Emotion·photo n&b·poésie·prose

Le temps qu’il faut

Prendre le temps de se regarder tant qu’on y voit encore, tant que la nuit n’est pas encore tombée.
Prendre le temps de se toucher, même de loin, d’un mot ou d’une main. Se toucher des yeux serait bien, se toucher en pensée comme on se ment, comme on se mange, comme on ne cesse de se poursuivre.
Prendre le temps de ne pas se parler, de ne pas se dire toutes les choses, de se taire.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Au ventre

au ventre montage photo©Perle Vallens

Caresse-moi ces ovocytes
Œufs en devenir
Vraie poule pondeuse
passablement hors d’âge
La blondeur au ventre
caucasien pur sang

Caresse-moi ce phénotype
de pseudo russe
procréation usurpée
Gestation longue
le geste après le nom
non acte de naissance

Caresse-moi cet avenir
ce futur que tu t’offres
dont acte de crime
de lèse-maternité
la supposition de
l’enfant à naître
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Froid

Il a fait froid.
Le sommeil est tombé sur le versant ouest sans se relever. La nuit l’a surpris éveillé tout transi quand les oiseaux se sont tus.
Le vent a piaffé dans les feuillages. Au matin, le cœur s’était pris dans un gel de roc qu’il a fallu chauffer au feu rallumé.
La faim a trompé le froid. La soif a creusé loin, sans remblai, jusqu’au désir profond, grands rouleaux rallumés de brandons.
Alors, l’ébranlement dans l’ombre de la main du pas né du jour.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·montage photo·photo n&b·poésie

Cavatine

 

You porn
You porn me
décortiquée
Capture d’écran
langue crue
écartelée

Quatre a quatre
l’escadron
bras arqués
couleur corail
plaquée chair
embarquée

Corps déhanché
percuté plein fouet
une brève aria
à la trachée
éparpillée
à travers chant

Coeur croisé
au bord des lèvres
mort précaire
chuchote rose
entre les cuisses
pression précise

A quel prix
à quel cri
caresser
l’idée du plaisir
le désir en
streaming
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Forêt

forêt©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.

Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.

Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens

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Etre rivière

rivière©Perle Vallens

Renaître de chaque pluie
Dévaler les vallées
entre chaque rang de pierre tombée
entre chaque rive de chaque lit
Courir le jour comme la nuit
dans la clarté de l’eau
Chanter parfois doucement
le cristallin entre les cuisses
Passer à travers champs
à travers voix
Sentir l’aube se refléter sur la peau
Pâlir sur le flot des chairs
Gagner à gros bouillons l’estuaire
Aller jusqu’à la mer
©Perle Vallens