poésie

Avec ou sans filtre

Maurice Tabard, 1929
Maurice Tabard, 1929

J’ai peur du filtre de ma mémoire
J’ai peur de poser un voile
J’ai peur que l’image reste floue
qu’elle s’efface peu à peu
qu’elle se couvre d’un sable qui glissera sous la paupière

J’ai peur de ne plus reconnaître l’éclat de ses yeux
de ne plus percevoir le grain de sa voix
d’oublier jusqu’à ses contours, jusqu’à ses sourires

J’ai peur des effets d’optiques
des troubles voies, des vents contraires
des fausses routes, des flux tendus
des reflets trompeurs, des clichés de mots

J’ai peur de voir trop clair
J’ai peur de la lumière
Je voudrais rester dans ma nuit

J’ai peur que la pellicule ne colle plus
à mon regard
puisque ses lèvres ne collent plus aux miennes

J’ai peur de le voir sans filtre
demain ou après demain
nu et fade
ange déchu
sans auréole ni ailes
sans l’habit de lumière de mon amour
©Perle Vallens

poésie

Nu d’hiver

femme-arbre
(internet-source inconnue)

D’un bonheur tout neuf
ne restaient que les bourgeons à peine éclos
fauchés dans le vif de l’été
frappés d’un trait acier
décapités

Les ornières ne gardent aucune trace
tout plaisir effacé
piétiné à même le ventre
consumé au fil du temps
lâché à la face du vent

Plus rien sauf
le fiel

Je ne sais quand l’arbre refleurira
©Perle Vallens