Emotion·nature·photo n&b·poésie

Bataille rangée

Bataille rangée ©Perle Vallens

Déployé le soleil, les ailes des oiseaux, les silences noyés
Je déplie un à un mes cils battants sous le ciel
en persiennes, en morceaux de lumière
La place qu’occupe les habitants du monde ne cesse de grandir
voraces menant leur combat dans l’air brutal
grand bleu mordant des ventres à terre
Pigeons, corbeaux, mouettes, moineaux, le même acharnement
les accrochages et les chocs dans le contre-jour blanc
Leurs becs comme jadis nos bouches
dans le regard des étoiles absentes
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Artisanat d’art

Bandée ©Perle Vallens.jpg

Où disparaît l’ardeur des petits métiers, le rémouleur de peau, artisan des souvenirs rances ?
Les mains se frayent un chemin à travers le tout quotidien, les longues patiences, les heures supplémentaires.
Assis sur le côté, on peut toujours attendre la fin du travail bien fait. C’est sans compter les réductions de personnel, les vacations d’entreprise,  les promotions pour bonne conduite. Je préfère la mauvaise, le tissage à la ceinture, les eaux fortes,  la gravure qui encrent longtemps.
Où sont les travailleurs manuels, où sont les relieurs d’antan ?
©Perle Vallens

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Vie mineure

Vie mineure ©Perle Vallens.jpg

Lépreuse, le manque de peau, la main oubliée ne s’égare plus en chemin.
Le corps fracassé, tombé en miettes, la pâleur fragile de la disgrâce, tout resterait à reconstruire.
Regarder la direction prise, l’envol des oies cendrées comme le Phoenix.
Un réveil chanté à fleur de bouche.
La vie, tu sais, pousse grain à grain sous la poussière. Il suffirait de souffler sur la brume grise qui dissimule encore des espaces vierges, des arpents épidermes qui battent et brûlent à la nuit tombée.
©Perle Vallens

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Finish

finish ©Perle Vallens.jpg

La ligne d’arrivée. Je ne la vois pas, je la devine. En pointillé. Je ne cours plus, je marche. J’en vois qui sont arrêtés au bord du chemin mais tôt ou tard, il faudra bien qu’ils reviennent sur la piste. Je danserais bien encore un peu si je savais mais j’ai oublié.

J’ai été une coureuse de fond, les étoiles pour boussole, la chamade intérieure pour compter mes moutons, tout un troupeau pressé. Petite foulée. Le petit miracle quotidien. Attention à l’arythmie si on accélère le rythme.
Tout était une question de respiration. On me l’avait bien dit.
Personne n’échappe au poing de côté, l’uppercut qui stoppe net l’élan du cœur.
©Perle Vallens

 

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Pauvre Monsieur K

Pied et main ©Perle Vallens.jpg

Kafka connaît que dalle aux mouvements lents, à la musique dans la mollesse de l’estomac, la moelle épinière qui se dresse sous le son de sa voix. Rien aux abeilles qui font le buzz dans mon ventre, la ola, les applaudissements, l’effet papillon de ma bouche jusqu’en bas à chacun de ses baisers.

Kafka connaît que dalle aux délits d’initiée, aux petites délivrances entre ses bras, à la danse, aux langues partagées, aux transes de ses mains. Il ne sait rien des cratères qu’il crée et qu’il remplit, des bulles, des balancelles et des incandescences.

Non, Kafka connaît que dalle aux métamorphoses du corps, aux colonies qui gravitent dans les veines, aux coups de hache sur la mer gelée de la peau.
©Perle Vallens

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Pequeñita

Petite ©Perle Vallens.jpg

Ce soir, je suis redevenue toute petite. Minuscule. Presque rien. Une toute petite de rien du tout. Je traîne dans ma nuit si longue. Une peur ancienne, une peur du noir qui efface tout, une nuit sans lendemain. C’est une peur de rien du tout. Une peur plus noire que la douleur, plus forte que le chagrin, un chagrin de rien du tout. Une petite peur, un petit chagrin, ça vous étreint, ça vous écrase le coeur. Un tout petit peu. Un tout petit rien.
©Perle Vallens