
Au viseur, voir loin, par-delà l’ossature, par-delà l’espace clos et les jointures, par delà les possibilités. Voir avec précision, avec suffisamment de persistance et d’acuité, exercer son sens de l’observation, son sens de l’à-propos, de l’à-coup, de l’accélération imprévue des événements, sans transition, sans déperdition des détails. Voir avec clarté la désinvolture, l’absence d’objectif, la démesure de la désolation. Voir et se garder d’interpréter, se laisser imprégner par ce qui est vu. Il faut basculer de côté. Il faut garder ses distances, biaiser le regard. Il faut répartir les sensations, les laisser émerger, pointes d’iceberg à la surface, les suivre, les installer en soi, durablement. Il faut apprendre la lenteur, ralentir le temps et l’espace entre l’envol et l’atterrissage. C’est ce que font les oiseaux pour laisser le moins de plumes possible.
©Perle Vallens