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Pommes pourries

Il est une flottaison continuelle du temps, l’écoulement inclassable qui ne permet pas la pleine possession des instants précieux.

La fabrique des jours ignore les appels, les efforts prévisibles, la précision des secondes. Elle se dilue, dévale les pentes, déplie le ciel..
Elle se défie des attentes, ignore le lendemain, réfute toute impatience. Pas d’affût, pas de démission. Le flou laisse la place à toutes les possibilités.

Le défilement des paysages se tissent de sol sec et d’humus, l’humide empreinte, les meurtrissures et les oraisons. Il se fiche des branches sur le passage, il s’effiloche dans l’ombre de pierres empochées. L’offrande de l’arbre effeuillé tombée au pieds..
Les pommes ont roulé et pourrissent d’un sourire à la terre.
©Perle Vallens

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Aussland & Heimat

Penser l’épaisseur du corps comme une habitation que l’on quitterait parfois pour mieux y revenir. 
Penser que c’est un corps étranger, le souffle de l’inconnu qui respire pour nous, à notre place. Penser qu’un recul est possible, souhaitable, une disparition peut-être. 
Penser que l’effondrement de son corps ne peut tout à fait nous atteindre. 
Penser que ce qui se pense n’est pas le fait du corps, qu’il compte pour rien dans l’intention pure de l’esprit, qu’il est désacralisé, destitué de son rôle, désuni. Penser qu’il ne subsiste que dans la forme qu’on veut bien qu’il prenne. Le corps se déstructure et se désosse pour ne laisser que la fausse impression d’un espace vide. L’absolue nécessité de recouvrer le corollaire d’un abri pour soi, pour l’âme. L’impérieux à la fois d’un feuillage et d’un nid où reposer.
Le corps est Aussland et Heimat. 
©Perle Vallens

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Jour-nuit

Lorsqu’une lumière s’éteint, une autre s’allume. Lorsqu’une se voile, une autre s’évertue à naître. La naissance de la lumière est un petit prodige pour celui qui collectionne les prodiges. Un petit miracle pour celui qui croit aux miracles. C’est l’insensé de la lumière, que l’on coucherait bien sur la pellicule sensible, que l’on coucherait bien sur soi, une couverture de lumière. 
©Perle Vallens

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L’oeil

L’œil est la partie la plus lumineuse du corps. Tout s’y reflète. Même les ombres qui ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. Plus noires que le noir dans le blanc de l’oeil.

L’œil est la partie la plus claire, l’ouverture du corps où pénètre la lumière.
L’œil s’ouvre très précisément à la lumière. Grand ouvert comme une bouche pour l’avaler.

La lumière incise l’œil comme un couteau. La lumière ouvre et remplit l’œil. La lumière coule dans l’œil, Elle coule à fine gouttes. Elle scintille dans l’œil. Toujours l’œil se remplit de cette eau-lumière. 

Si on regarde dans le blanc d’un œil on y voit des vagues. L’eau y remue. L’œil est humide. Il boit toute la lumière qu’il peut.
L’œil se fendille et devient liquide. A force, il coule en lui-même et se noie. La noyade lave l’oeil de toutes les ombres. Il redevient un lac où la lumière remue doucement.
©Perle Vallens

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Les manches retroussées

Il a l’expérience du travail. Il sait se retrousser les manches. Il est son propre témoin. Il jure qu’il sait transpirer. Il jure que sa chemise colle dans son dos sans sa permission. Il jure qu’il sait résister, qu’il sait persister, et même qu’il sait signer tous les parapheurs qu’on lui tendra. Paradis artificiel. Perforeuses automatiques. Machine à café. Le papier se broie au noir, sans crème.
Et le compteur tourne dans l’usinage des rêves. 
©Perle Vallens