Emotion·poésie

Histoire d’exister

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Jean Moral (sans titre surimpression de visages 1926)

On peut implorer le ciel, implorer n’importe quel amour, tous les sangs du monde, chaque plaie ouverte, chaque arbre de chaque forêt, chaque caillou sous la boue, chaque graine en terre, chaque pas dans les siens.

On peut prononcer des mots comme un dépucelage de bouche, des boursoufflures comme un claquement, un crachement, une fuite, qui éclatent en phrases lasses, sans cesse répétées.
On ne le sait pas assez mais les mots ont un coût. Et ils ont un goût aussi, parfois doux-amer sur la langue, parfois une persistance rance, des morceaux qui ne passent pas et restent coincés entre les dents, qui s’avalent par mégarde et restent bloqués dans la gorge.

On peut faire face à la glace, s’y mirer, s’y noyer. Y voir les aimés et les haïs. Passer au-delà du miroir. Voir autre chose, un autre, une autre, des autres. Plus loin, plus haut, jusqu’au vertige. Compter les traits et les cicatrices, vérifier les profils, ne pas se ressembler et finalement s’ignorer. En venir à douter de sa propre existence.
©Perle Vallens

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