
Dixième jour et les températures ne faiblissent pas. On n’essaie même pas de jouer à cache-cache avec le soleil, il gagne toujours. Il y a bien quelques arbres dans les jardins de la Laune. Un peu dégarnis du front, leur calvitie est peut-être à mettre sur le compte de cet été caniculaire. Reste le figuier, plus petit, plus bas de plafond, mieux casquetté de ses grandes feuilles. J’envisage de lui en voler quelques-unes mais ce ne serait pas pour m’en faire un couvre-chef.
Je porte du pain dur à côté pour nourrir les poules (quand ça fait plaisir et que ça débarrasse…). Les vaches d’à côté sont blondes et elles ont de beau yeux, de longs cils qu’on dirait lissés au mascara. Mais craintives, les belles. Les oies sont plus délurées mais elles ne sortent pas de leur enclos (les oies sont toujours un peu des sérieuses killers).
L’après-midi on assiste à la fonte de toute chose. L’énergie devient liquid et fait flaque. Et ce n’est même pas la peine d’essayer de sauter dedans. L’après-midi on se répand. Ici, c’est l’heure de la sieste.
Le lavabo vous a des airs d’oasis et le ventilateur se prend pour le vent, ni plus ni moins, il souffle sa brise vespérale (après sa brise matinale et sa brise post-prandiale*). Si j’augmente sa vitesse, se prendra-t-il pour le mistral ou la tramontane ? S’il a la folie des grandeurs, va-t-il virer tempête ou tornade ?
Petit joueur, il se contente de décoller la plume (glanée la veille qui me donne un air sioux) de ta table. Comme il soulève une mèche de cheveux ou fait bouger le tissu léger d’une jupe.
*se dit d’après déjeuner, même en résidence (ou surtout), on apprend de nouveau mots…