Nouvel essai de livre pauvre sur le thème de la virtualité, de l’homme augmenté…





Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
Nouvel essai de livre pauvre sur le thème de la virtualité, de l’homme augmenté…






La vie se paie au prix fort
toute taxe prélevée
au sang à la sueur
à la suie laissée sur les mains
à la surface de la peau qui se vend
chairement qui se chasse
à coups de collets de clés de bras
kick’n heartbreak
La vie pose ses pièges
pour qui se pense loup
ou agneau le même péril
la même fin
avec ou sans mâchoires
pour mordre dedans
la vie se charge de nous mettre
tous dans le même sac puis
tire ses jetons au hasard
La vie aime jouer au dé
et à la roulette russe
La vie aime les oxymores
elle trouve ça plus seyant
©Perle Vallens

L’œil cligne, ne décline pas. Elle a une course en torsion, genoux torves, pieds suivent le mouvement. Son corps débile s’élance tout sourire. Elle ne rattrape jamais la balle.
Elle éclate et c’est de la joie pure.
Il a posé sa main sur son menton pour le saisir. Ils se sourient. Les yeux dans les yeux. Sans lunettes.
Elle ne voit plus jamais ce baiser de six ans placardé au dessus de son lit.
Ici comme ailleurs, le temps si long à passer. Rien ne déplace plus jamais les montagnes depuis la mort de la mère.
Elle multiplie les gris-gris pour conjurer le sort. C’est sa façon de tordre le cou. Mais le temps a un cou de cygne. Un cou infiniment long.
Elle plante sa fourchette comme si ça vie en dépendait. C’est comme trancher le cou du cygne.
Elle gobe tout à la même vitesse. Elle avale. Tout rond. Il lui dit qu’elle se goinfre. Parfois, ça la fait rire.
Elle ne craint pas de s’étouffer. Peut-être que parfois elle aimerait s’étouffer ?
Elle a perdu ses dents après avoir perdu sa langue. Parfois, l’une hache ce mot prononcé. Il reste en suspens. Jamais la nourriture. Elle n’a pas perdu sa bouche.
Tu sais bien toi aussi que ça remplit le vide.
Elle dit « ma sœur », elle est hilare et cela veut dire heureuse.
Trois années de distanciation, de sœurs vieillissantes à sept cent kilomètres l’une de l’autre, elle semble plus petite.
Elle a toujours les mêmes beaux cheveux noirs et brillants. Ils les lui ont mal coupés.
Ce qui cisaille ne fait jamais défaut.
Quand surgissent ces moments de refus, de détresse sourde, où elle repousse la main, qui sait ce qui doit être lu dans le regard. Ces moments où elle refuse d’être touchée, où elle s’engouffre seule aspirée.
Dit laisse moi ou ne dit rien. Te regarde comme si tu n’existais pas. Comme si rien n’existait. Comme si dans l’instant, il serait préférable que tout s’arrête.
Ce regard là me terrasse. Il émerge et fige comme ne digère plus rien.
Je me demande si parfois je l’ai aussi qui me pousse au visage, ce même regard.
©Perle Vallens


je sais ce qu’il y a en toi
je sais ce qu’il y a si tu me dis ce qu’il y a en toi
si tu me dis il y a plein de choses que j’aime
des choses que j’aime en toi que j’aimerais en moi
ce préjugé en moi c’est que j’aime ce qu’il y a en toi
ce préjugé c’est ce qui m’amarre à toi
ne se périme pas
ce qui m’accroche avec le temps
peut-être anachronique
peut-être caricatural dans son anachronisme
et dans sa course
il y a l’écriture dans l’amorce dans l’amour
bien ancrée solide dans mes murs
l’écriture dit les gestes l’agitation
l’intention sonore entendue à la voix
quand bien même muette
la voix voulue inerte en visibilité réduite
mais vivante
il y a l’instant-même
il n’est pas encore mémoire
il n’est rien encore qu’un flux binaire
ne se mesure pas à la lumière
se perd dans le trafic web
il faut attraper les messages au vol
filer doux dans le flood pour les attraper au lasso
il faut les enfouir se les fourrer en soi serrés
les laisser reposer en strates sédimentées
les laisser se dessiner dans leur respiration
temps de pose immobile avant la mue
une image se glisse dans une image se glisse dans une image
sans fin
©Perle Vallens
Rendez-vous sur le podcast poétique Mange tes mots ce soir vers 18h pour une série inspirée par Jeanne Benameur. Il y sera sans doute question de grands fonds, de bruits d’eau et de vagues. J’y ai été « Embarquée », tel est le titre du poème que j’y dirai… Bonne écoute!


entre mes jambes vacille
un vieux souvenir ou un rêve de bave
redevenu réalité
nos langues épépinent un fruit oublié
cette confiture qu’on se tartine
on ne sait pas quel nom elle porte
on se lape – top sans écran interposé-
ce baiser étrenné qu’entraîne la morsure
ou est-ce l’inverse dans le choc des dents
dans le trébuchement
on se déracine d’un rien
d’un crachement de doigt
je respire dans ta bouche un mot de trop
qui me ferait expirer
pour un peu le plaisir reviendrait
©Perle Vallens

Citation ce matin par Maïa Mazaurette sur France Inter dans l’émission Grand bien vous fasse à l’occasion du festival du livre de Paris. A la toute fin, elle évoque l’écriture érotique et donne exemple le Prix de la Nouvelle Érotique dont je suis la lauréate 2021. Inattendue actualité, merci à elle.

Le chemin avance. Ou plutôt j’avance sur le chemin. Je progresse droite, le front vers l’avant, le menton dirigé, volontaire, le regard franc, défini, frais. Sautillant. Regard saute les haies, loin devant, peut-être même au-delà. La ligne, ne la voit. Le ciel seulement et le chant des oiseaux, leur pureté première.
Le chemin avance plus doucement. Et je peine un peu. Je ne franchis plus, je me fraye, je me faufile. Je devance encore mon ombre mais de combien ? Front cherche la fraîcheur, menton tait toute difficulté, rien n’engage que. Regard cherche, déniche la branche morte, défectuosité des pierres, elles roulent, t’enroulent. Oeil vif encore. Devine, devient canne ou bâton de marche.
Le chemin avance-t-il ? L’impression fâcheuse de reculer. Je dérive, je suis radeau qui refoule les vagues avant d’être définitivement renversé. Ce flottement sous le cuir, l’écrasement, terrassé. Le radeau prend l’eau, il faut écoper la peine. Le front bas, plisse. Le ciel est passé depuis longtemps, n’a laissé que sa nuit. L’oeil distancié va en rase-motte, erre son iris, désourcé. Les pierres semblent montagne. Il n’y a plus d’oiseau.
©Perle Vallens

la tour Eiffel joue
au gendarme et au voleur
(je suis voleur de son feu)
joue au phare piraté à l’ancienne
à l’abordage de nos chevelures
un faisceau flambant neuf
balayage des mèches dans la noirceur
la tour fardée à outrance
lumières vives chasse au noir
rien ne fait défaut
dans le ciel
©Perle Vallens