
Je pense à toi vivante encore dans l’espace décent
dans l’innocence d’une chambre d’enfant
aujourd’hui désertée
Je pense au feu qui nous a uni le jeu et les joies
(avant nos gémissements et nos cris)
Je pense à toi ma sœur je respire dans ton souffle
éteint je reprise ton corps déchiré je compte
tes cicatrices
Je pense à toi autant que tu as souffert entre leurs mains
J’ai souffert aussi (plus ou moins que toi, qui peut le dire)
Je t’écris de cette plage tombale où je trie les grains
de sable un à un
comme une ivraie sans fin
la mort est ivresse pour qui boit son lait amer
Je t’écris de là où je suis tombée un trou noir
enterrée vive un purgatoire
Je t’écris là où je n’ai plus peur où je n’ai plus ni reproche ni regret
J’ai attendu longtemps pour renaître et t’écrire
pour ce paradoxal chant expiatoire
j’exhorte je m’évertue je me délie (la langue) je me fais polyglotte
pour toucher ton ciel
pour te consoler
J’aimerais que tu renaisses à ton tour pour que tu m’entendes
mais de là où je t’écris je n’espère nulle réponse de ta part
Je t’écris d’une voix soluble dans l’espace
Je t’écris d’un corps qui n’est pas le mien
©Perle Vallens
d’après consigne de Ada Mondès/Mater Atelier