Montage photo-vidéo (pas de moi, du net, avec du BB et MM dedans entre autres), poème sur la beauté et ses écueils, musique de Claude Debussy. Bon visionnage, bonne écoute !
Mois : juin 2020
2 poèmes graphiques
Mots à la bouche

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens
Phosphènes

Oeil fermé se devine
grésillante d’entre les noirs
la proie rêvée des ombres
la pupille persiste
et signe son arrêt
de sens à ce qui est
vu ou non vu
ce qui semble
ce qui fait trembler
au plus loin la ligne
d’horizon
©Perle Vallens
Soulever les mots

Tu soulèves les mots, c’est ton activité favorite. C’est un exercice quotidien pour muscler la langue.
Tu soulèves les mots doucement au début parce que les premiers mots sont lourds. Tu soulèves les mots comme des pierres pour regarder dessous. Tu cherches la mousse, l’humus accroché aux mots. L’humidité, c’est signe que les mots sont vivants.
Tu ajoutes ta propre salive pour mouiller les mots. Ça glisse mieux ainsi. Les mots mouillés s’entendent mieux. Fraîchement humectés de sens, les mots se comprennent mieux. On se comprend mieux. Si je mets mes mots sur ma langue directement dans ta bouche, peut-être que toi aussi tu comprendras mieux.
La salive, c’est le soleil pour faire pousser les mots. Celui qui dit est toujours un peu jardinier. C’est facile de faire germer des mots sur le bout de sa langue, c’est donné à tout le monde. Mais il faut aussi prendre le temps de voir grandir le mot avant de l’expulser, avant de l’offrir. Un bouquet de mots ne s’improvise pas il faut y mettre les formes, la ponctuation, les respirer, connaître le chant du mot nouveau-né.
Tu soulèves les mots avec la langue, tu les galbes, tu les glisses, tu les sens. Ils sont volumineux, vivaces, tu en veux plein la bouche, persistants, tenaces. Pour un peu, tu les garderais pour toi.
©Perle Vallens
Mal vue

J’ai cassé mes lunettes
Un manque de solidité du présent sans doute
Un défaut de fabrication du fil qui retient
les ombres des vivants
J’ai cassé mes lunettes
comme on se casse les dents
sur les heures qui passent
comme on se casse la tête
à imaginer ailleurs
comme on se casse la gueule
contre les vitres vierges du jour
J’ai cassé mes lunettes
Du coup je n’y vois plus
Aveugle par essence
j’ai besoin d’un troisième oeil
ou d’une langue plus longue
une langueur d’avance pour
mieux voir les dents du poème
dévorée volontaire des mots
qu’on avoue sans torture
©Perle Vallens
Sur le sable (vidéo)
Montage photo-vidéo associé au son diffusé sur souncloud, Sur la plage.
Les oiseaux

On a beau dire, les oiseaux aussi ont faim. Les oiseaux manquent parfois leur proie. Eux aussi piquent du bec dans leur assiette ou dans celle du voisin. Il paraît qu’il y a des oiseaux cannibales et d’autres infanticides. C’est dire s’ils ont faim.
On a beau dire, les oiseaux aussi ont peur. Il n’y a pas seulement la peur du vent ou des ouragans. Eux aussi ont peur des prédateurs qui tuent dans le nid les prochains migrateurs. Il se dit qu’ils ont peur des chasseurs et aussi des photographes. C’est dire s’ils ont peur.
On a beau dire, les oiseaux aussi se font la guerre. Les oiseaux se prennent le bec pour un oui ou pour un nid. Eux aussi se disent des noms d’oiseaux. Croyez-le ou non, certains ont même des crocs pour mordre l’air et parfois la poussière. C’est dire s’ils se font la guerre.
On a beau dire, les oiseaux aussi se perdent en chemin. L’oiseau erre dans le ciel qui est un paysage sans paysage. Eux aussi sont désorientés par leur propre élan. On raconte que l’oiseau rapetisse pour retrouver ses repères. C’est dire si parfois il se perd.
©Perle Vallens
Sur la plage (poésie sonore)

(…)
Sur la plage, je
Sur la plage, je rejoins le jour
J’erre dans le jaillissement fragile
(…)
Sur la plage s’écoute sur soundcloud.
Fenêtre de tir

Tuer avant que cela ne vous tue
Bon pour un tir par jour
six coups d’une salve
valable à vie
Elimination des angoisses
et de la tristesse garantie
Toi aussi tu peux apprendre à tirer
sans frais de dossier
sans défaut de procédure
La mort par procuration
s’appréhende s’apprivoise
s’applaudit
Dire qu’il suffit d’ajuster
sa cible des dimanches
un peu de suie de la poudre
sur la paume des mains
un peu d’avance sur
les cendres parsemées
l’engrais nécessaire
pour faire pousser
du bon côté
©Perle Vallens

