écriture·Erotisme·hommage à·Non classé

Esquisse

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Anonymous (found on the web)

S’il te plaît, dessine moi un mouton
un « bah bah black ship » avec une grande langue bêlante entre mes cuisses
un mange-ortie noir d’encre, un broute-tout entêtant

S’il te plaît, dessine moi des mains et des mains
qui s’agitent et pénètrent et devinent plus loin
que le bout de leurs doigts

S’il te plaît, dessine moi une ascension
une orbite lunaire, une fusée, un spoutnik
pour visiter mon ciel étoilé

S’il te plaît, dessine moi un truc à moteur
un balai magique, une brosse électrique
une léche-frite pour viande embrochée

S’il te plaît, redessine moi une chatte
une miauleuse de toit parisien
une bestiole glissante où mettre les pieds
©Perle Vallens

(double hommage à Antoine de Saint-Exupéry et Boris Vian – et pas que..)

Emotion·poésie

Attendre

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Claude Cahun – autoportrait 1932

Attendre comme on attend la pluie après un soleil trop ardent
Espérer la fraîcheur vide après la brûlure cuisante
Remiser les mains dans les tiroirs du lendemain
Remettre en eaux l’émergence des poussières
Laisser la nuit à la nuit, avant l’aube
Saturer tous les plis et manger les cernes
Taire la victoire aux vents du monde
Marcher dans les pas de l’absent
Museler la morsure impatiente
Cracher plus loin que les aiguilles
Effacer la trace du temps
Regarder par-delà les collines
Chasser les nuages immobiles
S’asseoir au bord du labyrinthe
Crever l’œil du cyclone
Monter fol à l’échafaud
Ouvrir toutes les portes
Trembler de se taire
Combler le silence
Ecraser les peurs
Briser les vitres
Ravaler l’âme
Et attendre
encore
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Bibliophile

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Mon sexe se rappelle la main
et le chemin emprunté
l’histoire racontée
la peau sous la paume
et les doigts repliés

Au seuil ouvert
libère d’un geste
le lierre qui court
longe la courbe
chuchote encore
en longues plaintes
éclaire le halo d’un râle

C’est un livre ouvert
qui ne dit ses mots
qu’à l’oreille
Il a sa propre langue
Il faut l’entendre pour le croire
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie

Il y a

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Heinz Hajek-Halke (sans titre – 1928)

Il y a du rouge et du blanc dans la pénombre.
Il y a du plaisir et de la douleur tour à tour mêlés.
Il y a des os qui tremblent, de la peau qui chante.
Il y a des nerfs qui frissonnent, de la chair qui palpite.
Il y a des morsures dans mes baisers, des griffures dans mes caresses.
Il y a des songes dans mes cris, des mots dans mes silences.
Il y a des offrandes sous voile, des aveux bien cachés
Il y a des espoirs dans mes yeux levés, des secrets derrière mes paupières closes
Il y a des hiers ivres et des demains à boire. Encore.
©Perle Vallens

Emotion

Le manège

Riding the merry-go-round by Heinrich Zille 1900
Riding the merry-go-round by Heinrich Zille 1900

J’ai une prédilection pour les manèges anciens, leurs chevaux de bois qui montent et qui descendent, la mélodie joyeusement surannée de l’orgue de Barbarie, le pantin automate qui dirige de sa baguette la musique, l’abaissant et la relevant au même rythme que les chevaux, la peinture vieillie toujours illuminée d’éclats d’or et de bleu, le bois solide des colonnes doucement sculptées, la voûte décorée d’anges tout sourire…
Celui-ci, je suis montée dessus, changeant de monture au gré du temps, sans me lasser. Et puis un jour, j’ai fait un faux pas, je suis tombée du manège. Il ne s’est plus arrêté pendant longtemps. Je suis restée un moment debout, devant, à le regarder. J’en avais la tête qui tournait.
Puis, j’ai navigué dans un train fantôme, j’ai eu un peu peur, pour de faux, mais l’émotion s’est évanouie en sortant. Je suis montée sur la grande roue, mais c’était trop lent et j’ai eu le mal de l’air. D’en haut, je voyais mon carrousel, si loin. Je regrettais son rythme juste, le charme de son ambiance, les animaux sur lesquels j’aimais grimper à califourchon…
J’ai souhaité tenter les montagnes russes mais cette fois, cela allait vraiment trop vite. Le paysage passait à toute allure, pas le temps de profiter du paysage. Je suis descendue de cette nouvelle attraction un peu groggy et j’ai aperçu au loin le manège qui semblait vouloir ralentir. A mon approche, il s’est arrêté afin que je puisse monter. A la fin du tour (je vous vois, vous vous dites, un tour « normal »), il s’est arrêté et j’ai du descendre. J’avais envie de rester mais j’ai compris que je devais attendre à nouveau, attendre qu’il tourne, tourne, puis qu’il s’arrête pour me laisser monter…
©Perle Vallens

Emotion

LUV

Osage Alley

Exit « I love you ». Welcome « I luv U 2 ». Façon paresseuse d’aimer. Façon incertaine. Façon irréelle. Mensongère. Façon qui ne veut rien dire. Qui se dédouane. Qui se désagrège. Qui se prononce du bout des lèvres. Du bord de la vulve. A l’extérieur du cœur. Façon extra-large pour englober tous les luv possibles. Je t’aime, à peine. Moi non plus. Façon qui ne sait pas dire, qui ne sait pas ce que c’est que d’aimer. Aimer pour de vrai, pour de bon. Sans condition, sans contrepartie. Donner sans retour.
Luv c’est un jeu sans conséquence, un faire semblant de love, une marelle à ciel ouvert et changeant. Un coup de je te luv, un coup je ne te luv plus. C’est bien pratique, luv. Et si tout le monde se luvait un peu, pour voir ?
©Perle Vallens