Emotion·nature·photo n&b·poésie

Kissing ball

vieux tronc©Perle Vallens.jpg

Il n’y aura pas de gui cette année
Toute la sève a été sucée
Il ne reste plus qu’un tronc à l’écorce trouée
un nichoir grand ouvert
aux heures creuses et à tous les vents
un réconfort pour les oiseaux au bec tendre
un baiser de plume pour passer l’hiver
Il ne reste plus qu’une trace d’ours
ancienne et presque effacée
la morsure d’un nid de frelons
une croix gravée sur le tronc qui s’effrite
Il faudra attendre un printemps de plus
pour laver à grande eau
le temps qui passe
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Gravitation

gravitation©Perle Vallens.jpg

La nuit tombe de tout son poids, lourd de son assurance, de son éternel retour.
La masse s’étend fluide et dense en chape sombre.
Elle installe son souffle noir, sa toile démesurée sur la chaleur des chambres, dessinent sur leurs murs des reflets flous, des signes de l’heure qui passe.
Elle brise de toute sa force les bruissements qui s’estompent puis s’arrêtent.
Alors, le silence pèse aussi, de son immensité de désert.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Au pas, camarade

repos©Perle Vallens.jpg

La vie s’élastique, étirée comme un chat entre le début et la fin de ses neuf parenthèses.
Pensée à la verticale, la vie ne marche jamais dans le rythme de nos pas. Elle va plus vite ou plus lentement que nous. Elle nous dépasse souvent et nous laisse à la traîne. Elle nous reproche de passer trop de temps à rêvasser plutôt qu’à la suivre, plutôt qu’à la rattraper. Elle file dans le vent, tandis que nous attendons patients, qu’elle revienne nous chercher. Le repos loin de la vie est comme un avant-goût de la mort mais nous ne le savons pas.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Petite robe

petite robe©Perle Vallens.jpg

Ta robe, une autre toi à essayer pour voir si elle s’ajuste, si elle tombe bien.
Étrenner l’âme à la boutonnière, lisser les plis laissés par ta peau avec le temps.
Le tissu tuméfié, bleui à la surface te tasse un peu plus chaque jour. On ne sait plus qui prend la place de l’autre.
Les coutures craquent un peu aux côtés. Certains disent que tu as fait ton temps. Que tu devrais te déshabiller.
Définitivement.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Chromosome X

chromosome x©Perle Vallens.jpg

Née d’Elle, je suis Elle
poussée vers l’avant,
toutes ailes déployées
vers l’appel des saisons
toutes branchies étranglées
dans l’air des hautes sphères

Née Elle, à la feuille légère
à la langue minérale
lait infusé au sein
que la vie tête avide
du feu au ventre éclos
renouveau de l’éclat
l’étreinte du printemps

Née Elle, en flottaison du temps
la nef dressée, regard droit
l’à venir devant Elle
les vœux et les vérités
les vrais simulacres
et les pensées fausses
Les pansements sur le cœur
lourd de l’avènement

Retourner à la matrice
Revoir les hautes mers
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Jeu d’ombres

jeu d'ombre©Perle Vallens.jpg

Jadis, je suis allée là, j’y ai soupiré. Je passe encore par là, parfois.
C’est un endroit clos et pourtant ouvert, noir et lumineux, chaud et froid. C’est un espace en forme d’oxymore pour que les incertains et les contrariés s’y sentent bien.
C’est un sentier pour sillonner dans ses chambres intérieures.
On peut y trembler, y grelotter, y barboter de tout son corps, y crier à l’aise, y supplier, y prendre l’âme qu’on avait oublié sur le chemin, y pendre ses mains et tous ses membres, y pleurer de bonheur et de chagrin.
J’y ai tremblé, grelotté, barboté. J’y ai crié, supplié, pleuré.
J’y ai regardé mon ombre en face.
J’y ai encore croisé ton ombre qui était aussi celle de mon âme.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Neige

flocon de neige©Perle Vallens.jpg

J’ai rêvé la neige
le blanc sans bruit
la coulée lente des flocons
le tapis assourdi dans la nuit
Le blanc trop bref
trop sourd aux requêtes
Le tapis muet où l’on se coucherait
s’il ne faisait pas si froid

J’ai rêvé la neige
la promesse d’un silence
d’un lendemain de lumière
l’ivresse de milliers de milliers de cristaux
qui tombent en dansant
une pirouette d’étoiles
dans le noir de la nuit

Mais il n’y aura qu’une pluie fade, déjà fondue
sans relief, sans folie
rien que de l’eau plate gorgée de gris
rien qu’une goulée invisible
à l’ascension de ma langue
à l’a-pic de ma gorge

sans le sel de la bouche
sans la saveur du ciel
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Petit déjeuner

mousse ©Perle Vallens.jpg

La fréquence de la respiration calquée sur l’air glacé, j’avance sans vraiment marcher, une lévitation en somme. Un semblant d’apesanteur, une fausse légèreté. Je reste au dessus du sol creusé de cavités, de rigoles dans lesquelles je ne tombe pas. La mousse me retient en suspension dans les airs, dans le recul de la mémoire, dans la traversée du jour d’après. La terre mouille, l’écorce coule, tout s’épanche autour. Je bois mon petit matin accrochée à des mots muets que seule l’aube sait encore prononcer.
©Perle Vallens