
J’ai une prédilection pour les manèges anciens, leurs chevaux de bois qui montent et qui descendent, la mélodie joyeusement surannée de l’orgue de Barbarie, le pantin automate qui dirige de sa baguette la musique, l’abaissant et la relevant au même rythme que les chevaux, la peinture vieillie toujours illuminée d’éclats d’or et de bleu, le bois solide des colonnes doucement sculptées, la voûte décorée d’anges tout sourire…
Celui-ci, je suis montée dessus, changeant de monture au gré du temps, sans me lasser. Et puis un jour, j’ai fait un faux pas, je suis tombée du manège. Il ne s’est plus arrêté pendant longtemps. Je suis restée un moment debout, devant, à le regarder. J’en avais la tête qui tournait.
Puis, j’ai navigué dans un train fantôme, j’ai eu un peu peur, pour de faux, mais l’émotion s’est évanouie en sortant. Je suis montée sur la grande roue, mais c’était trop lent et j’ai eu le mal de l’air. D’en haut, je voyais mon carrousel, si loin. Je regrettais son rythme juste, le charme de son ambiance, les animaux sur lesquels j’aimais grimper à califourchon…
J’ai souhaité tenter les montagnes russes mais cette fois, cela allait vraiment trop vite. Le paysage passait à toute allure, pas le temps de profiter du paysage. Je suis descendue de cette nouvelle attraction un peu groggy et j’ai aperçu au loin le manège qui semblait vouloir ralentir. A mon approche, il s’est arrêté afin que je puisse monter. A la fin du tour (je vous vois, vous vous dites, un tour « normal »), il s’est arrêté et j’ai du descendre. J’avais envie de rester mais j’ai compris que je devais attendre à nouveau, attendre qu’il tourne, tourne, puis qu’il s’arrête pour me laisser monter…
©Perle Vallens