atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

L’ombrageux

C’est le soir que je préfère, au pied du grand ombrageux à l’extrémité nord du jardin. Là, je regarde les feuilles s’agiter. C’est dans la pénombre qu’elles tremblent. C’est à la saison prochaine qu’elles tomberont.
Dessous, l’écorce est la peau qui m’abrite. Elle craque mais ne fend pas. L’arbre s’érige dans toute sa puissante verticalité en protecteur. Sa vitalité me traverse, sa douceur m’assemble, je me rapproche, je me reconstitue.
Il m’offre les cordages de ses racines, chevillées à mes jambes. Allongée dans l’herbe tiède de la fin d’été, je m’absorbe dans le murmure du feuillage. C’est le chant de la mélancolie et des fanaisons à venir. C’est un sifflement qui étourdit, qui engourdit et apaise. Une lente litanie, une petite brise, un baiser qui se dépose sur mes joues et mon front.
Les feuilles palpitent, elle papillonnent au bout des branches, mains au bout des bras, et c’est dans le prolongement du tronc que dure le souffle. Elles s’étoffent en vert, s’étirent, tracent des mouvements souples qui se perdent dans mon iris et renaissent dans mes veines.
Elles tanguent, elles me guettent. Je les rejoins. D’en bas, j’atteins la cime, si haute, touffue, plénitude affranchie de toute folie humaine. J’étreins leur respiration. J’embrasse qui m’embrasse. J’entre dans leur petit désordre végétal, l’impression fugitive d’être si légère.
Enciellée comme elles, je vole. Elles volent en moi. Elles vivent en moi jusqu’à la fin du jour.
©Perle Vallens

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