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Mauvaise herbe

 

mauvaise herbe©Perle Vallens
Photo Perle Vallens

Les pensées naissent prématurées. Elles sont de l’art pariétal non encore inscrit sur les murs.
Les murs, il faut d’abord les monter. Ils sont par terre. Ils se sont écroulés faute de pensées pour les faire tenir.
Les pensées sont le ciment pour faire tenir débout. Les pensées redressent. Elles donnent une stature. Elles sonnent juste seulement quand elles sont droites.
Parfois les pensées poussent de travers comme le chiendent dans le jardin. Il faut arracher les mauvaises pensées. Il faut les arracher une à une à la racine, dans le creux du sillon, à la source. Il faut les arracher à la naissance. Il faut les arracher d’un coup sec mais avec la tendresse qu’il sied pour toute pensée. C’est une question d’humanité envers toute pensée, même mauvaise, même si elle devient un mauvais rêve.
Il faut arracher les mauvaises pensées précisément parce qu’elles sont mauvaises. Le conseil est de les arracher avant qu’elle ne se ressèment, avant qu’elles n’essaiment les pires pensées.
Il convient de détacher chaque pistil avec précaution et de le vendre au plus offrant. Il y a toujours acquéreur de mauvaises pensées.
Il faut déraciner en conscience. Il faut extraire et déterrer toute trace de pensée. Il faut débroussailler tout l’espace jusqu’à l’espérance, faire place nette pour les meilleures intentions.
Surtout, il faut se boucher les oreilles pour échapper au cri déchirant des mauvaises pensées. Les pires pensées nourrissent les cauchemars de leurs cris.
©Perle Vallens

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Clé

clé©Perle Vallens

C’est une histoire de clés échangées. Parfois elles ouvrent une porte, parfois elles verrouillent, c’est fâcheux. Parfois, fichées dans la serrure, elles tournent à vide. C’est fichu.
Elles savent ce qu’on leur doit. Elles œuvrent à l’échange, à l’échelle de deux, une conversation pour s’ouvrir. Elles disent tout ce qu’elles savent des intérieurs. Elles volent les images, elles divulguent les paroles, elles échappent à toutes les vigilances.
Elles finissent par délaisser les portes pour les poches, faute de serrurier.
©Perle Vallens

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Rêver, si seulement

rêver©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens

 

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Bouche ouverte

bouche ouverte©Perle Vallens

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens

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Les pages du livre

livre©Perle Vallens

L’ascension ou la scène
on ne sait jamais bien le rôle qu’on nous a assigné
la patience comme os à ronger
la sensibilité feinte la moelle à sucer
Plonger ses mains dans le seau sans savoir
ce que l’on va repêcher
quelque chose à mordre ou qui nous mordra
Cracher au visage du livre qui danse au creux du ventre
toutes ces pages déjà écrites et effacées
toutes celles qu’on peut encore lire
toutes celles qui sont reliées entre elles
liasse comptable à parcourir
liesse parfois ou lassitude
toutes celles qui laissent supposer
l’abstention et le silence
Je serai encore là au prochain chapitre
©Perle Vallens