Emotion·Erotisme·poésie

Entre les rails

train regard

Le train. L’attente. L’inquiétude. L’horloge. L’assise. Le soulagement. L’ébranlement. Le roulis. Les regards. Les bruissements. L’indifférence. Le train-train.
Un livre que l’on prend et que l’on repose, entre deux respirations saccadées. Un oeil sur l’écran tactile, un doigt en alerte qui guette un sms. Une bouteille d’eau pour tromper la soif qui trompe l’angoisse.
Je regarde par la vitre le paysage qui défile, une lumière brouillée, un grain incertain. Je ne vois rien hormis ton visage net, ton sourire large, qui se détache parmi les branches des arbres, au milieu des nuages. Un oeil comme une étoile qui brille en plein jour. Un rouge aux joues d’un temps qui défile. Une neige transparente qui tombe comme un rideau devant les yeux. Les flocons se déposent, gros, brumeux, sur les paupières en feu.
Ci-gît la voyageuse, la fugitive d’où émerge l’oeil vierge dans l’attente d’un brasier, dans l’espoir d’un ange. Embrassée entre les acoudoirs, elle glisse entre des bras plus dangereux que le désir, entre des rails plus sombres que celui du train. Le sang épaissi bouillonne sous le tissu. La pression s’accentue, gagne la trachée, assèche la langue, ouvre d’autres digues, l’emprisonne toute dans le piège refermé. Déjà, le train est arrivé.
©Perle Vallens

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