atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Un reste de désir

Masse
Masse et masse encore
les membranes
tout passé sous contrôle
sous contraintes

Presse et expulse ce qui doit l’être
par la force si nécessaire
Extrait la charge de plomb
Dévie les tirs du réel toutes ses balles

Décolle désassemble
si l’essentiel est ailleurs tiraillé
loin des passages de sommeil
loin des assaillants de tes rives

Craque les coutures et agrandis
tous les espaces pleine peau
bois les sons des craies
celles qui crissent sur ton corps noir

Désarticule déstabilise
déshabille les habitudes
les crachins de fièvre t’attendent
peut-être au bout du printemps

Dément ce qui a été dit
Contient le flot des paroles
remise-les et replie bien serré
la forme du mot gésir

Mesure l’empan des silences
ce vers quoi tu peux avancer
Aspire fort le bleu les brisures
la coquille de l’œuf non encore éclos

C’est là dans les débris dans détritus
dans l’instabilité des résidus
que tu trouveras
un reste de désir
©Perle Vallens

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Traces d’humanité sur Mange tes mots

Mange tes mots est une série de podcasts de Galatée & Ginkgo. La voix, les mots, l’oralité pour dire slam et poésie.
Très heureuse de faire partie de ce dixième épisode, sur l’inspiration cet extrait proposé :
De la pierre, de l’acier, du verre, des lumières électriques.
Pas de visage.

(de Ursula K. Le Guin, extrait du roman Les dépossédés, 1974)
Le texte que je lis s’intitule Traces d’humanité. Bonne écoute !

photo n&b·poésie

Sortir les couteaux

il te pousse des crocs à caresse verticale
des canines brèves à planter illico
dans ce reste de chair qui démange
au premier virage de ta raison
au premier aveuglement
ce néon de la rage
sourd aux palpitations aux embardées
du cœur

tes dents cent fois feront
le tour du propriétaire
dans les grandes largeurs de la peau
franchiront les marges de la gorge
la frayeur des cris des carotides

on pourrait se mordre longtemps
on pourrait sortir les couteaux
on pourrait tordre nos nuits à les étouffer
on pourrait aussi se tuer à petit feu
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

Ce qui s’énonce

ce qui est prononcé
est épicène
ne sait s’il se transmet
de mère en fille
ne sait si sa consonance
dit l’espace ou le tracé
du sentier que l’ossature
emprunte au cerveau
ne sait si le son flûte
entre l’esprit mâle et femelle
ne sait si la syntaxe exprime
le sexe ou la chair
ne sait si le phrasé autorise
la nudité s’il dénoue et dévoile
s’il dévisage le vrai nom des choses
ne sait si le mot conserve
son épicentre
sous la langue
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sens unique

On cerne tous les erreurs
d’aiguillage les glissements de terrain 
glissements de sens sous les poings
la force faite doxa
faite frayeur avant fureur
dixit les voies des premiers hommes 
pas mieux que la réponse contestataire 
que la voix sans issue que les sens interdits
que le sens unique de la pensée 

Messages brouillés dans nos yeux de taupe
dans nos oreilles closes
les mots se plient au plus offrant 
se relient puis meurent 
puisque réduction de tête
puisque phrases scalpées au ras des crânes
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Qui sait ce qui

Ce qui bruisse
ce qui passe devant tes yeux
ce qui te traverse ce qui s’espace 
ce qui danse dans l’instant
ce qui s’obstine dans l’ombre
ne souhaite pas se dévoiler entièrement
reste une issue possible
laisse une trace en suspens
dont on ne sait par quel bout la prendre
ce bout du bout cette extrémité ultime
ne cesse de montrer son nez

D’instinct on la repousse
on prend ses distances 
on prend des dispositions 
on adopte des mesures drastiques 
L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête
dans ce qui te lave le cœur

Rien ne se délaisse durablement 
dans nos entreprises de délestage
rien ne se met à la casse qui ne revienne
en pleine face façon boomerang
ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques
est du ressort des circonstances
non atténuantes puisque en connaissance de cause

Nous passons un temps infini de flottaison
à éviter ce qui tombe en pluie 
qui nous atteint par capillarité 
nous étreint dans une caresse 
qui confine à la noyade
©Perle Vallens