
Caviar 21

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Se dit des larmes
Se dit de la désolation
Se dit de l’impuissance
Se dit de l’abandon
Se dit de la peur
Se dit de l’immense tristesse
Se dit du cri comme du silence
Se dit de la lumière noyée dans le rouge
Se dit de l’impossibilité à rester
Se dit de celle à traverser le rivage
Jamais nager ne fut si vain
Jamais rien ne peut échapper
aux flammes qui mangent toujours plus loin
bien au-delà des forêts ravagées
bien au-delà des maisons et des vies
bien au-delà de ce seul pays
Le monde se fait feu
façon de représailles
partie immergée des glaciers
avant fonte totale
©Perle Vallens
soulever la terre lente
au sortir du caveau
écoper les pierres
charrier la lourdeur
tombée en poussières sur les épaules
se frayer un passage
entre les voies possibles
on ne compte que sur soi pour
choisir la meilleure
on tremble dans nos propres mains et
dans les peurs croisées au détour
des murmures sur les bouches
©Perle Vallens

Sur un lit de fer douillettement molletonné, s’étalait une ode à la sensualité…
Courbes rondes, opulence d’albâtre, cheveux de jais et front bombé,
La belle alanguie bercée par une comptine coquine, rêvassait.
La peau fine sur le poignet, translucide, appelait la bouche
et la fesse moelleuse, divers ustensiles prompts à allunir et aptes à l’attendrir.
Longue, droite, la penne entra en scène dans une main de vilain.
Flatteuse, elle promena sur la peau lisse, ses douceurs et caresses, avec tendresse.
La peau frissonna de plaisir, se chair-de-poula et s’offrit davantage.
Mouvante sur le muscle qui ondulait, elle faisait des vagues pour aller à la rencontre de la plume, sa nouvelle amie.
Or la plume ne l’entendait pas de cette oreille, elle fit volte face, et glissa cul pointu sur l’épiderme, fortement désireuse de marquer territoire et d’apposer sceau. Mais gare à la signature, qu’une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Quelques traces dessinèrent, fendues, sur la soie d’un lobe laiteux, puis la plume disparut dans le sillon, parcourant les méandres liquides dont elle se barbouilla copieusement. Plongeant dans cet encrier improvisé, elle émergea, barbes ébouriffées et hampe humide, sourire large, pour venir graver quelques signes sur la peau marquée. Traînée fluide et rosée imprimant à la peau frétillante quelques lettres en forme de devinette, la plume allait bon train au creux de ces reins. Quand elle eut couvert toute la peau de lignes et de cyprine, la plume resta interdite, dans la main du vilain, dont elle vint alors taquiner le vit… Et la peau se retrouva toute chose, un peu perdue sans son amie.
Mieux vaut une main à plume, qu’un manque de peau.
©Perle Vallens
Cette fable est une vieillerie écrite en 2016, exhumée à l’occasion de cette édition de l’agenda ironique, avec le thème de la fable proposé par Max-Louis.

La mort est au pain sec et à l’eau
se serrera la ceinture
La mort ses gorges chaudes
ravalées sans sel ajouté
partagera les mêmes pièges
que la vie
L’incertitude l’attente infligée
toujours les mêmes foules
sans visage
Chaque fois la mort regarde entre ses jambes
et n’y voit que la nuit
©Perle Vallens

Ce premier livre est en fait un livre de photographies sur l’enfance empreint de poésie et annoncé hier sur mon autre blog. J’en reprends ici la présentation.
Les choses de l’enfance ne meurent jamais totalement.
Chaque jeu, chaque découverte nous nourrit, nous construit dans
notre vie d’adulte. Nous grandissons avec elle.
Nous passons les épreuves de la vie, nous passons les âges mais
l’enfance nous accompagne, enfouie. C’est un paysage intime qui
s’élabore et se regarde pas strates et qui fait de nous notre propre
archéologue…
Ainsi débute ce petit livre de photographies sur l’enfance, dont le format s’accorde si bien avec la thématique. 130×130 et 64 photos en noir et blanc pour rythmer l’enfance, 64 carrés d’embellie pour la faire rimer avec la joie qui perdure, bien au-delà. Puissent-elles être le conducteur vers vos propres souvenirs, vers votre propre joie.
Le livre est édité aux éditions Jacques Flament et disponible ici. Il peut aussi se commander chez votre libraire.
En voici un aperçu, feuilleté…

Douce, moelleuse, chaude, fondante. Ouverte à la main qui s’imagine. La main qui imagine de son côté la chair douce, moelleuse, chaude, fondante. La main invente les contours, la mollesse, le soyeux, rehaussés d’un souffle chaud depuis le ventre. La main entend respirer du plat de la paume, voit se gonfler, la main sait les mots prononcés en rêve. La main visite de toute sa puissance inventive, captation d’une source intérieure, d’une douceur qui dissimule un grondement de fauve. La main se glisserait sans crainte de se faire mordre. Un doigt, puis deux. La main entière disparaîtrait en quête de nouveauté, exploratrice du plus profond. Peut-être pour s’y cacher ou s’y mettre à l’abri. Peut-être pour se vêtir de doux, de chaud, s’y enrouler. La main faite liane, longue, s’allongeant pour s’enfoncer.
La main en allées et venues, sur et sous la peau, entre les chairs, entremêlées, entre l’humidité et l’abîme, le moyen d’y pénétrer et de s’en extraire. La main tentaculaire gesticule, se colle, ventouse, dévale, dévide ses doigts. Une bestiole dans une bestiole. Hallucinées.
©Perle Vallens

celui qui ronge sa corde
comme on ronge ses propres veines
chanvre résiste à peine à la force
auto-immune du rongeur qui
persiste à ronger
se libérer est un leurre si grand
qu’il devient un rêve
il faudra une vie de cordes
pour ne pas y parvenir
©Perle Vallens