Actualité·corps·photo n&b·poésie

poids d’une pierre / autour du corps par le Jeudi des mots

Notre propre corps nous accable
tout ce poids porté sur nos épaules
la sensation bien pesée de pour et de contre
et la déformation des os
grossis avant la poussière
Chaque corps est une pierre
lourde d’elle-même
©Perle Vallens

Quelques photographies et deux poèmes de Carcasse ont été sélectionnés à l’occasion du Jeudi des mots, dont le thème actuel est « autour du corps ».

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b

Nous

Nous, personne ne sait d’où nous venons, ni où nous allons.
Nous marchons le dos creux comme arbre mort.
Eux disent que nous sommes déjà morts. Peut-être n’ont-ils pas tort. Peut-être ne sommes-nous qu’un peu en avance sur l’horaire. Peut-être avançons-nous vers une certitude dont nous sommes déjà marqués. Mais l’horizon semble toujours reculer plus loin.

Ils disent que nous sommes des fantômes, que nous flottons entre deux os, que nos squelettes ont été reconstitués il y a longtemps, que nous sommes de bric et de broc, bringuebalant, branlant de tous nos membres absents, oscillant de nos crânes vides.
Nous avons les mains vides et les bras inertes. Nous avons des têtes que nous portons sans peine. Nous avons des corps engagés dans l’action, des corps rompus à toutes les occupations, des corps qui se souviennent et qui devinent à l’aveugle, la conquête de l’avenir.

Ils disent que nous n’existons pas. Pas vraiment. Que nous hantons les lieux parcourus jadis. Ils prétendent que nous sifflons comme on expire, que nous soufflons une haleine métallique qui ferait cliqueter nos dents.

Nous ne sommes pas des croix parmi d’autres.
Nous ne comptons pas pour rien.
Nous savons très bien qui nous sommes, où nous demeurons, ce pour quoi nous sommes encore là.

Ils pensent que nous revenons de loin.
Alors que nous avons toujours été là.
Nous sommes tremblement et percussion. Nous ne sommes pas les invisibles, les intouchés, les indésirables que l’on veut faire croire.
Ni spectres ni monstres, nous sommes seulement histoires et souvenirs. Nous sommes transcendance.
Nous réfutons notre inutilité.
Nous révisons nos leçons et protégeons nos arrières.
Nous percutons de plein fouet notre devenir.
Nous affolons le vent.
©Perle Vallens

montage photo·Non classé·photo couleur·poésie

Jamais les mots

jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens

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Nuage à la bouche

substance baudruche 
gonflables à mesure qu’ils se chargent
de leur poids du jour
les nuages cherchent leur expansion
laissent échapper leur blancheur 
pourraient franchir les frontières du ciel 
trouvent une bouche plus grande qu’eux 
qui les aspire comme rafale 
les avale pour de faux
bulles de chewing-gum barbapapa
neige impalpable en suspension 
poudreuse mangée entre les lèvres
©Perle Vallens

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Lui

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois

©Perle Vallens