Emotion·poésie

Cascade

cascade

L’écho de ton silence frappe à l’orée de ma tempe, inlassablement. C’est un roulis assourdissant. Cela tourne à l’envers dans le tambour de mon cerveau. Lavage à grande eau, ne séche jamais. Larges pensées jamais ne se chassent totalement, elles reviennent en ondes vives, toujours vers toi. Cela bruisse en fines gouttelettes ou cela vrombit en cataractes qui éclaboussent tout sur leur passage. Des milliers de bulles éclatent d’un coup, explosent en flots sous la peau.
D’un vertige se jeter à l’eau, ne cesser de choir, se laisser dissoudre. Ivresse de la rechute.
©Perle Vallens

Emotion·nature·poésie

Pampa

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L’inflorescence blanche balance entre deux cieux, vigie penchée sous le joug des ombres douces, la course des nuages au-dessus des pierres sèches chatouillées par le sable. L’orteil raconte une histoire ancienne, un vieux conte qui s’égrenne, chaleur grège sur la peau. Dans l’air flotte une chanson que nul n’entend mais que l’oeil boit, chauffé au feu de l’ivresse végétale. Le vent agite un choeur d’images qui se mange par petites touches, qui se laisse lécher longuement. L’âme allongée entre les plumeaux remâche une soie dessillée,  les rides du souvenir, les soupirs du passé. Que se prolonge encore un peu la magie de l’enfance…
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Floralie

Volkan Aslan
Volkan Aslan « Je suis agité comme ceux qui ne peuvent pleurer leurs morts » (Laver les roses – Arles – vidéo 2018)

Il fleurit ma peau du toupet de son pinceau, de la pulpe de ses doigts, de la musique de ses mots. Toucher de soie, reflet de lame, stries et langueurs. Ombres parsemées comme les pétales de l’âme.
Sur la toile, il couche ses noirceurs, étale ses états drames en fleurs digitales et grand fuseau d’amer.
Mon corps prend toutes ses couleurs de sang et de feu, de nuages et de fleuves, de tiges et de sève.
Il passe ses roses à l’eau sur mon dos. Il m’arrose de ses pensées, essore ses obsessions, essuie sa folie douce. Il m’inonde d’un lavis de lumière.
Refleurir encore. Avant que le cœur ne s’effeuille, avant qu’il ne se fane.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Star wall

Etoiles Georges Méliès
Etoiles – Georges Méliès (A la conquête du pôle, 1912 © Collection Cinémathèque Méliès)

 

Les étoiles en chapelet dans la houle de la nuit brillent en foule. Elles sillonnent le ciel en longues lanières, en lianes scintillantes. L’armée des vœux s’avance. Elle gronde en nuée silencieuse, en vocalise ronflante, s’accroche au mur en cascade de feu, brise le noir d’éclats lumineux jetés aux âmes. Des rêves et des espoirs.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Cérulé

Jaroslav Rossler
Jaroslav Rossler – autoportrait (Centre Pompidou – Musée national d’art moderne)

Ses yeux sont clairs et lumineux, comme la rencontre du ciel et de la mer. Une rencontre d’eau pour s’immerger et nager. Quitte à perdre pied.
Un regard insulaire. Un regard qui tremble un peu. Un regard de prière. Un regard qui désarme et repose. Un regard qui reflète. Un regard de mémoire.
Un regard de fraîcheur. Un regard que l’on boit à grand trait. Et que l’on mange aussi parfois. Un regard à mastiquer du bout des cils. Un regard de sel et de poivre. Un regard de miel. Un regard umami.
Un regard qui pèse et prend appui. Un regard emporte comme une vague, comme un nuage, comme un chant. Un regard qui tranche et traverse l’épiderme. Un regard dans lequel disparaître et s’engloutir toute entière.
Des fois je me demande comment sortir de ce regard.
©Perle Vallens

Non classé

Echo

morphological-echo Dali 1936
Salvador Dali – The Morphological Echo, 1936 

L’écho n’a rien à dire. Pas par timidité, par ennui, par manque d’objet, par manque d’intention et de motivation. Il fait silence jusqu’à ce que quelqu’un parle. Comme tous ceux qui n’ont rien à dire, il répéte à l’envi, de sa grosse voix qui s’amenuise à mesure que plus personne ne l’écoute. A la fin, il murmure quelque chose que l’on a déjà oublié. A la fin, il se tait enfin.
A trop répéter, on n’est plus entendu.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Ex (nihilo)

Raoul Ubac Penthesilee
Raoul Ubac – Penthésilée III (fragment), 1937

Exciser la pensée mot à mot
Exister au-delà de soi-même
Exiler la mémoire dans un recoin perdu
Extirper les fleurs assassines
Exhumer les flots de folie douce
Exaucer des vœux inconnus
Expier la douleur et les doutes
Exfolier les peurs et l’absence
Exécuter toutes les peines
Expirer son dernier souffle amer
Exhaler un nouvel air
Exulter à nouveau
©Perle Vallens