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Ce que la lumière pèse

La lumière ne pèse rien 
que son poids de réalité augmentable 
que sa densité perceptible pour les yeux 
Ce qui se voit pèse parfois des tonnes 
On ferait disparaître dans l’ombre 
cette masse limite non admissible 
ou l’on fermerait les yeux

La lumière pèse à peine plus qu’une poussière dans l’œil 
à peine une lésion qui entame la pupille 
tout au plus une gêne qui fait cligner 
rien qu’une escarbille jusqu’à ce que 
l’onde décline 
Ses particules s’éparpillent diffractent
jusqu’à distance respectable
jusqu’à dissolution suffisante
de tout rayonnement 

Seule la nuit connaît le soulagement 
Seul le noir sait alléger la lumière 
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

A la truelle

son hypnotique de la truelle
racle lisse terrasse la matière
caresse palisse dans sa lenteur
ce geste sans impatience
tapote rompant le rythme et le charme
tasse essuie reprend l’envoûtement
le voile de ciment à ceinturer l’existence
presse lessive insiste sur la fissure
ce qui s’effrite parsemé de doutes
ce qui se regarde en face
toutes cicatrices confondues
ce qui ricoche d’emblèmes pierreux
de roches qui s’écroulent
sans linteau pour retenir la scission
ce qui ronge le cœur même
au bord de l’épuisement
la fission brutale du noyau
l’éclatement total l’éparpillement fluide
ce qui se répare le trou béant dans la structure
le rafistolage des pistes brouillées
attraction de couches successives
espacements expulsions extrasystoles
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Silice

Loess silice sols oxydés
Roches maigres dénudées
Nous sommes déliquescence
Nous sommes délitement progressif
Nous sommes tremblement de chair
Nous sommes tressaillement des crêtes
Nous sommes effritement des craies
Écrasés à ras de terre nos corps
terrassés que poudroient nos terreurs
Il est temps déjà atteint par les vents de révolte
Il est temps de se relever de la poussière
Il est plus que temps pour les meilleures volontés
Nous ne savons pas s’il est encore temps pour les délicates attentions
©Perle Vallens

corps·photo couleur·poésie·prose

Blanchi

Au corps le corps reconnaissant, dédicataire de lui-même. 
Le corps anachronique a des désirs de grandeur qui ne sont plus à sa portée.
Vieilli, blanchi, claudicante consécration de l’âge, corps bêtabloqué en soutien du cœur.
Il durera ce qu’il durera.
Son plein potentiel, humain moins humain mais position méta. 
Le corps polymorphe dans son désir d’être est une foule à lui seul. 
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Naine blanche

quelle voie intersidérale
idéale régulation des idées fixes
si l’on faisait tournoyer la tête
comme essoreuse à salade
comme piste aux étoiles
comme toupie vaine
elle naine blanche
sans plus de compagnon stellaire
que de souffle de chaleur de lumière
en perte d’équilibre son cœur mis à nu
en perte de son point de gravité
tomberait à pic son corps noir
rayonnera encore pourtant
©Perle Vallens