
Le pied se pose toujours au bon endroit, celui du nouveau pas, du bon passage, du passé au présent. Il se pose à la bonne place. Il tient son rôle. Il le connaît par cœur depuis le temps. Le pied connaît la leçon. Il connaît la chanson depuis qu’il a deux ans. La mélodie n’a pas changé. Il faut dérouler. Il faut chanter le déséquilibre provoqué, l’art de se rattraper, la maîtrise des orteils, l’assurance du talon. Le pied connait bien la marche à suivre.
Parfois, le pied aurait besoin d’une béquille, d’une semelle orthopédique pour réparer l’incertitude du pas. Le pied qui hésite renvoie à quelque chose d’ancien, quelque chose d’enfance. Le pied hésite à passer le cap, à passer le pas. Il hésite à s’aventurer. Il a sans doute peur de l’incertain, de l’à peu près. Le pied n’aime pas les surprises, ni les entorses. Il suppose qu’il peut rester encore un peu immobile avant de se poser plus loin. Il s’imagine que le chemin peut venir à lui. Le pied change d’avis en fonction de l’aspect de la route. Il a besoin d’un minimum de confort, d’un peu de confiance. Il a besoin d’assise et de stabilité, il a besoin de prendre une grande inspiration avant d’avancer.
Le pied n’avance pas masqué, il se pose franchement, bien à plat, ventre à terre. Finalement, il faut se jeter à l’eau sinon on fait du sur place.
©Perle Vallens