Emotion·Non classé

Poupée russe

Poupée russe ©Perle Vallens

Je ne donne par cher de mes os rongés, toute chair digérée. Une buée sur la bouche, dernière-bue comme un petit lait amer. Il ne reste que les yeux à rouler comme des billes. Je rétrécis à vue d’oeil, gigogne de moi-même. On m’entends à peine, on ne me vois presque plus. Je vais bientôt disparaître. Devenir de plus en plus petite, jusqu’à n’être plus rien du tout.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Blanc d’oeil

blanc d'oeil ©Perle Vallens

Qui de ma bouche ou de mes yeux parle le mieux ? Qui se tait, qui ne ment jamais, qui voit en songe toutes les vérités ? Qui salue, d’un battement de cils, tous les avènements, les épiphanies et les perditions ?
Mes yeux baillent pour mieux te laisser entrevoir, s’entrouvrent pour mieux te laisser pénétrer. Ils brillent et brûlent dans ton regard, ils prient tes mains et prêchent le blanc pour mieux voir le noir.
Mes yeux grands ouverts, c’est une double vue de vies multiples où lire l’essentiel. En aveugle.
©Perle Vallens

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Abortion

cailloux ©Perle Vallens

Des mots roulent
des cailloux dans la bouche
des galets échappés de la vague
empochés sous la langue
le verbe collé au palais

Se retenir de parler
taire les paroles trop sucrées
ce qui luit au bord des lèvres
ce qui gâte la dent trop dure
ce qui pourrait bien la casser

Pourtant il suffit de cracher le flot
pour expulser la lumière
Ouvrir grand la mâchoire et
avorter le dernier mot
©Perle Vallens

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Ricochet

Des ronds dans l'eau©Perle Vallens

Les pierres que tu as jetées résonnent encore à mes oreilles. Les sourires tracent des ronds dans l’eau. Ils s’étendent à ma surface en souffles, en fissures, ils m’assaillent dans mes plaines. Je les essuie, je les efface mais sans cesse ils reviennent et pénètrent mes rêves à mon insu. Jamais le silence, juste le clapotis de ta voix en sillons sur ma peau, juste le son de tes jetés sur mes os.
©Perle Vallens

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Vol au vent

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Les mots tout imbibés de rosée du jour refusent de sécher. Ils ont trop peur de mourir. Ils veulent rester des mots vivants au bord de la bouche, sur le bout de la langue, à portée de voix. Ils veulent pouvoir sortir et s’envoler. Ils veulent qu’on les voit bouger, danser entre deux vies. Ils ont l’éternité mais ils ont trop peur qu’on les oublie. Ils aimeraient qu’on les nomme, qu’on les prononce encore une fois. Les mots craignent l’immobilité encore plus que les ratures, encore plus que la gomme.

Le vent s’est levé, les mots s’emmêlent sur le papier. Le vent a soufflé, les mots commencent à s’affoler, à se mélanger les sens. Le vent a tourné. J’ai pu étendre mon poème. 

©Perle Vallens