
C’est dès l’aurore tout un éveil de la nature. Le jour s’étoffe de bruits d’animaux et d’hommes. Le tracteur est passé tôt dans les rangs de vigne devant la résidence, il a fallu refermer les fenêtres. Le sommeil en a profité pour fuir.
Il fuit très souvent en ce moment. On pourrait dire la faute à la chaleur caniculaire mais ce serait faux. L’insomnie est chronique et synchrone avec un état de veille/d’excitation/d’angoisse/de stress. Aucune raison d’incriminer la nature hormis la mienne.
Il n’y aura pas eu de sieste répérarice, il n’y aura eu que l’écriture et la lecture, ce qui revient au même. Les deux revers d’une même pièce que l’on joue à pile ou face.
On joue à contre-jour. On joue mieux dans les marges. Dans les recoins de l’écriture. Là où elle renaît de ses ombres (de ses cendres de la veille).
J’avale l’air de l’écriture, ça me fait comme une vapeur fraîche en bouche. Elle renouvelle mon oxygène. Elle menthole mon haleine.
Je fume le silence, ses volutes blanches. Là où se dissolvent les phrases que l’on finit de taper sur le clavier. Je fume et je recrache. Et c’est comme cette poussière grise d’un cheval parti au galop sur une route de Camargue.
Perle Vallens