photo n&b·poésie

Un insecte mort

dans ma maison il y a un insecte mort
je l’ai pris dans ma main ça lui a fait un cocon
un cercueil
j’aurais préféré qu’il soit vivant mais il est mort
j’aurais préféré qu’il soit vivant et que ma main soit un tarmac
un pont d’envol
un avant-poste pour s’élancer
pour défier les lois de la gravité
pour déguerpir dans les airs
pour butiner tranquille et bourdonner
sur la première fleur venue
sur ma main l’insecte mort a l’air si mort
il a l’air si carrément mort qu’on serait tenté
de le ressusciter
à quoi lui servent ses ailes maintenant qu’il est mort ?
est-ce qu’un insecte fantôme peut voler ?
est-ce qu’il peut butiner des fleurs-fantômes ?
est-ce qu’il peut voler dans un ciel sans limite ?
©Perle Vallens

inspiré par la même consigne qu’ici mais dont je me suis un peu éloignée…

poésie

Alignées

Cette nuit les planètes sont bien alignées 
une seule ligne observable à l’aube 
à distance respectable l’œil cligne 
à l’idée d’étoiles flambant neuves
d’un ciel visiblement limpide 
(pour qui sait l’attendre) 
je sais bien que c’est une question de perspective
de regard que l’on pose
et d’une dose d’imagination pour mettre en marche
le moteur du rêve
à l’heure où l’on retient le soleil 
je sais surtout que pour atteindre l’apogée il faut
travailler l’extension du feu son élongation l’amplification
la fécondation des fougues leur ascension
la magnitude intacte de l’ardeur 
il faut défendre l’exactitude de nos positions 
sur la cartographie du désir
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo retouchée·poésie

Du vert

tu vois tout ce vert
ce vert ratisse large
il tresse une sensation de fraîcheur
d’humide de mastication bovine
ce vert est une dérive
c’est une dérive dans le paysage
qui mène au rêve
il y a du vert jusque dans mon ventre
du vert partout jusque dans le fond de mon œil
la vie me colle des lunettes vertes
il y a du vert partout jusque dans le rouge
du vert sapin au vert bouteille
tu peux deviner la couleur
d’ailleurs on se perd dans le vert
toi aussi tu es vert
ce n’est pas la rage qui t’agite
c’est ce putain de vert qu’on respire
du vert sans arbre et sans fleur
du vert sans blé sans bétail
juste spores et pollen
juste prolifération du vert ailleurs
c’est peut-être un détail pour toi
tout ce vert à perte de vue de raison
est-ce que le vert environnant connaît une limite ?
est-ce qu’il connaît une panne une interruption de ses programmes ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert de progresser
jusque dans nos chambres ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert d’envahir nos vies ?
tout ce vert que tu vois
©Perle Vallens

d’après consigne Anna Serra/Mater Atelier

écoute audio·Mange tes mots·poésie·podcast·prose·soundcloud

Nuit pleine (audio)

A écouter ou réécuter Nuit pleine, poème partagé initialement sur le podcast poétique Mange tes mots

En voici les premiers mots :

Entre deux couleurs choisir la plus proche de la nuit
C’est une histoire de camouflage
Nos bras comme branches d’arbre 
Des couches de noir en superposition
d’où s’échapperait une semblance
une force pleine
une densité
une respiration 

Nous avons du noir plein les yeux (…)

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie·prose

Petits conseils entre amis

Il faut que tu dises les formules magiques. Il faut t’agenouiller et prier. Il faut te dépouiller du surplus. Tu dois compter les fééries sur le bout de tes doigts. Une à une et les étaler, les étager devant toi. Regarde-les te grandir. Tu dois leur ménager une ascension, peut-être avec ta bouche. Et les porter à bout de bras. Et puis les étendre de ton regard. 

