volet de « Au musée » est à lire ou relire ici.

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