
C’est un jeu, avait-il décrété. Un plaisir trouble qui plonge dans les arrières-pensées des coquettes. Le déshabillage et l’enfilage de vêtements est toujours un instant tissé de pudeur, de secrète intimité, de mystères voilés et qui, pourtant, tient de l’effeuillage.
La cabine est un lieu clos, sans porte véritable, sans verrou. D’un geste peut se dévoiler une semi-nudité teintée d’érotisme. Il tient à la fois du cabinet-cabaret où se donne une véritable représentation et du bar louche dans lequel se trament des actes licencieux. Derrière le rideau qui en constitue la seule fermeture, l’espace public du magasin est une tentation d’exhibition. Il suffirait d’entrebâiller la tenture. Il suffirait d’y convier un personnage, à commencer par la vendeuse. D’inviter un ou une inconnue que l’on aurait repéré d’abord, au prétexte d’un assentiment sur un nouveau vêtement, que l’on ajuste offrant à voir un décolleté, une chute de rein sur une robe ouverte. Elle pourrait requérir une aide, que l’on remonte la fermeture éclair, en passant insolemment les doigts entre le tissu et la peau. On jouerait des hanches, on tendrait les fesses, négligemment lissées par la main caressante. « Qu’en pensez-vous ? » La prunelle lancerait ses feux de détresse.
Pour bien faire, avait-il dit, il faudrait qu’elle arrive en premier dans ce lieu de perdition. Avant lui. Qu’elle identifie un ou une, qu’elle l’invite à donner son avis, in situ, avant que lui ne vienne risquer un œil par le pan pas tout à fait refermé du rideau. Voyeur de cette représentation d’un faux huis clos.
Il espérait des attouchements, des mains baladeuses, des frôlements indécents. Il les aurait…
©Perle Vallens