Emotion·nature·photo n&b·prose·Short Edition

Le souffle du printemps

l'enfant et l'arbre©Perle Vallens

(…) Le temps s’écoulait lentement dans cette enfance méditative. Le garçon ne se lassait jamais, il ne quittait rarement son poste de guet agenouillé dans la verdure que pour la hune d’une haute branche de cerisier. D’en haut, tout lui paraissait à la fois plus simple et plus lointain. Il faisait corps avec ce promontoire de bois et de chair qui le faisait sembler plus sylvestre qu’humain (…)
©Perle Vallens

Un texte court à lire sur Short-Edition. Un peu de légèreté poétique par là-bas…

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Tenir sa langue

langue©Perle Vallens

La langue rongée, mordue dedans la bouche vide sur la longue rangée des mots. La langue coupée du reste du monde.
La langue tombée si bas qu’elle ne dit plus rien. La langue court les rues désertes, le désarroi des îles.
La langue s’échoue loin des repères connus, se cogne contre des paroles convenues.
La langue salive à l’idée de l’autre, depuis longtemps l’oublié, l’esprit vague qui hante la gorge.
La langue captive rend ses armes de feu.
©Perle Vallens

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Mur porteur

main©Perle Vallens

Abattre les murs élevés dans la nuit. Sans pioche, je tente d’utiliser le vent, les sens contraires, les mains s’il le faut. Ce qui gouverne le silence hésite entre deux moitiés de monde et la paupière tombe entre les parois. Gratter l’ombre reviendrait à éteindre le regard.
©Perle Vallens

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Signaux de phare

signaux de phare©Perle Vallens

L’air que tu respires est chargé de solitude, l’impression palpable qu’il n’y a plus qu’une seule paire de poumon au monde. L’oxygène est amer, tu déglutis entre deux goulées. Tu ressens le besoin de tousser, tu ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être par solidarité. Tu éructes de travers, deux-trois mots que tu ne destines à personnes en particulier, si ce n’est à toi-même.
Pourtant tu sais qu’il y a de la vie autour, tes voisins qui poussent la voix pour se sentir exister. Les fenêtres d’en face font comme des lampions, des lumières de fête. Des balises humaines flottent dans le noir, les sémaphores signalent une certaine persistance, la limite du cataclysme.
Tu te consoles comme tu peux, donner l’apparence d’un reste de lueur, de vérité au fond des vitres, quelque part au-delà du trottoir. Il y a autour de toi âmes qui vivent. Il y a là-bas des souffles qui perdurent, gonflés de tout l’air du monde où tu n’es plus. Partout, il y a encore quelque chose qui fait penser aux flots qui font les fleuves, aux jours qui font les saisons.
©Perle Vallens

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A la fenêtre

à la fenêtre©Perle Vallens

Ressort grippé de la planète, l’humain ronge son frein, l’immortalité à deux pas. Place nette tout autour, on entendrait voler un chat. Les oiseaux seuls saluent encore le soleil dès l’aube. Nous autres, les yeux collés aux fenêtres, baillons et crachons notre ennui sur les écrans fleuves du vide. La volière est ailleurs, cancane tout le jour, ne dort jamais que d’un œil. Qui honnit qui, l’homme en creux de lui-même. Qui applaudit qui, personne ne se dit meilleur ou pire pourtant l’ombre plane au-dessus. Le goéland de toutes nos peurs sans cri, sans heurt. Il reste juste là, menace ce qui nous reste d’humanité derrière nos yeux de mouette, le regard tendu vers demain comme une main. Quémander les miettes d’un soleil promis chaque jour. Respirer un air qui circule encore dans nos poumons. Sourire aride et édenté juste ce qu’il faut d’avoir mordu trop fort les affres âpres de la vie.
Derrière la vitre travaille l’or du jour, en grand. Le cinémascope dolby surround et technicolor fleurit la vision aveuglée, pixellise la lumière en paillettes qui pique l’oeil. Personne ne nous prendra cette part que l’on attrape prudemment, volets ouverts.
Alors, on sourit au soleil qui nous regarde.
©Perle Vallens

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Temps zéro

temps zéro©Perle Vallens

Le temps mort d’avant demain. Le temps du vide à ras bord.
Mettre le pied sur la margelle de l’année de référence. Le pas incertain, le buste branle, les bras en balancier. Trouver une nouvelle façon de marcher. Avancer à l’aveugle, sans trop savoir où l’on met les pieds ni qui a enlevé le paillasson. Même le chien ne peut plus s’essuyer les pattes.

Temps zéro où tu comptabilises les jours. Tu pourrais presque les marquer d’une croix sur le mur de ta chambre. Le temps trotte dans ta main droite, il bat la mesure au ralenti d’une mélodie qui pèse chaque heure davantage. Temps passé ne vaut pas mieux que temps à venir que temps que tu ne vois pas, même en portant ta main gauche en visière.

Le temps se dissout dans une absence de sons, silence triple couche qui tapisse les murs. La nuit lancinante s’étoffe en frottis doux sur le drap, le temps ne triche pas sur lui-même. Tu peux toujours compter les minutes, elles ne passeront pas plus vite.
Le temps se découpe à l’infini, en portions sujettes à disparition. Le temps s’avale à mesure qu’il mange. Sa digestion est lente et difficile. Aucun renvoi possible. Le temps va inexorablement, droit devant, tête baissée. Et toi, tu le prends de plein fouet, un peu plus chaque jour.
©Perle Vallens

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A cris perdus

reflets©Perle Vallens

Fragmentation des territoires
traversée des entrailles dans le sens longitudinal
défendre le centre ou assiéger le ventre
L’effet continu de nos incertitudes ne trouve plus de raison que dans la distorsion
Nous sommes en état de chaos cérébral
état de non droit des choses qui nous entourent
état de non reconnaissance de soi
Dans le monde morcelé qui nous sert de semblance
nous nous perdons de vue nous-mêmes
dans la falsification des miroirs
ceux que nous sommes supposés reconnaître
ceux que nous approchons ailleurs qu’en rêve
ceux que nous ne parvenons plus à nommer
De notre bouche coulent l’obscur ou la transparence
Les mots nous viennent à satiété
sans signification aucune
A la place sortent des cris qui ne sont pas les nôtres
©Perle Vallens

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De comptoir

chaque pas©Perle Vallens

La mort la vie
ce n’est pas ce que tu crois
La voie sans issue
déplacée détracée
sans échapper
aux choses sérieuses

La mort toute entière
contenue en toi
avant même la vie
T’en souvenir sans savoir

Là où tout finit
tout commence aussi
Là où tu finis
commence la grève
où les vagues roulent
L’horizon se perd
L’heure se grave
à chaque pas

Tu vis encore
à chaque mot versé
l’obole du jour
ton espoir en voix
les yeux grands ouverts
©Perle Vallens