Vois, les nuages mangent plus d’horizon que tu n’en auras jamais. Le ciel explose ses bombes dès l’aube et c’est dans les interstices du monde qu’il disperse le plus de secrets. 
Vois, la pluie mutile la terre et la terre vomit sa bile dans les rigoles des ruelles. 
Vois, la ville extirpe ses armes, elle les assènera si l’on ne prend garde. Les immeubles nous extorquent nos derniers mots, nos derniers moments au vert, au vent (écoute, il ne mugit plus, il s’est tu). 
La vie exagère. Elle va et vient, nous troue, trouve notre pierre angulaire, notre point final. 
Nos bras nous en tombent et nous nous roulons en boule, à dévaler toutes nos pentes. 

Relève-toi, ne te laisse pas couler sous le tapis, avale toutes tes couleuvres. Gèle toutes tes extrémités jusqu’à ce qu’elles se brisent puis recolle-les. Gémis une fois, deux fois, trois fois (on ne gémit jamais assez), ne te gêne pas avec ton plaisir, il te le rendra. Digère mieux tes désappointements, tes désapprobations. Jette au feu tes frustrations. Bois le jus de tes folies, leurs fruits dans les veines. Flotte durablement dans tous tes états et observe ce qui te vient du monde. Fais tien ce temps plein, ce temps de plénitude, et jusqu’aux pleurs baigne-toi dans le blé moulu des voix, fais-en farine à tracer tes mots blancs, ton pain quotidien.
©Perle Vallens

photo couleur·photo retouchée·poésie

L’hygiène de la mort

je cherche dans l’imagerie sensible du réel
une vision ressemblante de la vie

j’échoue à trouver autre chose qu’une esquisse
qu’un semblant d’illustration bien imitée
un roulement à billes bien huilé pour simuler
le concept de mouvement d’avancée
de poussée de force centrifuge
(d’évidence fictive)

au milieu du tumulte on voit
une moue vague qui souligne le simulacre
entre le trop plein et le trop vide
au miroir l’œil vérifie le plan
certifié conforme de l’existence

ne saurait être cette pâle copie
cette figure molle ce corps avachi
qui laisse finalement en bouche
une certaine idée (contagieuse)
de l’hygiène de la mort
©Perle Vallens

Non classé

Dans l’angle

partout il existe un angle d’attaque
qui mesure la vision exacte des choses
que l’on peut corriger pour ajuster notre façon
d’envisager la vie
un angle non mort pour éclairer d’évidence
l’origine peut-être du bonheur
ou de ce qu’on nommerait harmonie
un angle de vue net de toute bavure
pour dégager l’œil de toute responsabilité
un champs visuel accessible au plus grand nombre
d’où il se murmure que
l’amour existe
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·montage photo·photo couleur·poésie

Passée au rouge

Montage à partir de plusieurs de mes photos

laisse l’envol d’un pétale de coquelicot
soulever un pan du rêve la passe de cruauté
banderille la chair rougie au gel
akènes grains de grenade picorent la brûlure
de gueule et d’os dégouline le langage
le long de la colonne
mot pour mot tu dis comme obscur objet
extinction du désir ou rallumage du sexe
au moteur brandies les bougies
irriguent pulsent en zone sacrée
la pulpe et le jus vermeilles irradient
chakra ou cœur illiaque la caresse
cogne dur
martèle dans l’éclat
acier de la douleur
déraille ou désarticule dans l’attente de
l’embrasement
ce qui fait planer ailleurs que dans les nuages
ce qui fait briller les plaies anciennes
ma queue d’animale étriquée inutile
l’ancestrale sans notice
sans argument pour ou contre 
je me replie dans mon ossature
je bloque toutes mes cloisons autres que nasales
je hume dans mon propre souffle un peu de 
son magma de l’incandescence
quelques gouttes sur mes bassesses
mieux qu’un baume pour colmater l’absence
pour répondre aux questions non
posées façon pierres chaudes
sur la peau répandre la magie
(c’est un genre de rituel)
pourtant je ne sais pas qui vient
traverser ma caverne
qui visite ma terra incognita
impénétrable
rien n’effleure ni n’affole que le vent
et ce fantôme revenu hanter mon corps
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Margot Ferrera/Mater Atelier