Emotion·poésie

Cracher dans la soupe

cracher

Parfois je crache dans la soupe
de gros cailloux taiseux
une glaise épaisse
glisse en cercles
vicieux

Ils gâtent le consommé clair
le miroir des souvenirs
Ils raclent la gencive
percent les dents creuses
roulent en écumes
sur les jours passés

Je les regarde flotter
en surface
filaments suspendus
Ils finiront par fondre
enfoncés sous la nasse
des vérités scarifiées
dans le velouté clarifié
au blanc d’oeil

Je vois dans les glaires
je lis l’histoire effacée
je floute la mémoire
juste ce qu’il faut
je ne souffle pas
je me brûle encore un peu
Tant qu’elle est chaude
je crache dans ma soupe
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Hemerocallis vulva

hemerocallis vulva PV

C’est le pétale qu’affole le souffle
l’insolent sillon du vent
une jalousie sans pareille
pour la vibration volatile
des ailes d’un papillon

Origami déplissé à la peau déliée
lys d’un jour dans les plis du soleil
brille d’abondance au seuil lisse
du lent tissage des songes
qu’un pistil acquiesce
fugace esquisse, la saillie d’un sourire
©Perle Vallens

Erotisme

Femme-grenouille

Huile2 PV

Elle entrebâille puis écarquille les cuisses, une équerre tout sourire qui s’ouvre d’un coup. Elle se penche pliée sur elle même et observe la trace qui s’agrandit et qui prend le contrôle de son regard. Cela fait une tâche moitié humide moitié opaque sur la culotte. Le truc qui faisait dire « c’est sale » quand elle était petite. Elle lape dans le vide et sa langue claque.
Elle mouille, cela coule d’elle à flocons. Si elle quitte sa culotte, cela glissera à la lisière, en haut des cuisses, c’est sûr !
Elle se saoule de cette souillure. Elle ne dessille pas. Les yeux grands ouverts hypnotisés ne se lassent pas et boivent ce liquide qui s’épand d’elle.
Elle ne touche pas encore l’ourlet des lèvres abreuvées qui se voilent d’un masque blanchi, un peu gluant. Des filaments s’étirent dans l’ouverture qui glapit. Ils explosent en gouttelettes sur les parois satinées, un peu grasses et lisses, un entrefilet dans les pages béantes qui racontent le vertige.
Elle s’ouvre juste, écarte le tissu de la culotte, poisse ses doigts, les agite dans le clapotis de l’onde, dans la moiteur tiède qui gagne du terrain. Sa pupille s’accroche au piton moelleux de sa vulve, ne lâche pas sa prise, pâle surprise rugissant rouge à vu d’œil. En visée, les abords glissants, sans ventouse.
Elle s’enfle et se travaille en profondeur, batracien ambitieux qui barbote dans l’esquisse saumâtre sans bouée de sauvetage, pour atteindre les grands fonds. La barrière de corail s’épanouit sous le plongeon, sous la poussée sauvage d’une véritable équipée. Quatre doigts, pas moins ! Et le pouce appuie sur la perle qui s’empourpre.
Un imaginaire marin plisse les yeux reptiliens, fouisse dans l’antre amphibien. L’univers se rapetisse dans ce centre première classe, un firmament annonciateur de milliers d’étoiles. Une seule obsession, suivre cette sente, toute luisante de déraison consumée, de cette lente montée des eaux qui finit par l’éclabousser jusqu’au poignet dans un silence bercé de chuintements.
©Perle Vallens

Actualité·Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

« Tout baigne » dans Revue Méninge #12 « Crachement »

revue méninge 12
Cracher ses mots ou sa foi, sa colère, ses émois, cracher dans la soupe aussi parfois…
« Crachement » est le thème de Revue Méninge #12, à lire en version papier par ici, ou en libre accès sur le site de la revue, par là. « Tout baigne » est le poème sélectionné par l’équipe éditoriale de la revue, aux côtés, entre autres, d’un graphique et sonore texte de Florent Paudeleux, « Déboucher », et d’un très court poème de Delphine Burnod, sans titre.

Actualité

Un an, beaucoup de dents

marilyn-gateau-anniversaire

Attrape-rêves a déjà un an. Quelques 130 billets, érotisme et surtout poésie, après que l’écriture soit devenue publique, il y a un environ an et demi.
Merci aux revues littéraires, photographes, éditeurs avec  lesquels il y a eu quelques premières collaborations. D’autres sont à venir…
Merci surtout aux lecteurs, fidèles ou occasionnels qui passent par ici.

Emotion·poésie

Histoire d’exister

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Jean Moral (sans titre surimpression de visages 1926)

On peut implorer le ciel, implorer n’importe quel amour, tous les sangs du monde, chaque plaie ouverte, chaque arbre de chaque forêt, chaque caillou sous la boue, chaque graine en terre, chaque pas dans les siens.

On peut prononcer des mots comme un dépucelage de bouche, des boursoufflures comme un claquement, un crachement, une fuite, qui éclatent en phrases lasses, sans cesse répétées.
On ne le sait pas assez mais les mots ont un coût. Et ils ont un goût aussi, parfois doux-amer sur la langue, parfois une persistance rance, des morceaux qui ne passent pas et restent coincés entre les dents, qui s’avalent par mégarde et restent bloqués dans la gorge.

On peut faire face à la glace, s’y mirer, s’y noyer. Y voir les aimés et les haïs. Passer au-delà du miroir. Voir autre chose, un autre, une autre, des autres. Plus loin, plus haut, jusqu’au vertige. Compter les traits et les cicatrices, vérifier les profils, ne pas se ressembler et finalement s’ignorer. En venir à douter de sa propre existence.
©Perle Vallens