photo couleur·poésie

Geste ou non geste

Je suis la seule jauge
de mes bons et mauvais jugements
là où se loge et se déloge la part du feu
retranchée dans la partie la plus fine
la plus effilée d’une imagerie
sans réelle origine sans conformité
avec ce que l’on attend des autres
ou ce que les autres attendent de nous

la réponse adéquate n’existe pas
on élimine ce qui gêne de façon
plus ou moins radicale
on justifie ses gestes ou ses absences de gestes
on déroge à nos règles de non imposition des mains
on digère mal ses échecs
on finirait par faire place nette
de toutes nos utopies

l’esprit se cogne tôt ou tard au corps
à ses frontières illusoires
la porosité de la peau sa perméabilité
on sait où l’essentiel traverse
sans regarder
on sait ce qu’on risque alors
l’accident bête
comme un juste retour des choses
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

Les mains dans la terre

Regarde, c’est là que nous creuserions à pleines mains, nous aurions de la terre plein les doigts.
Nous y planterions nos voix vives pour les faire grandir. Elles pourraient prospérer au milieu des cadavres d’oiseaux, les débris d’insectes. Les lombrics les tresseraient entre elles pour en faire un chant, muet encore.
Nous laisserions le silence faire son œuvre et danser entre les plaies ouvertes du sol.
Nous repèrerions de loin cette clairière qui attend son heure. Tu sais, là où le soleil s’écoule en pluie.
Là où il perce l’ombre et la glace. Là où les animaux se glissent la nuit. Cet endroit précis où les forces semblent se recentrer, où l’énergie jaillit de ne nulle part. Là où croît cette épaisseur du mystère, le bourdonnement tellurique à peine tremblé. Si tu tends l’oreille, tu l’entends jusque sous l’écorce des arbres, ce souffle dense et tiède dans l’exigu des choses. Il est là, dans le battement intense, le renflement doux. C’est cette rumeur qui monte et gronde, s’augmente de nos émotions. C’est là où nous irions quérir à la fois une paix et un espoir. C’est là où nous irions arroser chaque jour nos humeurs pour les nourrir de joies et nous arracherions les mauvaises herbes de colère ou de rancoeur. Nous verrions fleurir nos vœux et deviendrions ce que nous aurions toujours du être.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Petite

je suis petite par nature
l’armure creusée dans la roche
dure et tendre de l’amour
trouvé sous le pas anthracite
sous la pression du pouce
sa pulpe jaunie de chaleur
sur mon visage mâché
Je suis une petite nature
une prise au vent brise ténue
prise par devant par surprise
comme soulevée de terre
de très forte amplitude
au ciel promise repliée
sur elle-même la petite
que parsème poudreuse la lumière
ivre sa poussière s’étincelle
grain à grain ses arguments
valent certains discours
fluides folâtres sur moi flottent
leur souffle me couronne
ceinturée au millimètre
soudainement reine
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Ecoute

Ecoute
Ecoute ce que le ciel convoie
Ecoute ce que le vent te veut
Ce que tu n’entends pas de prime abord
Ce que tu devines dans l’obscurité
dans l’opacité du langage
dans le silence qui oblitère
Ecoute ce que tu ne sais toi-même
prononcer
Ecoute ce qui devrait te guider
Ecoute comment te conduire
à destination
là où les traces retentissent à l’oreille
où les pluies laissent un sillage
au cœur de ta sécheresse
là où tu te laisseras grappiller le cœur
Ecoute si tu n’es pas sourd aux extensions
musicales de l’inaudible
si tu te laisses bercer par la dimension
fleuve du silence
Ecoute car c’est dans le mystère des choses
que tu te trouveras toi-même
©Perle Vallens

Actualité·écoute audio·Mange tes mots·poésie·podcast

De la couleur dans Mange tes mots

Ce dimanche, il est question de couleurs sur le 12ème épisode du podcast poétique Mange tes mots. Partant de la citation de Maya Angelou « Essaie d’être un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu’un », nous serons comme chaque fois entre 20 et 30 à évoquer en poésie/écriture slamée ce que nous inspire cet extrait. J’y dirai un poème organique intitulé un arc-en-ciel dans le fond de l’oeil.
Bonne écoute !

photo couleur·poésie

Bestioles

exposition transitoire du vivant
là où bestioles visibles à l’œil nu
leurs organes au stéthoscope
vague air humain sous l’animal
ou belles plantes manucurées
vivaces avant la floraison

la saison prochaine échappe
à tout contrôle des saillies
un taux de natalité
oscillant autour de zéro
un drôle de z et deux o
une façon compulsive d’avaler ses proies
de se dévorer les entrailles

on raye la valeur ajoutée du nom
se remplace par cet énième cryptonyme 
un pseudo augmenté de sa chair 
pleine viande dans ses parenthèses
on sait ce désir qui s’agite en surface
qui fermente par énigme ou par miracle
forme ses bulles à seule fin d’explosion

aucun capteur ne suffit à mesurer 
la précision aigue ce vers quoi se tend
l’arc du corps
aucun calibre n’atteint aussi bien sa cible
que l’intensité de l’intention
la chasse est déjà ouverte
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b

L’oeil et le photographe

Chambre noire. Bains chimiques, l’image s’imprime sur le papier qui flotte. Lumière rouge. Voix basse. Le photographe dialogue avec son propre oeil.

Le photographe : Pigments ou pixels parfois, mon oeil, tu fais semblant de ne pas distinguer. Tu te perds dans les noirs, dans leur profondeur. 

L’œil : Je suis décidé, je me décille à mesure que je pénètre dans les noirs. Entièrement. Je m’y fonds. Je deviens le noir. Toi, tu restes en bordure. Tu te raccroches aux gris. Tu ne te laisses pas absorber facilement.

Le photographe : Je suis attentif au motif, à la forme, à l’architecture, à l’esthétique. Mais surtout, je m’applique à traverser les moments qui s’offrent, là où se trouve aussi la vie. Toi, tu ne prêtes attention qu’à l’abîme du noir.

L’œil : C’est faux, offre-moi la couleur et je jubile. Ma pupille s’exerce à voyager dans toutes les demi teintes, dans toutes les nuances. Je bois le souffle de la couleur, je m’emplis d’elle. Vois comme ma pupille se dilate, j’y fais entrer tout un univers. 

Le photographe : Mais c’est le mien ! Tu t’appropries ce que je vis, tu restitues au mieux ce que cerveau te dicte. Il te dirige comme je dirige l’objectif de mon appareil. Cet œil second, cette ouverture sur le monde. Entre toi et lui, je vois double. 

L’œil : Les procédés techniques ne m’intéressent pas. Je veux juste l’ombre et la lumière. Je veux sentir leurs variations sur mon cristalin, je veux juste les sentir palpiter. Vois comme mon iris s’agrandit. C’est pour toi, pour que tu profites au mieux de ce qui t’es offert.

Le photographe : Merci mon oeil de t’ouvrir ainsi, de toucher de la pupille les émotions du monde. Sans toi, je serais aveugle, quel sens aurait ma vie ?

L’œil : Sans moi, tu aurais cette discussion avec ton oreille. Sans moi, tu serais peut-être musicien.
©Perle Vallens