photo couleur·poésie

Tchin à ma jeunesse

Tu te souviens de ces soirs d’été
de ces nuits d’insouciance 
d’ivresse facile sans alcool 
et sans cuite
coulant simple de joie pure 
qu’alors nous étions
joyaux bruts non taillés
non rognés par la vie 

Tu te souviens cette descente au goulot 
de mauvais Champagne 
sur le parvis de l’opéra Garnier 
dans cette union improbable 
ce reflet indéfectible dans les bulles 
Nous étions six ou sept effervescents 
tous mineurs passablement éméchés
entre les bustes de Rossini et Auber
on osait fredonner Mozart sous la lumière
astrale des lampadaires

Rien ne pouvait nier nos quinze ans 
nous étions invincibles alors
nous vidions nos peurs adolescentes
dans la mousse noyées au cul
de la bouteille
nous buvions d’une même bouche
d’une même ardeur le bonheur d’être
jeunes

Nous ne savions pas alors que
la vie s’agence autour d’absences
qu’elle s’affaire autour de nos dénis
de nos déficiences et de nos défaites
Nos réussites se fêtent encore
au Champagne (et au meilleur)
il a beau pétiller il ne goûte
plus tout à fait l’enfance
©Perle Vallens

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