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Plupart du temps

plupart du temps ©Perle Vallens

Dans les replis de ma vie
j’ai trouvé des souffles
comme des courants d’air
des fantômes et des ogres
des personnages effacés
des visages perpétuels
des grimaces oubliées
des terreurs, des désirs
des yeux troués
des murs traversés
des amours immortels
et une tristesse qui traverse
la lumière des fenêtres
©Perle Vallens

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Miroir d’eau

Miroir d'eau©Perle Vallens

Dans un désert de coquillages, des étoiles mortes glissent entre les doigts. Un plomb en fusion s’écoule du soleil, le poids d’un feu sur nos épaules lourdes de lumière.
Amarres d’un jour qui se quitte grillagé d’airain, les eaux basses laissées par la marée, flottement sans bruit, l’abandon du ciel.
Celui qui se penche sans peur voit une fosse noire, une trouée intarissable, un miroir des regrets, des faux reflets, le cri du calcaire ensaché dans le sable.
©Perle Vallens

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Cicatrice

cicatrice ©Perle Vallens

Les cicatrices se déposent en traces invisibles depuis l’enfance.
Des griffes s’enfoncent chaque jour dans nos béances, élargissent les plaies jusqu’à l’os,
jusqu’à l’immensité de l’âme.
Le sang ne coule pas, les fluides se figent avec le temps. La glace prend toute la place à l’intérieur et la peau, au-dessus.
Il nous reste à nous couper les ailes avant de les rapiécer. Qui sait si un jour nous pourrons nous envoler.
©Perle Vallens

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S’ôter les mots de la bouche

S'ôter les mots ©Perle Vallens

S’ôter les mots de la bouche et gober ses émotions une à une, sans respirer, sans même y penser.
S’étouffer de la beauté des choses, fleur bercée parmi les fleurs, dans le flottement du matin.
Chanter encore si l’on peut et se repeindre un sourire.
Murmurer ce qui n’a jamais été dit, les secrets que l’on confie à la providence.
Offrir un orchestre à la voûte du ciel, lancer ses vœux, gagner ses rêves attrapés au lasso.
Ecouter la résonance des cymbales, le sifflement continu d’un vent ivre de nuages.
Certain de l’assurance de l’azur, aspirer la couleur du silence.
©Perle Vallens

 

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Pétrichor

coquelicot minéral ©Perle Vallens

Les mots sclérosés restent accrochés aux rocs quand l’écho s’est tu, quand le silence s’étend.
Des mots respirés à s’en gonfler les poumons qui expirent du manque d’air.
Des mots fossiles qui sentent la poussière, encore humides de leur vie sur terre.
Des mots froissés comme les pétales fragiles des fleurs déjà fanées.
Des mots qui flottent entre deux eaux et gagnent les profondeurs.
Des mots qui exhalent l’odeur des nuages en soupirs murmurés.
Des mots qui restent en suspens à la fin du voyage.
©Perle Vallens

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Beauté plastique

plastique ©Perle Vallens

Il y avait dans l’air une effervescence printanière, comme une évanescence, un air de déjà vu, ailleurs. Un souffle court égratigné d’hiver. Une balancelle entre les branches, un fuseau d’échappée blanche.  Une poésie d’altitude, d’incorrecte mélodie. L’impolitesse d’un envol.
Voir l’aile dans l’arbre entrelacée, la danse du vent, la chimère d’une transparence.
Voir les pampilles éparpillées, dans le pourpre de l’oeil, le pillage des saisons.
Voir la guirlande enneigée carbonique, la glace du coeur enfumée des givres absents.
Voir la peau bitumée, une caresse polyéthylène, la soie froide sur l’écorce.
Voir l’haleine grisée du bois, la brise pour l’ivresse, le tronc droit en son axe.
Voir l’âcre beauté plastique, la trace incertaine dans l’accroche du temps, une forme d’immanence ou une métamorphose.
©Perle Vallens

Clin d’oeil au petit homme au sac plastique de Vincent Es-Sadeq

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Peau de taupe

Carnet ©Perle Vallens

Il y avait l’idée d’un carnet de voyage. Un cahier de moleskine qui se noircirait autant que les doigts. Des pages blanches pour recueillir mes doléances et mes désordres, mes efforts de long cours, mes arrachages de dents et mes raclements de veine, mes débordements et mes vides, mes traits et mes déliés.
Il y avait l’idée d’une encre qui grave en longue traînée, en a-plats claqués, en stries-coutelas, une encre qui coule baveuse, vivante, sur les feuilles assoiffées, buveuses à lentes goulées.
Il y avait l’idée d’écrire. De lents griffonnages paresseux, des tatouages indolents, des fumées de sioux. Et des mots très courts, incisifs comme des coups de canif dans le papier.
©Perle Vallens