
Charger la gorge. Pleine. Les mots comptent double. Double peine. Ils connaissent la multiplication des langues, leur duplicité. Ils fractionnent le sens grossi d’aspérités fonctionnelles.
Les mots s’empilent. Ils reposent sur leurs propres fondations. Manquent de solidité. De certitude. Mots creux, cariés comme dents de lait, comme souvenirs d’enfance. Les mots tressautent dans leurs cordes, s’entassent sur les chevaux de bois, s’effondrent sur le canapé. Manquerait plus qu’ils s’endorment. Il faut les réveiller, les secouer de leurs images trompeuses. Structure gonflable dilatée, pleine d’histoires du passé. Gros œuvre prêt à exploser. Base à revoir, à solidifier. Cimenter les choses dites. Parce que flottements. Parce que phrases soumises à porosité.
Ce que je dis prends l’eau, se noie dans le trop plein, dans les débordements. Ce que je dis finira par s’évaporer. Ratiboiser, raser sec. Maîtriser les mots. Les dompter pour leur faire dire ce qu’ils refusent d’avouer. Les faire grandir. Tisser lettre à lettre, forcer la conjonction, presser sur la ponctuation. Entrefeuiller nos traces et nos désirs. Le meilleur est à venir.
Les mots sont un jeu de construction dont le chantier se renouvelle chaque jour.
©Perle Vallens
écrit pour une revue qui ne verra pas le jour