
Caviar 19

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Chair tiède autour
une torche faite femme
brûle depuis l’intérieur
faite brasier ou soleil
par temps de lune
une brume chaude à envahir
les désirs froids
©Perle Vallens

motif favori
le vent nous dit de nous abaisser
pour mieux voir d’en bas
les bras devenus buissons
devenus lambeaux durs
devenus tentatives de naufrage
une brutalité d’ouverture pour embrasser le ciel
une perspective de plus dans le ruissellement
motif à repeindre aux couleurs qui ne mènent nulle part
motif à préférer la lumière d’orage
à friser la mélancolie
à rafler toutes les mises
finalement
motif à refleurir
©Perle Vallens


conciliabule inconciliable
symphonie inachevée
suite sans repos sans reprise
quelle réponse donner au doute
dans l’échancrure du matin demeurent
trois mots en suspens mal placés
mal assis dans le repli carré
d’une pulsion
la possibilité d’une bouche
©Perle Vallens


Le cerveau plane au blanc
expérience toute contenue
sa complexité d’organe conducteur
du plaisir animal
Sa machinerie d’invertébré
travaille l’oeil creuse caresse
le réceptacle des photons
jusqu’au cortex
Promesse tenue du jour
filtrée par la lumière
©Perle Vallens
Ce poème est tiré d’un recueil en cours, Carcasse.

la première goutte
froide
trouble fluide
terriblement trompeuse
intarissable
a trahit le mot pluie
a traversé le ciel à plein seaux
à pleines menaces stratosphériques
tombée en trombes
les premières gouttes
froides
périlleuses rectilignes
n’ont prévenu personne
de leur déséquilibre
multipliées au quintuple
n’ont prévenu personne
qu’elles donneraient un spectacle
de mort
©Perle Vallens

Le corps est à particules
à énoncé fixe dès sa naissance
on ne le choisit pas
On bute on tombe dedans d’emblée
on se met en place dans son bassin
on glisse ses yeux dans ses orbites
Il reste toujours des ajustements
Il y a des flottements entre les circulations
et beaucoup d’espace
5 milliards de milliards de milliards d’atomes
et beaucoup de vide quantique
L’inexacte métrique du corps
sa mystique de composite
de mécanique complexe (et sa burette d’huile)
un sacré coup porté à sa vérité
à ses rouages mystérieusement
pleins de vide
©Perle Vallens
Poème tiré d’un recueil en cours, Carcasse

La mort a un drôle de goût. Un goût de viande froide. Un truc fade qui s’accroche au palais.
Elle colle, elle se cuisine mal. Il faut d’abord déloger les poils. Il faut déployer un peu ses ailes, replier sa tête. Sa vilaine tête de mort. Il faut lui parler franc. Elle sait très bien qu’elle est difficile à digérer. A peine mangeable.
On peut trouver d’autres ingrédients pour rehausser un moment final. Trois fois rien pour faire passer. Trois fois pour un rien définitif.
Le trèfle à quatre feuilles par exemple, est un bon exempe. La mort s’en tatoue la poitrine et ça lui fait un trou sur la peau.
Ça fait un peu peur aux enfants. Pourtant on avait confiance dans les trèfles à quatre feuilles. Et on avait confiance dans sa bonne étoile.
©Perle Vallens