
Noyée

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…



pixels tombés dans la cavité du crâne
noir comme un trou
par où passe la lumière
par où elle étreint trop
(mal embrasse)
l’espace d’où elle s’échappe
se nomme malchance
c’est par aveuglement que nous y perdons
le sens des choses
que nous nous couchons trop tôt
sans sommeil
mais l’appât du rêve d’où pourrait
éclore un nouveau soleil
©Perle Vallens


image pieuse instable
creusée profonde ne se refuse rien
ma gorge fume du gaz
de la cuisinière
avec fort risque d’explosion
ma gorge en feu est souffle rendu
air pour air sans privation
ma gorge est épopée ou sanctuaire
tous montés sur leurs grands chevaux
tous chemins de pèlerinage
ma gorge se parcourt à fortes prières
à grandes enjambées sans aucun
ménagement des langues
©Perle Vallens

On sait ce qu’on a à faire
Activer ses entrées (et ses sorties de route)
Ouvrir tous les fichiers tous les documents
Sélectionner chaque élément non classé
chaque registre non inventorié
chaque image détériorée
car matrice non opérationnelle
car menace de bloquage système
Transférer tout ce qui a été infecté
ce que la vie a virussé
Tirer à vue liquider le mode échec
Quitter le port tant qu’il est encore temps
Optimiser ses garde-corps
Scroller mieux, scroller loin
Spamer toutes ses peurs
Vider son stockage mémoire
Ne pas parler, laisser faire l’attente
Régler son désespoir sur le pas de l’autre
Passer par pertes et profits chaque déficit chaque détresse embryonnaire
Renommer tous les dossiers classés sans suite
Enregistrer chaque modification dans son disque dur dans ses discours intrapersonnels
Réamorcer ses fusées de détresse
Réinitialiser son gps interne à la recherche de son nord de son nom
Etirer sans cesse ses muscles et ses nerfs
Initier des métamorphoses, des modifications profondes
Entrer des métadonnées dans ses circuits
Troquer l’eau contre l’alcool
et l’huile de coude
Puis redémarrer ou se mettre en veille
©Perle Vallens

les mains supplient
essuient essorent les désastres
chaque doigt y met du sien
s’applique à replier les pans
à dissimuler le sens du pourtant
du pourquoi sans que personne
n’y voit d’inconvénient
c’est la caractéristique première
et indifférente de l’oubli
©Perle Vallens

Là c’était là
c’était la nuit
nuit froide et noire
d’un noir troué de halos
reflets jaunes sur le trottoir
comme cratères
où m’effondre
où relève où retombe
où creuse encore
la veine noire de la nuit
la vue se cogne
se brouille
floue de larmes
lointain mais ici
si s’en souvienne
les cris ne se voient pas
maudis hurle suraigu
un ton au-dessus
d’arrache-tympan
la vie se sauve
en courant
la course à rien
les jambes portent molles
l’essoufflement la rage
le grondement atteint
à la gorge pleine
d’ombres de trous de trottoir
bouche bave se vide
ventre ne digère rien
recrache son venin
son noir de nuit
©Perle Vallens

C’est l’histoire d’un poème qui disparaît dans une bouche, mots mâchés, enfermés sous la langue. L’inspiration de cette disparition progressive, c’est la série/chaîne DDT (Disparition du Texte). C’est un vidéo-poème en ligne sur la chaîne youtube Perle Vallens.